Jusqu’au 17 janvier

Le grand balcon, une biennale d'art contemporain à saveur queer

Michel Joanny-Furtin
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Jusqu’au 17 janvier, l’édition 2016 de la Biennale de Montréal se définit comme un rendez-vous international majeur de l’art contemporain en Amérique du Nord. Elle place Montréal parmi les grandes biennales d’art du monde en offrant une visibilité exceptionnelle et un accès privilégié aux artistes d’ici et d’ailleurs les plus actuels du moment.

Pour Philippe Pirotte, commissaire de la Biennale d’art contemporain de Montréal, le titre de cette édition 2016 fait référence à la pièce «Le Balcon» de Jean Genet dans laquelle «Le Grand Balcon» était le nom de la maison close où se passait l’action : pendant une révolte, les clients que sont tour à tour l’évêque, le juge, le général, etc., nous y livrent leurs secrètes perversions. «On y assiste à une véritable kermesse du pouvoir. Tous les clients se jouent d’eux-mêmes. Ils s’imaginent dans une position de pouvoir avec la contribution de la prostituée qui entre dans leur jeu?» explique-t-il.«Ainsi, dans le même ordre d’idées, l’exposition nous invite à mettre en scène la recherche des plaisirs sensuels, à appeler le plaisir à jouer une fois de plus un rôle déterminant dans notre vie quotidienne et nos prises de décisions politiques. Le Grand Balcon mise sur le potentiel libérateur de l’art», argumente Philippe Pirotte. «L’exposition souhaite mobiliser les pleines capacités de notre cerveau et de notre corps pour affirmer notre plaisir, loin des gratifications faciles de la consommation…» Selon le commissaire Pirotte, ce Grand Balcon doit nous amener à revoir notre rapport au monde actuel : des pratiques écologiques désastreuses, la dématérialisation croissante de l’économie, et ces nouveaux prophètes autodestructeurs…

Une odeur de "queer"

«Dans cette édition de la Biennale de Montréal, la sous-culture "queer" n’est pas le thème, mais les démarches artistiques se veulent non binaires, voire pansexuelles, rappelle Philippe Pirotte, quand on observe par exemple le travail chorégraphique d’Anne Imhof autour du corps dansant androgyne : une création à la fois physique et sexy où la sensualité prévaut plus que la sexualité. À l’image de cette variation contemporaine et sans tête du David de Michel-Ange qu’est le "Sphynx" de l’artiste Luis Jacob.»

Selon Philippe Pirotte, les moyens d’expression ne cessent d’évoluer et de se réinventer pour et par les artistes contemporains entre, par exemple, la performance, la sculpture, l’installation, le "sound art", etc., et plus récemment le "post-internet art" qui s’approprie l’imagerie internet comme matériau créatif. «On note toutefois une vague artistique qui renoue avec la peinture. Et de plus en plus d’artistes visuels se réinventent par l’écriture, observe-t-il. L’art est un terrain de jeu sans conséquences profondes, mais où l’on cherche toutefois à inscrire dans la durée, une mémoire, une atmosphère, dans l’esprit du visiteur en provoquant une émotion; en révélant par l’expérimentation, un paradoxe profondément enfoui en chacun de nous…»

 

KISS PORTFOLIO de Chris Curreri

THE KISS de Chris Curreri

 

THE LOST DRAWINGS OF GEOFFREY FARMER AND BRIAN JUNGEN

THE LOST DRAWINGS OF GEOFFREY FARMER AND BRIAN JUNGEN

de Brian Jungen et Goeffrey Farmer

SPHINX de Louis Jacob

SPHINX de Louis Jacob

 

DREAM SEQUINS de Brian Jungen

DREAM SEQUINS de Brian Jungen

 

ANGST III de Anne Imhof

ANGST III de Anne Imhof

Une Biennale 2016 dans tous ses états…

55 artistes, 23 pays, 35 nouvelles productions d’artistes… Et tous les médiums sont sollicités : Cinéma, opéra, vidéo, peinture, sculpture, photographie, installation, performance et web?; mais aussi concerts, causeries, conférences, visites guidées, ateliers et publications diverses.

Si le Musée d’art contemporain de Montréal (MACM) reste le centre névralgique de la Biennale, l’exposition se déploie sur plusieurs sites dont, entre autres, le Musée des beaux-arts de Montréal; le Livart, un nouvel espace culturel sur Saint-Denis la SAT (Société des arts technologiques), le théâtre La Chapelle?; la Galerie de l’UQAM, le centre d’art Optica et même le Manège militaire sur l’avenue des Pins!

bnlmtl2016.org