Élections américaines

Pour qui voteront les lgbt?

Samuel Larochelle
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Donald T et Hilary C

À quelques semaines des élections présidentielles américaines, la formation lgbt républicaine Log Cabin a déclaré que la plateforme lgbt du parti était la pire de l’histoire. De son côté, la candidate démocrate Hillary Clinton, souvent accusée d’être une girouette idéologique opportuniste, a reçu l’appui du Human Rights Campaign, l’un des lobbys lgbt les plus puissants des États-Unis. 

Même si les démocrates sont reconnus pour leurs idées plus progressistes, le vote lgbt ne leur est pas acquis, selon Andréanne Bissonnette, coordonnatrice de l’Observatoire sur les États-Unis à la chaire Raoul-Dandurand. « En 1999, lorsque Clinton a brigué le poste de sénateur de l’État de New York, elle a refusé de se positionner en faveur du mariage gai et on a vu des mouvements de protestation dans la communauté lgbt. Certains groupes ont arrêté de financer sa campagne et faisaient pression pour ne pas voter pour elle. Les lgbt ne sont pas un électorat gagné d’avance pour elle. »
 
En avril 2015, Clinton a pourtant lancé sa campagne présidentielle avec une vidéo incluant deux couples homosexuels. Une première historique illustrant son évolution. « Les proches des Clinton disent qu’Hillary était souvent en désaccord avec les positions de Bill durant sa présidence et qu’elle a réellement changé de point de vue sur les questions lgbt, au même rythme que le reste de la société. Depuis 15 ans, sa vision est plus stable », souligne la spécialiste.
 
Aujourd’hui, le programme de Clinton est clair. Si elle devient présidente, elle veut faire adopter l’Equality Act, soutenir les démarches visant à protéger les victimes de discrimination basée sur l’identité de genre ou l’orientation sexuelle, honorer le service militaire des soldats lgbt, mettre fin aux prétendues thérapies de conversion homosexuelle, protéger les aînés lgbt contre la discrimination et promouvoir les droits lgbt partout dans le monde. « Ses positions sont plus progressistes que jamais et elle s’est engagée personnellement à pousser ces mesures, affirme Mme Bissonnette. On sent l’effet Obama, qui a été le premier président américain à se prononcer en faveur du mariage de personnes de même sexe, et l’effet Bernie Sanders, qui a poussé la plateforme démocrate plus à gauche lors de la campagne à l’investiture démocrate. »
 
Cependant, quand on parle des idées de Clinton avec Gregory T. Angelo, président du Log Cabin, la perception est plus négative. « Son plan est de faire peur aux lgbt en affirmant que tous les droits acquis avec le temps vont être perdus si les républicains prennent le pouvoir. C’est impossible. Le mariage gai est là pour rester. » 
 
Paradoxalement, ses mots sont encore plus durs envers son parti. « La plateforme républicaine n’a jamais eu autant d’idées qui pourraient être potentiellement mauvaises pour la communauté lgbt si elles se réalisaient. Par le passé, d’autres ont désapprouvé le mariage gai ou la présence de gais ouvertement affichés dans l’armée américaine. C’est encore présent cette année, mais ils y ont ajouté une opposition à plusieurs droits des transgenres et un appui tacite des conversions “Pray the gay away” qui peuvent être très dangereuses! » En outre, le colistier de Donald Trump, Mike Pence, a signé la loi donnant le droit aux commerçants de discriminer les lgbt et de refuser de les servir. 
 
Andréanne Bisonnette croit aussi que le parti républicain a adopté une plateforme plus à droite que jamais. « Ils ont une vision très limitée et profondément religieuse de la famille. Ils ne veulent pas défendre les transgenres contre la discrimination. Et durant la convention républicaine, en juillet dernier, quand un membre plus mo-déré du parti a proposé d’adopter que l’attaque d’Orlando visait particulièrement la communauté lgbt, le parti a refusé. »
 
Plusieurs lgbt envisagent tout de même d’accorder leur vote aux républicains. Particulièrement ceux qui accordent plus d’importance aux visions économiques du parti qu’à ses positions sociales. « On ne peut pas limiter un individu à son orientation sexuelle, rappelle Andréanne Bisonnette. Et oui, Trump peut aller chercher des votes lgbt. » Gregory T. Angelo confirme que les lgbt ne votent pas uniquement en fonction des politiques lgbt, préférant souvent se concentrer sur les idéaux en économie, en santé, en éducation et en sécurité nationale. Il précise aussi que les républicains lgbt sont profondément divisés sur la question. « Dans le nord-est, à Washington, Boston, Baltimore ou au New Jersey, les gens sont opposés à Trump. Mais dans d’autres états (Texas, Nevada, Utah, Michigan, Californie), je parle à plusieurs membres de la classe moyenne, des fermiers et des ouvriers qui le soutiennent complètement. On retrouve les mêmes divisions dans plusieurs autres organisations républicaines. »
 
Malgré les réserves que le président de Log Cabin a exprimées sur la plate-forme républicaine, il croit que Trump est un candidat pro lgbt. « Plusieurs fois, il a eu l’opportunité de se distancer de la communauté lgbt et il ne l’a pas fait. Après Orlando, Trump a reconnu que l’attaque visait directement un club gai et qu’il serait ami des lgbt. Jamais un candidat républicain n’a dit ça avant. » Il est tout de même interloqué d’entendre des républicains exprimer leur désir de voter pour Clinton. « Que l’on soit lgbt ou non, voter pour Hillary, c’est trahir nos principes. Je comprends le manque d’intérêt pour Trump, mais si on embrasse des principes conservateurs, on ne peut pas voter Clinton.»
 
En 2012, Barack Obama avait récolté 76 % des votes des électeurs s’identifiant comme lgbt. Reste à voir si la domination démocrate se poursuivra le 8 novembre prochain.