VIH / Sida - France

Charge homophobe des associations cathos contre une campagne de prévention

Yannick LeClerc
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Dans une stratégie de désinformation qui leur est typique, un regroupement des Associations familiales catholiques (AFC) «s'indignent» dans un communiqué d'une campagne de prévention sur les maladies sexuellement transmissibles entre hommes, dénonçant la «propagande idéologique du gouvernement», et demandent aux maires de faire retirer les affiches.

 

Sur les images, deux hommes enlacés, mais de manière assez pudique. Près d’eux, un texte qui sous-entend qu’ils ne s’apprêtent quand même pas à jouer au Scrabble : «Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu…», «coup de foudre, coup d’essai, coup d’un soir…», «s’aimer, s’éclater, s’oublier…».

Trois contextes différents et une même chute sur ces affiches visibles dans les rues de grandes villes françaises depuis quelques jours : «les situations varient… Les modes de protection aussi».

Destinée aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, cette campagne de prévention invite à consulter le site sexosafe.fr, géré par Santé publique France, un établissement public sous le contrôle du ministère de la santé. Le site, avant tout pédagogique, ne propose aucun contenu explicite, tout comme les affiches qui en font la promotion. Enfin bon, tout de même, des hommes qui roucoulent à la vue des plus jeunes passants, voilà ce qui a suscité des réactions de militants proches de la Manif pour tous s’en sont d’ailleurs fortement émus sur les réseaux sociaux, et dans la rue, allant jusqu’à vandaliser ou censurer certaines des affiches.

À un internaute qualifiant de «monstre» le ministère des Affaires sociales et de la Santé et faisant mine de s’interroger sur ce qu’il pourrait dire à sa fille de huit ans, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes, Laurence Rossignol, a conseillé de dire à l’enfant «qu’elle a la chance de vivre dans un pays où on informe les gens, sans déni, pour les aider à se protéger des maladies graves.» 

Selon les Associations familiales catholiques, cette campagne publique «contrevient à l'article R 624-2 du Codé pénal, prévoyant que 'le fait de diffuser sur la voie publique ou dans des lieux publics des messages contraires à la décence est puni d'amende'». Elles considèrent que cette campagne «ciblée dans l'espace public sera sans doute très inefficace puisqu'elle envoie un message dédié à une population restreinte et parfaitement identifiée, disposant de ses propres relais médiatiques», et dénoncent «la propagande idéologique» du gouvernement.

Michel Celse, conseiller expert auprès du Conseil national du sida et des hépatites virales, a collaboré avec Santé publique sur la campagne. Contacté par le journal Libération, il a dit ne pas vraiment être «surpris par les réactions citées plus tôt, compte tenu du climat de ces dernières années». Donner la plus grande visibilité à cette campagne, en ne la limitant pas aux lieux communautaires, était justement son objectif premier. Il appelle à relativiser la défiance constatée, qui reste «minoritaire», tout en précisant que la campagne prévue jusqu’au mardi 29 novembre sera visible dans toutes les villes de plus de 20 000 habitants, notamment via affichage sur des bus et dans des centres commerciaux. 

SOURCES : AFP, Libération, Le Monde, Twitter