Les dépendances

Retrouver son estime de soi

André-Constantin Passiour
Commentaires
Robert Pettigrew

Dans le numéro de juillet dernier, Robert Pettigrew, personnalité bien connue dans le milieu gai et fétichiste, révélait au grand jour s’être sorti de ses dépendances à la drogue, à l’alcool, au sexe, etc. Il nous confiait ainsi, sans détour, «l’autre côté de la médaille»… Dans le même souffle, Robert Pettigrew lançait un message d’espoir comme quoi on peut laisser tomber tout cela, si on le désire ardemment bien sûr. Mais pas sans aide, ni sans patience et ni sans volonté…

On terminait l’article précédent sur le fait qu’il allait être présent, lors de la Journée communautaire de Fierté Montréal, au kiosque de sa «fraternité», comme il l’appelle, et invitait les gens à aller le voir pour discuter. «Plusieurs personnes se sont arrêtées au kiosque, elles sont venues me voir pour me dire qu’elles avaient lu l’article, cela m’a beaucoup touché. Mais aussi, certaines, m’ont dit qu’elles voulaient s’en sortir elles aussi, je l’ai compris par leurs questions, je sentais leur détresse et ça aussi, ça m’a touché», dit Robert Pettigrew.

Robert PettigrewPour ceux et celles qui ne le connaissent pas, Robert Pettigrew a été, tour à tour M. Bear 2008, M. Cuir Montréal 2012 et M. Gai Québec 2014. Il est impliqué depuis des années dans le domaine du fétichisme. Fleuriste de métier, son expertise et sa passion l’ont amené à participer à des événements d’envergure comme, par exemple, les funérailles de René Angélil en y concevant les arrangements floraux… 

Toutefois, dès son jeune âge, Robert Pettigrew, pour des raisons diverses, tombe dans un monde de dépendances aux substances, à l’alcool, au sexe, etc. «J’ai subi beaucoup d’intimidation à l’école parce que les autres gars sentaient ma sensibilité. À cette époque, le «pot» m’a aidé un peu à dépasser cette pression. Puis, à 18 ans, je me suis accepté comme gai. La drogue et la consommation faisaient partie du passage à la communauté – le speed, les poppers, la mescaline, etc. – et cela remplissait le vide intérieur que je ressentais. Je ne voyais pas la gravité du problème parce que je me sentais bien. Par contre, dans les relations avec les autres, je me retrouvais toujours à vivre un vide encore plus grand. J’étais devenu aussi dépendant affectif et cela faisait peur à l’autre. Je me sentais encore plus rejeté…», dit Robert Pettigrew.

Loin de pouvoir s’en sortir, Robert Pettigrew s’enfonce encore plus et ses relations amoureuses ne sont que des occasions de consommer encore plus. «Durant ma 2e relation, c’est là que j’ai découvert la cocaïne, ce fut pour moi une vraie bombe sexuelle, cela m’a mis dans une dépendance encore plus profonde. Ce fut cinq grosses années de consommation quotidienne», avoue-t-il. Pour la première fois, il demande l’appui d’un organisme venant en aide aux toxicomanes, un peu sur le principe des AA (Alcooliques Anonymes) et qu’il appelle «ma fraternité». C’était il y a une quinzaine d’années. «Mais à ce moment-là, je n’avais pas compris réellement les étapes pour s’en sortir et ma dépendance affective était accablante et je suis retombé dans la drogue jusqu’à consommer du crack. J’avais atteint un autre fond…»

Robert Pettigrew«À travers les années, j’ai remarqué comment l’intimidation était fort courante entre nous les gais, ce qui m’a poussé, lorsque le moment est arrivé, à fréquenter une ‘’fraternité’’ qui est plutôt à majorité hétéro. Quand on est déjà dans une minorité et que l’on se fait dénigrer par nos semblables, c’est le choc, car on se sent rejeté encore plus. Ce qui nous pousse encore plus vers l’isolement et la consommation. Cette attitude entre nous est très répandue et je ne peux concevoir ce phénomène : que l’on veuille se diminuer les uns les autres. Avec les médias sociaux, cette situation est amplifiée, on s’insulte entre nous allègrement. Je ne suis pas parfait, loin de là, mais quand j’ai remarqué cela, j’ai décidé de changer d’attitude et d’être plus positif… […] Plus jeunes, plusieurs d’entre nous ont été intimidés, tabassés, exclus, il ne faudra pas le faire, en retour, aux gens de la communauté. Si des gars ne sont pas beaux, musclés, à la mode, etc., ils se font insulter sur les réseaux sociaux ou écartés d’un groupe (comme sur les applications de rencontres, par exemple). Mais d’où vient tout cela ? Il nous faut accepter l’autre, car l’isoler signifie peut-être le faire tomber dans la drogue et les dépendances…», souligne Robert Pettigrew.

Complètement «sobre» depuis 2012 et après avoir traversé bien des tempêtes intérieures, M. Pettigrew s’interroge constamment sur comment il peut aider les autres. «On vivrait tellement dans un monde meilleur si on avait plus de compassion et d’amour envers nos semblables. N’est-ce pas là notre mission sur terre ? En ce début d’année. Soyons plus fraternel les uns envers les autres et un sourire apporte beaucoup plus que l’on pense…», de conclure Robert Pettigrew.