Étude

La preuve serait (presque) faite : le gaydar existerait!

Collaboration Spéciale
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L'existence et l'efficacité du fameux «gaydar» viennent d'être formellement attestées dans un tour de la littérature scientifique effectué par Nicholas O. Rule, chercheur en psychologie à l'Université de Toronto. 

Le fameux " gaydar ", dans sa version pacifique, et dont l'existence et l'efficacité viennent d'être formellement attestées dans un tour de la littérature scientifique effectué par Nicholas O. Rule, chercheur en psychologie à l'Université de Toronto.

Les chiffres sont sans appel: les indices non-verbaux que sont le comportement, l'apparence et la façon de parler d'une personne permettent de détecter son orientation sexuelle respectivement dans 64%, 62% et 63% des cas – soit une probabilité significativement supérieure à celle du simple hasard qui, rappelons-le, représente 50% de chances de (ne pas) se tromper. Une fiabilité d'autant plus réelle qu'il s'agit là d'estimations conservatrices, c'est-à-dire calculées au plus sûr: en réalité, il se pourrait bien que ces probabilités soient encore plus élevées et le gaydar encore plus infaillible.

Mais parce qu'elle est, comme il se soit, prodigieusement fouillée, le plus intéressant de l'étude de Nicholas O. Rule se loge dans ses détails. Des détails qui méritent, comme de juste, qu'on s'y attarde.

Les premiers codes d'identification homosexuelle

Rule prend le temps de rappeler que les premiers «codes» d'identification homosexuelle viennent des homosexuels eux-mêmes.

  • Du temps d'Oscar Wilde, porter un habit doublé d’étoffe verte faisait office de clin d’œil entendu pour les regards britanniques avisés.
  • À peu près au même moment, à New York, l'astuce s'incarnait dans une cravate rouge.
  • Chez les lesbiennes européennes de la Belle Époque et au-delà, on savait tirer profit de toutes les ambiguïtés inhérentes au " travestissement ".
  • Et dans les années 1970, en plein boom de la culture pré-sida de la « chasse », le fait de porter tel bandana de telle couleur à telle poche de votre jean en disait énormément sur vos goûts et vos dégoûts.
  • D'autres éléments relatifs à l'apparence ou à la posture peuvent aussi entrer en ligne de compte. Par exemple, il a été démontré que les lesbiennes, en tendance, sont plus massives que les femmes hétérosexuelles, notamment parce que les codes de séduction entre femmes sont relativement différents qu'entre hommes et femmes.
  • Certaines études laissent aussi entendre qu'un rejet des normes genrées « traditionnelles » pourrait mener à un désir de non-conformité physique, révélé dans le fait que les lesbiennes connaissent généralement une montée de «masculinisation » dans leur apparence après leur coming-out.

Un gaydar parfaitement prédictif

Mais le phénomène intervient en réalité bien plus tôt. Dans une série d'expériences consistant à montrer à des volontaires des vidéos d'enfants et à leur demander de déterminer l'orientation sexuelle qu'ils manifesteront une fois adultes (ce qu'ils sont devenus au moment de l'étude, sans que les participants n'en aient la moindre idée), plusieurs chercheurs ont montré que le gaydar pouvait se révéler parfaitement prédictif.

De même, qu'importe que les individus croient dissimuler leur orientation, une part significative d'observateurs sera toujours capable de la détecter. Ce qui prouve, comme l'explique Rule, que «la perception de l'orientation sexuelle pourrait dès lors se fonder sur des éléments basiques».

Parmi ces éléments basiques, une certaine spécificité morphologique, à un niveau autant corporel que facial, serait (selon certaines études) en première ligne, comme le prétendent des études observant la fiabilité du gaydar face à des images statiques. Une réalité qui appuie par ailleurs les hypothèses d'une origine généralement biologique de l'homosexualité: des hormones développementales semblent faire davantage grandir les hommes hétérosexuels et les lesbiennes que les gais et les hétérosexuelles ; le même genre de mécanisme physiologique pourrait être à l’œuvre dans le fait que, par rapport au tronc, les gais auraient souvent des jambes plus courtes que les hétérosexuels, et les lesbiennes des jambes plus longues que les hétérosexuelles.

Si l'étude de Rule atteste de l'existence et de la fiabilité du gaydar, il n'en reste pas moins que les traits qu'il prend en compte pour rendre son verdict sont des plus subtils (des différences somme toute très petites), voire ambigus, si ce n'est tout simplement (pour le moment) indétectables pour la plupart des gens.

Ce qui tombe relativement sous le sens, vu le double-tranchant que peut représenter une orientation sexuelle minoritaire et la catégorisation sociale qui en découle : il y a certes beaucoup à gagner à se trouver des amis, mais il y a surtout énormément à perdre à tomber sur des ennemis. 

 

Source :  Slate.fr