Rencontre avec Chloé Robichaud

«Pays» : entre le personnel et le privé

Éric Whittom
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La 6e édition du Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ), qui s’est déroulée en septembre dernier, s’est ouverte avec la présentation du film PAYS de Chloé Robichaud (qui a réalisée Sarah préfère la course en 2013, et la websérie Féminin / Féminin en 2014). Il s’agissait de la première projection au Québec.


Cette native de Cap-Rouge qui habite maintenant à Montréal a foulé le tapis rouge en compagnie de certains comédiens, soit les «trois muses» de son film Macha Grenon, Emily VanCamp et Nathalie Doummar, ainsi que Rémy Girard, Yves Jacques et Alexandre Landry. «J’ai l’impression d’être une rock star», s’est-elle exclamée en réaction aux applaudissements nourris des spectateurs dans la salle, ravie de l’invitation du FCVQ.

Les répercussions négatives de la vie politique

La jeune réalisatrice de 28 ans a mis quatre ans sur sa plus récente œuvre qui a été tournée à Terre-Neuve. Pays présente le déroulement des négociations ardues entre des représentants du Canada et de son voisin insulaire Besco, un pays fictif situé au nord du Labrador où une compagnie minière souhaite s’établir. Chloé Robichaud montre les impacts insidieux des pourparlers sur la vie personnelle de trois participantes aux négociations, soit la présidente de Besco (Macha Grenon), la jeune et nouvelle députée canadienne (Nathalie Doummar) et la médiatrice internationale (Emily VanCamp).

«Pays, c’est un film sur la politique, mais beaucoup plus sur les politiciens, sur ceux qui la pratiquent, sur les défis personnels, les défis intérieurs qu’ils vivent, mais auxquels on peut tous, je crois, s’identifier. C’est un film sur l’affirmation de soi, comme individu, comme citoyen, et comme collectivité. J’espère que vous allez l’apprécier. Je l’ai fait pour vous. Ça vient vraiment du cœur», a-t-elle dit, émue.

En entrevue, elle précise ce qui l’a motivée à choisir l’univers de la politique comme thème principal de son film. «Ce qui m’intéresse surtout, c’est comment, dans les années 2000-2016, on balance notre vie personnelle avec la sphère professionnelle. On est en train de se défaire un peu des conventions de genre. C’est quoi être une femme ou c’est quoi être un homme. Ça vient avec plusieurs questionnements. Je trouvais qu’avoir des politiciennes, c’était une parfaite image pour montrer le déchirement entre le personnel et le privé, parce qu’être politicien, ça demande des sacrifices. Ils ont d’immenses responsabilités sur leurs épaules, ils portent le poids, la pression de la société.»

Dans l’écriture de son scénario, elle s’est inspirée de l’actualité notamment de l’exploitation minière sur le territoire québécois «pour très peu de royautés» et de la «vague orange» au Québec au scrutin fédéral de 2011 avec l’élection de plusieurs jeunes députés du NPD qui ont fait leurs premiers pas en politique.

Elle trace un premier bilan positif de son deuxième long-métrage avec un budget quatre fois plus important que Sarah préfère la course et mettant en vedette trois personnages principaux et plusieurs personnages « adjacents qui sont importants ». « J’ai beaucoup appris dans la structure scénaristique. Ça m’a déstabilisée d’aller tourner à l’étranger, à Terre-Neuve. C’est bien de sortir de sa zone de confort. J’ai aussi tourné pour la première fois en 35 mm. Je pense que j’ai beaucoup appris et que je me suis améliorée, que ce soit dans ma direction d’acteurs et ma façon de cadrer. J’espère que mes apprentissages vont servir pour un prochain film ».

Une deuxième saison de la série Féminin/Féminin

Chloé Robichaud vient de terminer l’écriture de la deuxième saison de Féminin/Féminin. Elle souhaite que le tournage démarre au printemps prochain pour une diffusion possible à l’automne 2017, sur ICI ARTV. « Idéalement, ce sera diffusé à la télévision, mais c’est sûr qu’il y aura une sortie simultanée sur le Web », indique-t-elle. Elle travaille aussi à l’écriture de deux scénarios de long-métrages.

PAYS sortira le 18 novembre au Québec