Au-delà du cliché / questions d’identité

Combattre l’homophobie, un enfant à la fois…

Samuel Larochelle
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Samuel Larochelle

Un réfugié syrien homosexuel décapité à Istanbul. Un gai de 19 ans exécuté en Iran. Des spectateurs aux Jeux olympi-ques de Rio qui entonnent des chants d’injures homophobes durant les matchs des équipes féminines de soccer ayant des joueuses ouvertement lesbiennes. Voici les manchettes des atrocités lgbt de la première semaine du mois d’août. Ces nouvelles ont l’effet d’un poignard au cœur. Si elles vous laissent dans un état de douleur catatonique et d’impuissance, réveillez-vous. Il existe des tas d’actions à prendre. La première : utilisez toutes les occasions qui existent pour enseigner aux enfants de votre entourage que la différence ne doit pas faire peur et que toutes les options sont aussi belles, valables et défendables les unes que les autres. 

Que vous soyez père, mère, marraine, oncle, sœur, grand-parent, ami, enseignant ou entraîneur, vous avez le pouvoir de façonner les générations futures. En théorie, vous avez tous comme objectif d’aimer et de protéger ces petits bouts de vie. Mais secrètement, voire inconsciemment, plusieurs d’entre vous souhaitent que votre petit Malik n’ait jamais le béguin pour un gentil Noah ou que votre jolie Juliette ne rêve pas aux lèvres d’une Noémie. Vous êtes pour la plupart capables d’accueillir la notion de différence. Vous êtes même emballés quand Geneviève et sa blonde Caroline vous invitent à souper et vous ne sourcillez plus depuis en-viron cinq ans lorsque vous voyez Guillaume et François se tenir par la main. N’empêche, vous savez très bien que si Malik et Juliette se révèlent homosexuels, ils devront affronter une pluie d’obstacles et de préjugés. Ironiquement, vous ne vous rendez pas compte  que si vous vouliez vraiment mettre vos enfants à l’abri, vous consacreriez votre énergie à transformer l’environnement dans lequel ils grandiront. 
 
À l’image des actions prises pour préserver l’environnement, la question que vous devez vous poser est aussi simple que banale : quel monde ai-je envie de léguer à mes enfants? Un endroit où les gains de la communauté lgbt demeurent fragiles, où l’homophobie latente surgit comme une fausse surprise et où l’ignorance est encore une excuse à la bêtise? Un territoire où l’on se contente d’être plus ouverts qu’ailleurs et où l’on croit que la différence doit être tolérée plutôt qu’accueillie? Ou un lieu dont les fondations sont celles de l’amour et du libre-choix? Vos réponses définissent directement vos valeurs, celles que vous transmettrez aux petits qui vous entourent. Eux à qui vous pouvez enseigner dès l’enfance qu’ils ont le droit d’être et d’aimer qui ils veulent. Une leçon que vous devez leur inculquer avant que la notion d’orientation sexuelle se concrétise, alors que l’identité de genre se définit et se déploie. 
 
Pour y parvenir, interrogez-vous à nouveau: pourquoi associez-vous les garçons et les filles à une série de jouets, de couleurs, de sports et de traits de personnalité? Est-ce que vous sous-entendez que si Malik et Ju-liette s’approchent un peu trop des caractéristiques du sexe opposé, c’est signe qu’ils ont quelque chose de débalancé et qu’ils auront des préférences sexuelles marginales? Croyez-vous sincèrement que je suis devenu gai, parce que je jouais aux Barbie à cinq ans? Si oui, que faites-vous des milliers d’heures passées à jouer aux Legos, avec mes camions Tonka, mes G.I. Joe, etc. dans mon carré de sable? La moyenne d’éléments supposément masculins n’aurait-elle pas dû faire de moi un hétérosexuel? 
 
Pensez-vous réellement que je suis attiré par les hommes, parce que deux chandails mauves ont séjourné dans ma garde-robe, parmi tant de morceaux aux couleurs «garçonnes». Êtes-vous confortables avec vos croyances si je vous confie qu’à mon arrivée dans l’harmonie du secondaire, mes instincts me criaient de me tenir loin de la flute traversière et de prioriser des options neutres comme le saxophone, le basson ou la trompette? Aimeriez-vous que votre enfant réalise à la fin de sa vingtaine qu’il a un physique et des habiletés naturelles pour le ballet, mais qu’il ne les a jamais développées, car la société refusait que les garçons suivent des cours de danse quand il était plus jeune? 
 
N’en avez-vous pas assez de ces associations de genre ridicules? Ne préfèreriez-vous pas plutôt promouvoir des valeurs d’authenti-cité et de liberté en laissant vos enfants être qui ils sont? Les sourires qui s’afficheront sur leurs visages vous convaincront probablement de pousser la réflexion plus loin en assimilant dès leur plus jeune âge qu’ils pourraient être hétérosexuels ou homo- sexuels, au lieu de tenir pour acquis qu’ils seront hétéros, parce que la société s’est bâtie sur des fondations hétéronormatives. Mieux encore, si vous êtes suffisamment lucides et matures, vous leur expliquerez qu’ils auront le choix d’aimer un garçon ou une fille. Le tout, avec une attitude d’ouverture et d’amour inconditionnel. Parce que c’est ça, aimer et protéger son enfant. Et c’est grâce à l’effet que vous aurez sur eux que la société se transformera vraiment. Enfin. Un enfant à la fois.