Colloque

ARTivismes lesbiens à l’ère de la mondialisation

Julie Vaillancourt
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université d'ottawa

Du 22 au 24 septembre, l’Université d’Ottawa sera l’hôte d’un colloque bilingue unique, intitulé « ARTivismes lesbiens à l’ère de la mondialisation ». Il réunira plus d’une trentaine de conférencières du milieu universitaire, militant, sportif et artistique qui viendront présenter leur militantisme lesbien à travers leurs disciplines artistiques et leurs recherches respectives. Provenant du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de l’Afrique, ces femmes présenteront leurs réflexions, analyses, films, photographies, musiques, pièces de théâtres afin de sortir de l’ombre les ARTivismes lesbiens. Rencontre avec  les co-organisa-trices Dominique Bourque et Johanne Coulombe. 

Contextualiser les émergences 
«Ce n’est pas le premier colloque international du genre, traitant du militantisme lesbien», précise d’emblée la co-organisatrice Dominique Bourque, puisqu’il y en a eu ailleurs dans le monde. L’Université d’Ottawa, fut d’ailleurs l’hôte d’une réunion pan-canadienne en 1976, à l’initiative de la Lesbian Organization of Ottawa Now (LOON). Si les premières conférences «lesbien-nes» nationales canadiennes remontent aux années 70, que ce soit à Ottawa, ou au Québec (notamment par Montreal Gay Women/Labyris Montreal), il semble nécessaire d’adresser l’importance d’un tel colloque, aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation. «Je rêvais de recevoir des militantes qui travaillaient à partir du lesbianisme pour dénoncer la société», se rappelle Johanne Coulombe, membre de la revue Amazones d’hier, Lesbiennes d’Aujourd’hui et des Éditions sans fin. À partir de ces assises, Johanne et Dominique Bourque tentent leur chance pour trouver du financement, dans le cadre d’un colloque universitaire. Après plusieurs mois de labeurs, l’enthousiasme des deux femmes se traduit par une subvention du milieu universitaire accordée pour le colloque « ARTivisme lesbiens à l’ère de la mondialisation ».
 
Conjuguer ART et activisme lesbien
« Je trouvais important d’y amener la dimension artistique pour qu’il y ait quelque chose d’original et aussi parce que je trouvais que c’était un véhicule intéressant à notre époque, alors qu’on accorde tellement d’importance à l’image. J’ai aussi constaté que plusieurs femmes lesbiennes, gaies (etc.) que je connaissais, s’investissaient à partir des arts. Je trouvais qu’il y avait là, matière à réflexion ». Si Dominique Bourque enseigne à l’Institut d’Études Féministes et de genre de l’Université d’Ottawa, Johanne Coulombe est, quant à elle, une artiste qui désire démystifier les tares sociales par le biais de l’humour. Nécessairement, elles forment le tandem militant-universitaire-artistique, tout désigné pour tenir les rênes organisationnelles d’une telle conférence. «On part de ce qui nous intéresse, on veut avoir du sérieux, mais aussi une capacité de recul et d’analyse», explique Dominique alors que Johanne enchaîne: «Utiliser les arts avec un contenu politique afin d’expliquer la société dans laquelle on vit».
 
Programmer 3 jours de conférences lesbiennes
Ainsi, les artistes, conférencières et militantes présentes lors du 22 au 24 septembre à l’Université d’Ottawa aborderont les préoccupations contemporaines des lesbiennes (femmes aimant les femmes, gaies, homosexuelles, queer, etc.) afin de mettre en valeur les luttes dans lesquelles elles s’investissent. Des conférences plus magistrales, aux discussions en table ronde, sans oublier la présentation d’expositions, de films, de pièces de théâtre et de concerts, le colloque se positionne comme une occasion unique de rencontrer des lesbiennes de divers horizons afin d’échanger et de discuter des grands enjeux de notre époque. Plus de 35 conférencières, provenant du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de l’Afrique, sont ainsi regroupées sous 3 jours de thématiques diverses.
 
Le jeudi 22 septembre, le colloque sera lancé sous la thématique «Mondialisation et résistances». Mentionnons notamment la présence de la photographe d’Afrique du Sud Zanele Muholi et de son exposition photos, sans oublier la présentation de courts-métrages de Kimura Byol - Nathalie Lemoine pour les 40 ans du GIV (Groupe Intervention Vidéo). Commençant par de nombreuses conférences, dont les contextualisations historiques de Line Chamberland et Sabrina Maiorano (Invisibilité et pratiques de représentations dans le militantisme des lesbiennes au Québec dans les décennies 1970-1980) et de l’américaine Bonnie J. Morris (The Women’s Music Movement: Documenting Artivism in an Era of Lesbian Erasure), la journée se terminera par la présentation de la pièce de théâtre The Second Coming of Joan of Arc, de la dramaturge américaine Carolyn Gage. «Elle fait des pièces qui sont très fortes et qui s’inspirent des lesbiennes que l’on ne connait pas, dans l’histoire. Elle va chercher leur histoire et elle en fait des pièces de théâtre pour les faire découvrir au public. Pour cette pièce, elle s’inspire de Jeanne d’Arc et de ses recherches et ré-actualise les combats des femmes et leur situation. Sa Jeanne d’Arc est ado, anorexique, lesbienne, en couple et ne veut pas se marier. C’est un one womanshow, donc pendant une heure, l’actrice Julia Reddy est sur scène et c’est d’une force renversante!», appuie Dominique.
 
