Au-delà du cliché - questions d’identité

La nuit où j’ai compris la définition de la culture du viol…

Samuel Larochelle
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Samuel Larochelle

Je viens de retirer sa grosse main de mon sexe pour la troisième fois. Je lui répète que je ne veux pas aller jusque-là. Je m’assois dans mon lit, le cœur qui se débat et le dos imprégné de la sueur de nos corps qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Je n’ai qu’une seule envie : le mettre dehors. Mais j’ai peur qu’il s’impose physiquement pour rester ou se venger. Je mesure 193 cm, pis j’ai peur pareil. Criss…

Il y a cinq ans, j’ai eu un aperçu de la culture du viol. Voilà, je viens d’écrire la grosse méchante expression qui fait peur à tout le monde. Les trois mots qui stoppent les mécanismes de logique et d’humanité chez beaucoup trop de personnes. Je n’ai pas écrit que j’avais été victime de viol. Ni d’une agression sexuelle. J’ai mentionné la «culture du viol». Un concept extrêmement large qui englobe une quantité de gestes et de remarques que la société tolère. 
 
Des exemples? Ceux qui pensent que c’est admissible de pognasser un gars ou une fille dans un bar, sans accord tacite, comme si l’autre n’était qu’un objet. Ceux qui affirment que les gars et les filles qui s’habillent et/ou se maquillent pour mettre en valeur leurs attributs le font assurément pour être regardés, sifflés, commentés, tassés dans un coin, suivis dans la rue… comme s’ils étaient des pièces de viande. Ironiquement, la culture du viol inclut aussi ceux qui sont convaincus d’avoir à jouer une game de séduction ultra sexuée, parce que la société leur a appris que c’est comme ça qu’on attire l’attention. 
 
La culture du viol, c’est une vedette de football universitaire qui, après avoir violé une fille, écope de trois mois de prison et voit ses exploits sportifs être mis à l’avant-plan par les médias, quand il est question de son crime. Ce sont les juges des tribunaux et les jurés de salon qui disent qu’un viol, c’est juste quelques minutes d’inconfort, que ça s’oublie vite, que la victime aurait pu fermer les jambes et qu’elle aurait dû se débattre si elle ne voulait pas de sexe. C’est s’attaquer à la crédibilité des victimes, sans penser à l’extrême difficulté de porter plainte et d’affronter un témoignage en cours (parfois médiatisé), qui les obligera à revivre l’horreur seconde par seconde. Trop souvent, la culture du viol, c’est aussi cautionner un acte non consenti et véhiculer l’idée que ça ne peut pas être une agression ou un viol, si les gestes indésirables sont posés par son chum. C’est ne pas admettre que tout humain a le droit de ne pas vouloir de sexe, de flirter sans vouloir baiser, de changer d’idée juste avant de passer à l’action et même en plein ébat. 
 
La culture du viol, c’est également ce qui m’est arrivé il y a cinq ans. Le scénario de base est commun, mais la finale est désolante. Je suis chez moi en fin de soirée. J’ouvre Grindr en croyant qu’on peut utiliser l’application comme on veut : pour jaser, trouver une baise ou une date qui pourrait se transformer en sérieux. Je discute avec une belle gueule. Il veut me voir. Je précise que j’aimerais un dodo collé, sans tripotage. Il accepte. Je lui demande à trois reprises s’il a bien compris, je nomme ce qui n’aura pas lieu et il n’exprime AUCUNE objection. Vingt minutes plus tard, il arrive chez moi. Il est plus d’une heure du matin. Je l’invite à dormir en cuillère. Après cinq minutes, il met sa main sur mon slip. Je la retire gentiment, sans m’offusquer. Soixan-te secondes plus tard, il retire ses boxers et me demande de faire de même. Je refuse. Peu après, il empoigne mon sexe. Je le repousse moins gentiment et je m’en veuxintérieurement d’avoir cru qu’un peu de chaleur humaine, sans geste sexuel, ça se pouvait. Autre réflexe encouragé par la culture du viol : TU vis le malaise, alors TU culpabiliseras. J’aurais pu penser «il me trouve si attirant qu’il ne peut plus se contrôler». J’aurais pu trouver ça flatteur. Mais non. Je trouve ça inquiétant. Il est aussi grand que moi, mais pas mal plus lourd. Quand je lui demande de partir, j’ai peur qu’il réplique violemment. Mais non. Il est abasourdi. Offusqué même. Mais il s’en va. 
 
Le lendemain, un ami m’accueille pour souper. J’ai besoin de partager avec quelqu’un ce que j’ai vécu. Pour me libérer l’esprit, être écouté, réconforté. Sa réaction? Éclater de rire et me dire que je «savais» que Grindr était fait uniquement pour du sexe, même si j’avais été clair sur mes intentions. En plus clair, il se dit que je l’ai bien cherché. Ce soir-là, je me suis écroulé par en dedans. Et je ne lui ai plus jamais parlé.


 

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Publié le 24 octobre 2016

par Samuel Larochelle