entrevue avec Sunna Björg Valsdóttir

C’est comment être gaie en Islande

Samuel Larochelle
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Sunna Björg Valsdóttir

En 2015, l’Islande est arrivée au deuxième rang des pays les plus heureux du monde, tout juste derrière la Suisse. Sur cette île magnifique que certains surnomment « Niceland », le bonheur se traduit entre autres par une grande ouverture d’esprit et un taux d’homophobie extrêmement faible, selon Sunna Björg Valsdóttir, une lesbienne de 27 ans résidant à Akureyri.

Preuve concrète de l’ouverture de la société, le pays insulaire a été le premier à décriminaliser l’homosexualité en 1940. « C’est un pays petit où il facile de s’éduquer sur les réalités lgbt. Des bénévoles vont dans les écoles pour sensibiliser les enfants. Et ces temps-ci, il y a même un compte Snapchat sur lequel une personne parle de son orientation sexuelle chaque jour. Près de 6000 personnes le suivent» explique Sunna. 
 
Sortie du placard depuis douze ans, la jeune femme n’a pas vécu le moindre drame relié à son homosexualité. « Mes amis ont tous bien réagi. Et quand j’étais jeune, mes parents blaguaient entre eux en disant que j’allais ramener une fille à la maison. J’ai toujours eu beaucoup de soutien et mes amis gais sont dans la même situation.»
 
Ni la capitale ni les villages de l’Islande ne sont reconnus pour être le terrain d’actes homophobes. « On n’entend pas parler de violence homophobe ici. Les citoyens de Reykjavik sont particulièrement 
ouverts, parce qu’ils ont l’habitude de côtoyer la diversité, mais j’ai aussi vécu dans plusieurs petites villes sans jamais avoir de pro-blèmes. Je ne me suis jamais sentie rejetée nulle part.»
 
Elle affirme même que la discussion sur l’orientation et l’identité sexuelles est beaucoup plus vaste qu’avant. « Il y a quelques années, on parlait uniquement des gais et des lesbiennes, mais maintenant, il est aussi question des trans, des pansexuels, des asexuels, etc. Je ne sais pas à quel point toute la population comprend chaque réalité, mais les gens posent des questions pour comprendre. » 
 
Première nation du monde à avoir un chef de gouvernement ouvertement gai, en la personne de Jóhanna Sigurðardóttir, qui a été première ministre de 2009 à 2013, l’Islande ne pouvait faire autrement que d’avancer. «Quand la personne qui dirige le pays est gaie, c’est sûr que ça aide! Évidemment, il y avait des voix des fois discordantes sur son orientation sexuelle, mais elles n’étaient jamais aussi fortes que celles qui en parlaient positivement. »
 
Dans un pays où l’adoption par des parents de même sexe est légale depuis 2006 et où le mariage gai est possible depuis 2010 – le 27 juin 2010, la première ministre s’est d’ailleurs empressée de marier sa conjointe Jonina Leosdottir – les débats sur les droits lgbt se tournent principalement vers la dernière lettre de l’acronyme. « Il n’y a toujours pas de loi pour protéger les personnes trans contre la discrimination. Il faut y voir. » 
 
Si l’Islande compte un seul bar gai, le club Kiki, ce n’est pas seulement en raison du risque économique d’ouvrir plusieurs commerces du genre dans une petite île. « On peut aller s’amuser dans tous les bars. Tout comme les hétéros adorent danser dans le seul club gai, où l’atmosphère est fantastique. Tout le monde est le bienvenu. »
 
Pas surprenant que la Gay Pride islandaise soit la plus populaire de la planète au prorata de la population, alors que plus de 100 000 participants sont dénombrés chaque année, dans un pays de 330 000 habitants. « Ce n’est plus seulement un événement lgbt, mais un festival où tout le pays se réunit pour célébrer la liberté et la possibilité d’être qui ils sont. Il y a des tas d’activités et de spectacles, en plus de la parade. » 
 
En 2010, le maire de Reykiavik, Jon Gnarr, n’a pas hésité à se transformer en drag queen durant le défilé. Lors de la dernière Pride, le 6 août 2016, le nouveau président Guðni Th. Jóhannesson a prononcé un discours historique, quelques jours après son entrée en poste. «En gros, il a expliqué qu’il ne se sentait pas différent des membres de la communauté lgbt, que nous étions tous des êtres humains et que nous devions nous soutenir.»