Porte-voix

Fierté gai et communautés culturelles- noires LGBTQ+

Collaboration Spéciale
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Sylvia Rivera ou de Marsha P Johnson (à gauche et au centre)
Photo prise par © Sylvia Rivera et Marsha P Johnson (à gauche et au centre)

Nous nous identifions comme membres des communautés LGBTQ+ et des communautés racisées vivant au Québec. Nos expériences dans la société ne sont pas toutes les mêmes, car nos identités vont plus loin que des appartenances singulières. Rarement, nos voix et nos expériences font partie du discours de ces divers communautés auxquelles nous appartenons.

En cette semaine de célébrations LGBTQ+ à Montréal, l’heure est plus que venue de reconnaître que les personnes LGBTQ+ racisées ont toujours été au centre, voir à l'avant-garde de nos mouvements de libération. Quand on parle de libération des communautés LGBTQ+ en Amérique du Nord, on efface le plus souvent toute l’histoire autochtone et racisée, puis on centre la mémoire sur le leadership non-racisé. On se rappelle de 1969 et de Stonewall, mais se rappele-t-on de Sylvia Rivera ou de Marsha P Johnson ? Deux femmes trans racisées qui furent au coeur des émeutes. Il est erroné de dire que c’est aujourd’hui que les personnes racisées joignent le mouvement LGBTQ+. Les personnes racisées sont des instigatrices du mouvement. Elles portent avec elles la mémoire des traditions orales, de ces zomfems, masisi, hijira, etc., qui partagent nos orientations sexuelles et identités de genre.

Les personnes racisées doivent donc continuer d'avoir leur place au centre des institutions LGBTQ+, ici à Montréal comme ailleurs. Les places de choix que nous avons créées dans le cadre de la semaine de la fierté ne doivent pas être exceptionnelles ni une stratégie pour éviter les débats et discussions. Nous devons être présents et inclus dans les lieux symboliques comme dans les lieux décisionnels 365 jours par année. Nos voix doivent compter dans les revendications politiques comme dans l’attribution des ressources, dans les rassemblements populaires comme dans les représentations collectives.

Certaines personnes sont nées ici, sur un territoire colonisé, d’autres ont immigré. Ainsi, nous venons de tous les coins de la planète, nous pouvons nous identifier comme femme ou homme, cisgenre ou transgenre, comme personne trans non-binaire ou comme personne bispirituelle.  On se réfère ici à l’identité de genre! Nos orientations sexuelles sont encore plus complexes et les définitions que nous y accolons sont nuancées et complexes qu’on soit lesbienne, gai, bisexuel.le, queer, asexuel.le ou homosexuel.le. Certains d’entre nous pouvons être nés avec des caractéristiques sexuelles considérées comme intersexes.

Nous subissons tous du racisme et portons le poids d’oppressions systémiques qui s’entrecroisent telles que le capacitisme, le sexisme ou le classisme  tout en vivant de la biphobie, de l’homophobie, de la lesbophobie, de la queerphobie ou de la transphobie. Bien que ces expériences discriminatoires peuvent avoir différents visages, nous savons que les causes sont les mêmes. Ces expériences se produisent dans les divers environnements que nous traversons que ce soit au travail, dans le transport en commun, dans un événement de la communauté LGBTQ+, dans notre lieu de culte, au gym ou dans notre famille.

Nous savons que nous devons toujours éduquer et sensibiliser les gens autour de nous sur nos expériences et notre vie, sur les notions d’égalité, d’équité et le respect d’autrui. Nous nous engageons à améliorer notre société. Nous souhaitons que  nos communautés valorisent nos contributions au lieu d’instrumentaliser nos expériences ou d’utiliser nos photographies sur une affiche pour démontrer de la diversité.

Avec la panoplie d'informations erronées que nous retrouvons dans les médias ces derniers jours en lien avec cette lutte et avec la place des personnes racisées dans le mouvement, nous avons simplement voulu à travers cette lettre faire une mise au point. Il était de notre devoir  de  vous  parler de nous, car si nous ne le faisons pas, le racisme, le colonialisme et l’homophobie vont s’arrimer pour effacer notre existence même. Nous savons que les mots nous permettent de nous identifier et de nous retrouver entre nous pour prendre soin les uns des autres individuellement et collectivement. Nous sommes à la fois racisées et LGBTQ+.  Nous avons fait, nous faisons et nous feront partie intégrante de cette lutte. Nous sommes là, nous sommes queer, nous sommes des personnes racisées, habituez-vous ! Notre adaptation de We’re here, we’re queer, get used to it!

 

Rédactrices

Karine-Myrgianie Jean-François

Marlihan Lopez

Patricia Jean

 

Signataires

Amandine Gay

Emilie Nicolas

Kaligirwa Namahoro

Maxime Faddoul

Marie-Eveline Belinga

Marilou Craft

Luzi Altis

Lucia Flores Echaiz

Edward Ou Jin Lee

Koralie Deetjen-Woodward

Vincent Mousseau

Giovana Olmos

Paul-Willy Jean

Dahlia Eldaly 

Marie-Chantal Scholl

Wai-Yant Li

Vanessa Edouard

Dalia Briki

Serge Jean Laviolette 

Nicolas Johan Le Port Letexier aka Soeur Mystrah

Gen’Ania Obas

Nathalie É Alcime

Madeleine Bègue

Cherrilyn Birchwood

Pak-Kei Wong

Alaa Jarban

Wai-Yant Li

Kai Cheng Thom, MSW, MSc

Alan Wong, Ph.D. 

Jenny Lin

Nyoka Hunter

Alassane Nakoulima