Image+nation - 27 novembre 2017

Discussion sur la fluidité de la sexualité sur le tournage de Morning After

Julie Vaillancourt
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MORNING AFTER

La cinéaste Patricia Chica (Ceramic Tango, Serpent lullaby) est présentement en tournage à Montréal pour son prochain film Morning After. Cette comédie dramatique mets en scène cinq amis qui passent une soirée autour d’un jeu sensuel, à saveur de chocolat et French kiss, exposant lentement leurs désirs. L’oeuvre s’articule autour de l’idée de la sexualité fluide. En ce mercredi soir d’août, je me suis rendue sur le plateau de tournage afin de discuter avec la réalisatrice et artisans du film. Silence, moteur, ACTION! Et discussions…

Ce texte a été mis à jour le 13 novembre 2017
 
Au deuxième étage de cet appartement, rue St-Laurent, tous s’affairent. Les acteurs qui feront leur entrée « en scène » sous peu, effectuent des retouches maquillage. Au troisième étage, l’équipe technique met en place caméra, son et éclairages, pour les scènes qui seront tournées ce soir, dans le décor proposé, soit celui d’un salon typique d’un appartement de Montréal où l’alcool et le chocolat, tiennent lieu de vice à l’amusement. Puisque le cinéma est avant tout un travail d’équipe, tous s’affairent à leurs tâches dirigés par la réalisatrice. Il est 22h et le tournage est imminent. Patricia m’accorde quelques minutes pour discuter de Morning After, un projet qui lui tient visiblement à coeur: « Lorsque Kristian (Hodko) m’a parlé de son scénario lors d’un festival de film à Toronto, j’ai tout de suite accroché sur le sujet, car ça me ressemble. Je me sens faire partie de cette communauté fluide et je n’ai pas besoin de me justifier, car je suis moi-même ». 
 
Puisque le concept du film tourne autour de la sexualité fluide, Patricia m’explique sa définition: « La sexualité fluide c’est de ne pas avoir d’étiquettes pour définir sa sexualité. Il y a 5-6 étiquettes principales pour définir 6-7 milliards de personnes sur la planète. Parmi tous ces gens, il y en a qui ont une certaine fluidité, car nous sommes en constante évolution dans la vie, nous avons des préférences physiques, mentales et émotionnelles et des réactions qui ne se retrouvent pas nécessairement dans ce qui est déjà défini. Donc il y a beaucoup de zones grises parmi l’arc-en-ciel de couleurs. » Et Patricia ne définit pas le concept de sexualité fluide, en y apposant l’étiquette de la bisexualité, puisqu’au centre même de ce concept de fluidité, les étiquettes n’ont pas lieu d’être: «J’ai découvert qu’il y a des gens qui préfèrent l’hétérosexualité du point de vue mental et amoureux, mais ce qui les attire c’est quelque chose d’un peu plus homosexuel. Et, ça peut aussi être les deux sexes au même moment pour avoir une excitation sexuelle. Le spectrum de modèles est infini. Pourquoi se définir uniquement dans une catégorie? On peut être fluide et bouger de l’une à l’autre. Aussi, dans notre vie, nos préférences évoluent et c’est correct. On n’a pas à se sentir mal, ou penser qu’on dévie d’une certaine convention. C’est aussi quelque chose qui peut évoluer, selon les moeurs, les cultures, l’ouverture d’esprit et l’expansion spirituelle ». 
 
Bien entendu, l’émancipation des droits homosexuels aide à l’ouverture sociale et à la compréhension du concept de sexualité fluide «mais ça a toujours existé», soutient Patricia «c’est juste qu’avant c’était tabou, caché, relayé au placard. Les gens n’osaient pas ima-giner que la sexualité pouvait être fluide, mais ça fait partie de la nature humaine, même si on a senti le besoin de mettre la sexualité dans des catégories bien spécifiques pour se l’expliquer… Ce que je trouve intéressant c’est que les Millennials ne se posent même plus la question, ce n’est plus un enjeu. Ils sont eux-mêmes, point. En 2016, on en est rendu-là. » 
 
Le producteur exécutif, Marc Carle a beau être le neveu de Gilles Carle, ce n’est pas cette filiation qui l’a mené à s’intéresser au projet: « Lorsque mon ami Kristian m’a fait lire son scénario, l’histoire m’a beaucoup touché, car il y a un peu de moi dans ce que le personnage de Michael vit. J’ai fait mon coming-out en 2014 et il y a des émotions que j’ai vécues lors de ce processus que j’ai retrouvées dans le scénario. À l’origine, ça ne m’a pas frappé, mais plus les répétions et le tournage avançaient, plus ça venait me chercher. Je crois que c’est le genre de film que beaucoup de jeunes ont besoin de voir, car on a le droit d’évoluer dans notre sexualité et de dépasser les étiquettes. Et nos sociétés changent aussi. Dans le temps, les gens prenaient une job à l’usine et ils y travaillaient toute leur vie. Aujourd’hui, ce n’est plus ça », explique celui qui se disait très impressionné par toute l’organisation et le dévouement des gens travaillant sur le film. Parlant de travail, alors que le DOP s’affaire au cadrage des plans, je prends place aux côtés de Patricia, qui supervise le tournage d’une scène. 
 
