La chronique du Conseil québécois LGBT

C’est notre job

Marie-Pier Boisvert
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MArie-Pier Booivert

Chères communautés LGBTQ+, la 13e édition du Gala Arc-en-ciel a eu lieu le 14 octobre 2016, et à cette occasion, j’ai prononcé un petit discours qui, je crois, en dit long sur le chemin que nous avons parcouru dans la dernière année. Je vous le copie donc ici, en espérant que vous aurez autant de plaisir à le lire que j’ai eu à le prononcer.


Bienvenue, merci d’être là et un bonjour particulier à Jóhanna.
 
Je vous rassure, je ne suis pas particulièrement impolie, j’appelle Jóhanna par son p’tit nom parce que c’est ainsi qu’on fait, en Islande. Si je l’appelle Mme Sigurðardóttir c’est comme si je disais madame la fille de Sigurðar, et les Islandaises trouveraient que ça manque de féminisme un peu. Alors donc, nous y voici. Je suis extrêmement fière d’être parmi vous, à mon deuxième gala arc-en-ciel mais mon premier comme coordonnatrice de toutes ces belles choses, et j’ai très très hâte de vous montrer le résultat de notre travail.
 
On peut dire, sans trop se tromper je pense, que 2016 a été une grosse année pour les communautés LGBTQ+ du Québec, et du monde. J’aimerais vous dire qu’on en est ressortis plus unis, plus déterminés que jamais, parce que c’est le cas, on est incroyables et on va se le dire. Mais je pense qu’on a comme une p’tite fatigue collective (...ou c’est peut-être juste moi qui est fatiguée à cause du gala, mais bon!) Réalisez-vous toutes les angoisses existentielles qu’on a déterré depuis le printemps? On s’est fait brasser en sacrament avec la tuerie à Orlando. Certains d’entre vous connaissiez ça, cette peur-là, parce que vous l’avez vécu, l’époque où vous étiez littéralement chassés. Mais pour d’autres, surtout les plus jeunes, dont je suis, c’était un méchant wake-up call. 
 
Toutes ces angoisses qui sont remontées à la surface, ça nous a rappelé des affaires assez cruciales, par contre. Ça m’a rappelé, à moi, à quel point je suis chanceuse d’être ici, au Québec, d’être tombée en amour d’une fille incroyable (allo, Marie-Édith!) sans avoir à “dealer” avec le stress de vivre de la biphobie dans ma famille (allo, mes parents!) parce que bon en plus le drama lesbien c’est déjà assez de stress comme ça. Et chaque fois qu’on me rappelle Orlando, chaque fois qu’une autre personne trans est assassinée ici ou ailleurs, particulièrement les femmes trans racisées, chaque fois qu’on me parle des endroits dans le monde où on peut se faire lapider parce qu’on fait partie de la diversité sexuelle et de genre, je me rappelle de ma chance, mais je me souviens aussi qu’il y a des gens qui sont ici et qui veulent faire en sorte que le Québec soit ce havre, mais, dans le cas des personnes intersexes, on continue de les priver de l’autonomie sur leurs corps et, dans le cas des personnes trans migrantes, on continue de les forcer à vivre une discrimination inutile, à cause de dédales administratifs. 
 
Vous me direz peut-être que je suis jamais contente: je veux pas vous décevoir, mais c’est un peu ma job de chialer.
 
Mais on a aussi eu beaucoup de joies cette année, pas juste des angoisses. Il y a des enfants trans qui ont pu changer leur mention de sexe et leurs noms, cet été avant la rentrée. On a encore du fignolage à faire un peu pour que la mise en place de tout ça soit top, mais c’est quand même un pas de géant. En plus, on a modifié la Charte québécoise des droits et libertés pour intégrer l’identité de genre et l’expression de genre comme motif de non-discrimination, ENFIN. Et c’est beaucoup grâce à la volonté politique des gens qui sont ici, d’ailleurs: Mme Vallée, Mme Massé, merci.
 
Donc le chemin qu’on a parcouru cette année n’est quand même pas tout sombre. Et non, on n’a pas fini de s’obstiner sur l’alphabet LGBTQAI2S+, je vous le garantis. Mais c’est qu’on a pas fini d’en discuter! Les mots n’ont pas fini de changer! Et ça va me faire plaisir que ça change parce que crime, que ça serait plate si le monde changeait jamais. 
 
Je remercie, en terminant, les fantastiques personnes qui ont participé à l’organisation de ce Gala, je vous nommerai pas tous, vous vous connaissez, mais vous avez pas idée, cher public, à quel point y’a de l’amour dans ce show-là.
 
J’espère que ça va paraître. Je vous aime, merci d’être là, merci d’être qui vous êtes.