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Jonathan : secrets de famille et désirs inavoués

Denis-Daniel Boullé
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Un film pour les amateurs de secret de famille. Dans une ferme allemande, Burghard, un homme atteint d'un cancer, partage sa vie avec son fils de 23 ans Jonathan. Devant les soins que requiert son père, une infirmière à domicile, Anka vient aider Jonathan. 

Cependant, la tante de Jonathan, qui vit dans une ferme voisine, n'entretient plus aucune relation avec son frère depuis le décès de la mère de Jonathan. Même si Jonathan ne comprend pas le silence entre son père et sa tante, ne connaît pas ou peu les circonstances entourant la mort de sa mère, il tente de composer avec la situation, d'arrondir les angles. Surgit alors du passé, Ron, un ancien ami de Burghard, vient rompre le fragile équilibre et remuer le passé. Très vite on comprend qu'il s'agit du grand amour de Burghard qu'il a sacrifié pour sa famille, et son fils surtout.

 

Si l'histoire peut sembler banale, le réalisateur germano-polonais Piotr J. Lewandoski touche un aspect peu abordé dans le cinéma en général et dans le cinéma LGBT en particulier, la passion entre deux hommes âgés. Après 23 ans de séparation, la force de la passion est toujours aussi grande entre ses deux hommes, ce qui donne des moments d'une extrême tendresse. Jonathan révolté par le menson-ge de son père, et qu'il suppose être la cause du suicide de sa mère, devra apprendre peu à peu à accepter cette relation, grâce au soutien de l'infirmière Anka dont il tombe amoureux.

La force du film tient par le traitement de l'image qui s'arrête sur le quotidien d'un monde rural. Le silence est de mise, les secrets de famille cristallisent les rancoeurs de chacun, se réfugiant dans les nombreuses tâches qu'impose la vie d'une ferme. Jonathan devra lui aussi briser son propre silence pour accéder à la vérité. Comme les autres membres de la famille, il n'a pas accès à cette parole, qu'il acquérra par la violence et la révolte. 

Jonathan, c'est aussi le parallèle entre deux histoires d'amour. Celle qui naît entre Jonathan et Anka l'infirmière et celle qui se termine entre Ron et Burghard en fin de vie. Deux histoires d'amour différentes mais qui se rejoignent par la difficulté d'être à soi-même et à l'autre, sortant des carcans imposés par le genre mais aussi la situation sociale. Plus encore, le film replace au cœur des dilemnes, puis des choix des protagonistes, l'attachement à la terre natale, l'attachement à son coin de pays. L'incapacité pour un fermier de tout quitter pour suivre un amant et de vivre son homosexualité. Ce qui est résumé par Jonathan, montrant de la terre qu'il vient de ramasser: [c'est] l'origine, la maison. De là une autre relation avec l'organique, le vivant dans ce qu'il a de plus réjouissant, les sorties érotiques de Jonathan et Anka dans les bois, et dans ce qu'il a de plus prosaïque, le fumier, le purin et la bouse de vaches qui font aussi partie du quotidien du père et du fils.

Le jeu des acteurs est saisissant André Hennicke, dans le rôle de Burghard mourant d'un cancer de la peau, Thomas Sarbacher dans celui de Ron incarnent un couple profondément émouvant à travers les contradictions qui les hantent mais aussi le désir l'un pour l'autre qui continuent de les habiter. Julia Kotschitz, dans le rôle de l'infirmière apporte avec justesse la lumière et l'espoir mais tout en demi-teinte. Quant à Jannis Niewöhner, il campe un Jonathan tout en contraste de virilité et de tendresse, de force et de faiblesse en plus d'être beau comme un dieu germanique.

JONATHAN sera présenté lors du Festival Image+Nation, le samedi 3 décembre 2016, à 21h, au Musée des Beaux Arts de Montréal. PGM33