Entre deux « Action », le scénariste Kristian Hodko viens discuter de son histoire: « J’habitais à Toronto et j’avais une nostalgie de l’été montréalais. J’ai imaginé une soirée typique dans un appart de Montréal, comme ce soir: c’est l’été et il fait chaud, avec la vibe sensuelle de Montréal, son ouverture d’esprit. C’est quelque chose que je ne vois pas ailleurs… Avec le temps, le scénario a évolué sur une discussion autour de l’identité sexuelle. La sexualité humaine, est toujours en constante évolution, comme toutes les choses que l’on retrouve dans l’univers. C’est fluide. » explique celui qui désire ne pas avoir de frontières dans l’expression (qu’elle soit artistique ou sexuelle). Si Kristian Hodko a scénarisé Morning After, il y campe aussi le rôle d’Edwards: « C’est vraiment difficile de faire la séparation entre l’écrivain et le personnage! Je pourrais aussi dire que ces 5 personnages ont tous une partie de moi… » 
 
Au terme du tournage d’une scène, les 4 autres acteurs Thomas Vallières, Zoé de Grand’Maison,Jordana Lajoie et Joey Scarpellino discutent sur le balcon de cet appartement de la rue St-Laurent. En attendant la prochaine scène à tourner, ils m’expliquent l’ambiance qui règne sur le plateau de Morning After, où tous s’entendent pour dire qu’ils sont comme une grande famille, «où il n’y a pas de division entre le cast et le crew, ce qui n’est pas le cas sur tous les plateaux de tournage» affirme Zoé. Une atmosphère propice au tournage des scènes plus sensuelles, «puisqu’on ne ressent pas de barrières, ce qui vient mettre en scène le concept de la sexualité fluide», confirme Thomas. D’ailleurs, les acteurs apprécient la sensibilité féminine et l’écoute de Patricia, sans compter que l’opportunité d’être dirigé par une femme est plus rare. À ce sujet, Patricia se confie: «Je fais du cinéma depuis que j’ai 16 ans, alors pour ma part je ne me sens pas discriminée du fait d’être une femme réalisatrice, mais je le sens parfois dans les sujets. Dans les années antérieures, mes films n’ont pas été financés au Québec. Je parle de sujets crus. Ceramic Tango porte sur le VIH et comment on vit l’annonce de la maladie, du point de vue d’un jeune homme marginal dans son allure et mode de vie.» 
 
Lorsqu’on touche à des sujets plus marginaux et que le financement des institutions se fait rare, quoi de mieux que d’aller vers le financement plus fluide, le socio-financement? Patricia y va de ses raisons: « J’ai encore l’espoir que les institutions financent mon projet, mais j’ai dû me tourner vers un mode de financement alternatif. Pour le genre de cinéma que je fais et mon implication dans les médias sociaux et mon following, ça me permet d’amener une conscience autour du sujet du film. Quand le film va sortir, j’aurai déjà mon public de bâti. Pour moi, c’est vraiment le sujet qui est important, dans le sens qu’il y a un mouvement positif qu’on doit supporter, un message universel d’ouverture d’esprit, afin qu’il n’y ait plus de discrimination ou d’événements tragiques comme ceux d’Orlando, qui arrivent dans notre société. Un film comme Morning After apporte un point de vue humain qui nous permet de conscientiser la société tout en piquant la curiosité des spectateurs peu importe les générations… » Si Patricia a piqué votre curiosité avec Morning After, la campagne de socio-financement est toujours active. Une belle façon de rendre le financement de l’art fluide, sur un sujet qui l’est tout autant.  
 

La Première Canadienne du très attendu film MORNING AFTER de Patricia Chica — traitant de la fluidité de la sexualité, et mettant en vedette Thomas Vallières, Kristian Hodko, Jordana Lajoie, Zoé de Grand Maison et Joey Scarpellino — se tiendra le 27 novembre à 19h au Centre Phi, dans le cadre de la 30e édition d’image+nation.

 
 
MORNING AFTER
 

L’HORAIRE COMPLET DU FESTIVAL Image+Nation 30

 

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