Solution à la lipodystrophie

Egrifta, bénéfique pour les personnes souffrant de lipodystrophie

André-Constantin Passiour
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Egrifta

En mai dernier, nous vous parlions d’un nouveau médicament pour traiter la lipodystrophie. La «lipodystrophie» est une condition vécue par certaines personnes vivant avec le VIH-sida (PVVIH). Grâce aux nouvelles études, on comprend maintenant que l’accumulation de graisses (gras viscéral) dans certaines parties du corps et l’amincissement dans d’autres, soit la lipodystrophie, ne sont pas tout à fait dûs aux anciens médicaments, mais plutôt aux taux élevés du virus présent chez un individu infecté. La conséquence est que les patients séropositifs devaient vivre avec cet état malgré les régimes minceur, l’exercice physique, etc. Mais depuis un an, Santé Canada a approuvé un médicament, l’Egrifta, pour contrer la lipodystrophie.

C’est une entreprise québécoise, Theratechnologies, qui a développé l’Egrifta. Le seul problème est que, pour l’instant, il faut s’injecter ce médicament avec une seringue à raison d’une fois par jour (2mg) le matin. Mais pourquoi tant d’attention pour la lipodystrophie me direz-vous ? Parce que celle-ci déforme quelque peu le corps : il y a accumulation de gras dans l’abdomen, en arrière du cou (bosse de bison) et dans d’autres parties du corps, mais en même temps les gens subissent une perte de gras dans les joues qui deviennent creuses ainsi que les jambes qui s’amaigrissent…
 
Sur 1 000 membres que compte Sida bénévoles Montréal (mieux connu sous son acronyme anglophone ACCM - AIDS Community Care Montreal), plusieurs d’entre eux reçoivent le médicament Egrifta pour leur lipodystrophie, «et, oui, ils en ressentent des effets vraiment satisfaisants et ce, même s’ils doivent s’injecter ce médicament quotidiennement...», d’affirmer Matthew Halse, le directeur général d’ACCM.
 
S’il y a les problèmes de santé reliés à la lipodystrophie : maladies cardiaques, cholestérol élevé et diabète, il ne faut pas négliger l’aspect de l’estime de soi découlant de l’image corporelle d’une personne vivant avec le VIH. «Les gens sont très conscients de leur état de lipodystrophie, on sait que cette condition peut entraîner la stigmatisation reliée à leur image. On sait aussi combien l’image estimportante de nos jours dans la société et dans la communauté gaie en particulier et combien cela peut mener au rejet. L’Egrifta peut rendre ces personnes plus confortables, améliorer leur apparence physique ce qui joue, en retour, sur leur inclusion sociale», commente Matthew Halse.
 
«C’est la première fois que des gens vivent avec le VIH en tant que maladie chronique et, donc, vieillissent avec le VIH, poursuit M. Halse. Ce qui ne se faisait pas auparavant puisque bon nombre de ces personnes décédaient, malheureusement. Donc, ces personnes vivent avec les conséquences du virus qui est, également, la lipodystrophie. Il faut donc trouver des moyens pour aider ces séropositifs à avoir une meilleure qualité de vie et l’Egrifta fait partie de ces ou-tils. Pour les patients qui prennent ce médicament, on observe un réel changement au niveau personnel, de leur confiance en soi ainsi qu’au niveau social alors qu’ils sont mieux acceptés.»
 
La plupart des gens qui fréquentent les divers programmes d’ACCM n’ont pas d’assurance privée pour couvrir les frais d’un tel nouveau traitement, assez onéreux pour le moment, qui leur serait bénéfique. C’est pourquoi ACCM demande au gouvernement québécois d’incorporer l’Egrifta dans sa nomenclature : «Pour nous, il est très important que ce médicament soit inclus sur la liste de l’Assurance médicament du Québec. Nous avons envoyé une lettre en ce sens au ministre de la Santé [Gaétan Barrette]. Nous espérons que ce n’est qu’une question de temps seulement et que l’Egrifta sera listé, mais nous aimerions que cela soit le plus vite possible pour les personnes qui souffrent de la lipodystrophie», déclare le directeur général de l’organisme, Matthew Halse.