Au-delà du cliché - questions d’identité

Tout ce que j’aurais dû savoir, plus tôt, sur le VIH…

Samuel Larochelle
Commentaires
Samuel Larochel

Il avait ce je-ne-sais-quoi de différent. Un esprit plus allumé que la moyenne. Un humour de p’tit criss. Un regard tapissé de douceur. Une assurance capable de vulnérabilité. Des lèvres à m’en faire oublier mon nom. Et des mots capables de river mes yeux à mon cellulaire, alors que nous n’en étions qu’au stade des discussions sur application et que je marchais dans les rues, captivé par nos conversations, renversé par notre connexion et, soudainement, troublé par sa révélation : «je vis avec le VIH depuis deux ans».


J’ai écrit le mot « troublé » consciemment. Pas pour être méchant, mais parce que j’étais déconcerté. J’ignorais comment réagir. Je ne possédais pas assez d’informations pour répondre convenablement. Je ne sa-vais tout simplement pas si j’étais confor-table à l’idée de fréquenter et d’avoir des relations sexuelles avec un homme séropositif. J’étais confronté à cette situation pour la première fois de ma vie. Avant cela, mon lien le plus direct avec les couples sérodifférents venait de Queer as folk, télésérie dans laquelle le personnage de Michael était déchiré entre son amour pour Ben et sa peur de contracter le virus. Bon, on va se le dire… quand ta référence la plus directe à une réali-té aussi complexe vient d’une émission des années 2000, défricheuse et nécessaire à l’époque, mais tout de même cliché, tu réalises à quel point tu es mal informé!
 
Le jour où j’ai appris que l’homme qui me faisait tourner la tête vivait avec le VIH, je n’ai pas reculé. Je n’ai pas annulé notre rencontre. J’ai plutôt bombardé de questions un nouvel ami, employé d’un organisme de sensibilisation au VIH-sida. Patient, ouvert et ne jugeant pas mon manque de connaissances, il m’a rappelé quelques bases : usage du condom, faibles risques de transmission lors d’une fellation, réduction des risques de transmission pour ceux qui prennent la Prep, position la plus à risque lors du sexe anal (bottom). Il m’a aussi expliqué l’élément le moins connu de la majorité : si la personne vivant avec le VIH a une charge virale indétectable depuis plus de six mois, les risques de transmission sont NULS. Tout cela pour dire qu’il existe des moyens accessibles de se prémunir contre le VIH-sida ET d’avoir une sexualité épanouie avec un partenaire séropositif, qu’il ait une charge virale indétectable ou non. 
 
Après notre discussion, une question continuait néanmoins de me troubler : pourquoi je n’en savais rien? Je suis un homme éduqué et extrêmement curieux, alors comment se fait-il que j’ai appris autant de choses grâce à mon ami? Suis-je issu d’une génération de jeunes insouciants qui ne se protègent pas et qui croient que le VIH-sida est un problème de santé du précédent millénaire, à l’époque où nous étions trop jeunes pour penser au sexe et à ses conséquences? Je ne crois pas, non. Malgré les statistiques alarmantes sur les ITS, qui illustrent la sous-utilisation des méthodes de protection dans TOUTES les couches de la population, les membres de la génération Y ne sont pas idiots ni inconscients. Malheureusement, nous vivons dans une société qui souhaite que nous apprenions tout cela par nous-mêmes, en priant pour que nous ne nous noyions pas dans l’océan d’informations sur le sujet. Avec des écoles privées de cours d’éducation sexuelle depuis 15 ans, des parents dont les joues rougissent quand il est question de sexe, des organismes spécialisés sur la question du VIH-sida qui subissent des diminutions de budget dramatiques et un gouvernement géré par des baby-boomers qui ne comprennent pas assez bien et pas assez tôt comment utiliser la technologie pour rejoindre les jeunes, il y a un trou béant d’ignorance et de désinformation. 
 
En réalité, nous ne devrions plus avoir de telles excuses. Nous ne devrions plus accepter qu’autant de personnes craignent – à tort – de contracter le VIH en touchant la brocheuse d’un collègue vivant avec le VIH ou en utilisant le verre en styromousse tâché du rouge à lèvres d’une autre PVVIH. Nous ne devrions plus voir le VIH-sida comme un tabou. Nous ne devrions plus avoir la naïveté de croire qu’aucun de nos proches ne vit avec ce virus. Et surtout, nous ne devrions pas nous empêcher de fréquenter un homme avec qui la connexion est si puissante que le premier baiser a été consommé en moins d’une heure et avec qui d’innombrables nuits ont été passées éveillé et peu habillé, pendant que le reste du monde dormait à poings fermés sur des montagnes de préjugés.