La seconde journée, sous la thématique «Pratiques de re-présentation», débute avec le sport et une rencontre informelle avec Charline Labonté, championne olympique canadienne et joueuse de hockey professionnelle, explique Dominique : « C’est Vanessa Plante, co-organi-satrice du colloque et étudiante à la maitrise à l’Institut d’études fémi- nistes et de genre de l’Université d’Ottawa, qui a proposé cette idée. Elle s’intéresse au sport et on désirait qu’il y ait cette dimension lors du colloque. Voir une athlète ayant fait son coming-out officiel, en tant que personne médiatisée, c’est intéressant! » Cette deuxième journée présentera aussi de nombreuses conférences, dont celle de Manon Tremblay (Etre lesbiennes en politique, ou performer l’homonormalité), Véro Leduc (C’est tombé dans l’oreille d’une Sourde: Témoignages BD queer, lesbiens et bi) ou encore Marthe Djilo Kamga (Se réapproprier nos images de femmes noires qui aiment d’autres femmes par des expressions artistiques et culturelles). Deux documentaires seront présentés au cours de cette journée, soit Lesbiana - Une révolution parallèle de Myriam Fougère et Cerveaux Mouillés d’Orages de Karine Lhémon, en présence de la réalisatrice et des protagonistes, soit un couple de lesbiennes françaises handicapées. Annoncé comme un film touchant et personnel à découvrir absolument, qui expose le défi des deux femmes. La journée se terminera avec une performance musicale aux airs de blues en compagnie de Vanessa Dorvily et Léa Touzé.
 
Finalement, la dernière journée du colloque, le samedi 24 septembre, expose les « défis et nouvelles stratégies ». La journée débutera avec Delphine Cézard qui viendra discuter des cordistes, artistes du cirque et femmes fortes physiquement, avec sa conférence « Les circassiennes sont-elles des artivistes? Que font-elles de leur corps en puissance politisés? ». Par la suite, une série de conférences sur les défis représentationnels liés aux lesbiennes dans divers médias (cinéma, télévision) sera présentée, suivi d’un midi conférence avec l’exposition de l’artiviste Pamela Dodds.  Puis, suite au bilan, Les Éditions sans fin, chapeautées par Dominique et Johanne, terminent ces trois jours de conférence avec le lancement de leur dernier ouvrage « Penser la langue, l’écriture, le lesbianisme: Entretiens avec Michèle Causse ». Malgré la conclusion du colloque, Les Éditions sans fin, demeurent fidèle à leur mandat et désirent poursuivre la discussion…
 
Sortir de l’ombre
Si globalement, nous sommes dans une société de l’image, où « la superficialité des images prime sur la justice sociale » c’est l’art grand public qui parvient aux yeux et aux oreilles des gens. Ainsi, l’art lesbien activiste - militant - est relayée au second plan, dans l’ombre. L’importance d’un tel colloque, qui vise nécessairement à sortir de l’ombre l’art saphique, ou du moins à générer des discussions, n’est plus à débattre: « Les lesbiennes ne se mettent pas de l’avant, sous les feux de la rampe, elles n’ont pas besoin de ça. Elles sont dans le travail, la production, la réflexion. Le fait qu’on soit confronté à un monde de l’image, si on n’a pas les codes pour décoder les images, on ne peut pas les lire. Donc on est happé par ces images, leur séduction, mais on n’est pas capable de comprendre leur portée et ce qu’elles nous font. Les artistes sont des spécialistes des ima-ges. Aller les chercher nous permet de montrer qu’elles savent ce qu’elles font. Elles savent comment absorber le monde dans lequel on est et y rétorquer avec ce qu’il faut comme lucidité », explique Dominique. Et Johanne de conclure, avec la cerise sur le sundae: « d’où notre intérêt à montrer et faire découvrir tout ce qu’elles font!»
 
Colloque: ARTivismes lesbiens à l’ère de la mondialisation à
l’Université d’Ottawa, les 22-23 et 24 septembre. 
Pour y assister (1, 2, et/ou 3 journées) vous devez obligatoirement 
vous inscrire en ligne, avant le 10 septembre, à l’adresse suivante: 
Vous désirez assister au colloque mais votre revenu modeste vous empêche de payer le coût d’inscription? Les organisatrices stipulent qu’aucune personne ne sera refusée pour une raison financière. N’hésitez pas à communiquer avec les organisatrices, afin de discuter des multiples possibilités (bénévolat, arrangements sur mesure, etc.) Faites vite, il n’y a que 150 places! Pour toutes questions: lecolloqueartivismeslesbiens@gmail.com ou 613-562-5800 poste 1651
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