Par ici ma sortie — nous et la société

Le Canada, un pays, une île arc-en-ciel

Denis-Daniel Boullé
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Denis-Daniel Boulé

Le Premier ministre, Justin Trudeau, on le sait, est un allié de longue date des communautés LGBTQ2S+. Ces déclarations ainsi que ses participations régulières à différentes marches de la Fierté à travers le pays avaient déjà démontré son ouverture d'esprit et son intérêt pour les réalités et les problématiques de nos communautés. Et depuis son élection, il n'a pas cessé de rappeler l'importance du respect et de l'inclusion de tous les citoyens et citoyennes canadiennes quelles que soient leur différence.

En novembre dernier, le projet de loi contre la discrimination fondée sur l'identité et l'expression de genre est adoptée. 
 
Toujours en novembre, un député ouvertement gai, Randy Boissonnault, est nommé conseiller spécial auprès du gouvernement sur les questions LGBTQ2S+. On envisage de présenter des excuses officielles et d'aider ceux et celles qui ont été renvoyées de la fonction publique, de revenir sur l'interdiction du don du sang... Nous sommes presque traités aux petits oignons par nos élus fédéraux. Au Québec, nous pouvons aussi nous féliciter de l'adoption par le gouvernement d'une loi autorisant les enfants transgenres à modifier leur état civil. Bien sûr, il reste encore dans le panier arc-en-ciel, quelques dossiers non réglés, des irritants, comme les coupes fédérales pour des organismes qui travaillent avec des populations dites vulnérables et en soutien avec des personnes séropositives. Mais la communication est là, les élu-e-s privilégient les rencontres et les stratégies avec les groupes communautaires pour avancer. C'est une lune de miel qui dure depuis maintenant quelques années même si, comme dans n'importe quel couple, il y a des chicanes mais bien loin de conduire au divorce. 
 
Montréal se prépare à accueillir la première édition de Fierté Canada au mois d'août prochain dans le cadre du 375e anniversaire de la ville. De nombreux LGBTQ2S+ canadiens convergeront vers la métropole d'autant plus qu'il y aura une grande conférence nationale sur le bilan et les perspectives de nos communautés. Un moment important de faire le point sur les nombreux changements qui se sont produits en un peu plus de 20 ans. Une accélération de l'histoire en quelque sorte pour des communautés considérées encore il y a à peine un demi-siècle, comme des parias, des malades ou des criminels potentiels. On nagerait dans une mer de paillettes que ce ne serait pas différent. Reconnu-e-s, accepté-e-s, soutenu-e-s et défendu-e-s, nous sommes sur la bonne voie pour contrer les poches de résistance, les derniers bastions homophobes et transphobes. Nous avons commencé par lutter contre, nous travaillons aujourd'hui avec. C'est quand même bien plus agréable. 
 
Avec quelques pays scandinaves, nous sommes les LGBTQ2S les mieux lotis de la planète. Et si juché-e-s sur nos talons hauts et les jumelles vissées à nos yeux, ce que nous apercevons, au-delà du plus meilleur pays au monde, pour les minorités sexuelles, c'est un hiver plutôt moche que nous voyons se dessiner. Entre l’improvisateur Trump, au sud, la montée des populismes en Europe, les LGBTQ2S+ sont dans le collimateur de tous les anti de tous poils qu’ils soient idéologiques ou religieux. Ils sont nombreux ceux qui voudraient voir nos droits reculés, notamment en abrogeant le mariage et interdisant l’homoparentalité. Beaucoup nous accusent d’être dans la droite ligne de la mondialisation qui abolit les frontières, privilégiant l’indivi-dualisme libéral et, bien entendu, contribuant à détruire le fondement de toute société, la famille. Et si l’on s’éloigne encore géographiquement, les LGBTQ2S+, sont encore persécutés, arrêtés, condamnés voire exécutés sans que cela n’émeuvent grand monde. On peut y associer la situation de millions de femmes dont le sort n’a rien à envier non plus à d’autres minorités. Et il y a peu de chances que cela ne change pour 2017. Et pourtant, comme dirait Justin, nous y sommes en 2017. 
 
Notre Premier ministre reste fidèle à ses convictions. Les valeurs qu'il défend pour le Canada, il les exporte et les vante à l'étranger. Il l'a fait lors de son voyage au Libéria, il l'a fait au Sommet de la francophonie à Madagascar cet automne. Il en a appelé au droit des femmes et au droit des minorités sexuelles. Devant le silence assourdissant d'autres chefs d'état, on peut souligner et applaudir le fait qu’il ne se taise pas. 
 
Mais quel poids peut avoir la parole du Canada devant les grandes institutions internationales ou lors de rencontres avec des chefs d’état dont l’exercice premier sont les échanges économiques ?  Est-ce que cette parole, même si mille fois répétée de Trudeau, arrêtera les excisions, empêchera l'exploitation des femmes, diminuera le nombre de condamnations ou d'exécutions pour sodomie. Malheureusement non. 
 
Et nous dans notre paradis LGBTQ2S+,  que pouvons-nous faire pour développer une solidarité internationale ? Quels ou-tils avons-nous à notre disposition pour être des relais actifs œuvrant à un véritable changement ? Nous sommes nombreux ici à nous poser la question sans avoir de réponse claire et définitive. Mais nous devons y travailler si nous ne voulons pas être qu’une réserve (aussi grande soit-elle)  à LGBTQ2S  totalement isolée.