Asie

Espoirs et déchirures à Taïwan au sujet du mariage gai

L'agence AFP
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Hope Chen se demande ce qu'il adviendrait de ses jumelles s'il lui arrivait malheur, car sa conjointe est privée de l'autorité parentale. Comme elles, de nombreux homosexuels espèrent que Taïwan deviendra le premier endroit d'Asie à légaliser le mariage entre personnes du même sexe.

Hope Chen estime qu'en cas d'accident ou de maladie grave, c'est la femme dont elle partage la vie depuis sept ans qui devrait s'occuper des fillettes de trois ans. Mais comme elles sont homosexuelles et ne peuvent se marier, Taïwan ne reconnaît qu'à l'une d'elles l'autorité parentale.

Le couple espère que tout cela va bientôt changer alors que le Parlement discute de réformer le Code civil.

Hope Chen, 37 ans, a donné naissance aux jumelles en utilisant les ovules de sa partenaire, Zoro Wen. Elle a dû se rendre en Thaïlande pour une fécondation in vitro, qui n'est possible à Taïwan que pour les couples mariés. « Je suis la mère qui a donné naissance alors je suis l'unique gardienne légale », explique-t-elle dans leur appartement de Taoyuan, dans le nord de Taïwan.

Sur l'une des étagères de la bibliothèque trône un livre intitulé: « Pourquoi tu as deux mamans ». « Elle n'a aucun droit parental même s'il existe des liens du sang », ajoute-t-elle. La loi ne lui permet pas non plus d'adopter les jumelles.

Manifestations

Depuis l'arrivée au pouvoir en mai de la présidente Tsai Ing-wen, favorable aux droits des homosexuels, les partisans du mariage gai se sentent le vent en poupe. Mais l'opposition au mariage gai se renforce également, mettant en lumière les divisions d'une société aux valeurs familiales traditionnelles profondément enracinées.

Ces dernières semaines, les deux camps ont participé à des manifestations massives, avant le deuxième examen le 26 décembre par le Parlement de trois textes sur l'égalité devant le mariage. En novembre, une commission parlementaire chargée de rédiger une version unique de la réforme à soumettre au Parlement n'a pu trouver de consensus.

« Les espoirs sont maintenant tellement grands de voir ce rêve se réaliser, vous ne pouvez pas le détruire! », a lancé à l'intention des réfractaires Yu Mei-nu, député qui a rédigé l'un des trois textes au nom du Parti démocratique progressiste démocratique (PDP) de Mme Tsai.

L'île nationaliste séparée de la Chine depuis 1949 figure déjà parmi les sociétés les plus progressistes de la région s'agissant des droits des homosexuels. Des dizaines de milliers de personnes participent chaque année à la gay pride. Mais toutes les tentatives pour faire avancer les droits des homosexuels s'étaient heurtées à la résistance farouche du Kuomintang (KMT), qui a présidé aux destinées de l'île pendant des décennies avant de perdre les élections face au PDP.

Une récente enquête du cabinet Taiwanese Public Opinion Foundation, montre que l'opinion publique se divise en parts égales sur le sujet. -

La fin de la morale

Becky Wu, une mère de trois enfants qui dirige l'Union des parents d'élèves des écoles primaires de Taipei, estime que la réforme portera atteinte aux fondamentaux de la société.

« Notre morale et nos concepts de base, nos ancêtres, nos grands-mères, grands-pères, mères, pères, tout ça va disparaître. Ça devient les droits de la minorité qui l'emportent sur ceux de la majorité », déplore-t-elle. « Par le passé, on enseignait aux enfants que les hommes et les femmes avaient des relations sexuelles parce qu'ils s'aimaient et qu'ils se mariaient », poursuit-elle. « Aujourd'hui, on leur dit que l'amour n'est pas un préalable et qu'ils sont libres de faire des expériences, que ce soit avec des femmes ou des hommes ».

Les groupes religieux sont les adversaires les plus féroces du mariage gai. Des organisations bouddhistes, taoïstes et chrétiennes ont publié le mois dernier un communiqué commun pour mettre en garde contre la fin de l'éthique et des valeurs familiales traditionnelles.

Le projet actuel prévoit de réformer le Code civil afin que tous puissent se marier indépendamment de leur genre. Les opposants voudraient eux une loi séparée afin de limiter le mariage aux homosexuels, ce qui exclurait les transsexuels, font valoir ses militants.