Bilan 2016 - Canada

Un ado transgenre d’Halifax soutenu par son équipe de football

Samuel Larochelle
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En juin 2016, lorsque Kenny Cooley a vu la feuille d’inscription de l’équipe de football du Halifax West High School, il a senti un appel. Même s’il n’avait jamais joué de sa vie, quelque chose au fond de lui rêvait d’y écrire son nom et d’être le nouveau membre d’une petite famille sportive. Comme une façon de tourner la page sur ce qu’il avait vécu l’année précédente, lorsqu’il s’est officiellement déclaré transgenre. 

Évoluant depuis l’enfance dans un milieu peu habitué aux différences culturelles, religieuses et identitaires, l’ado a frappé un mur quand il a expliqué à ses proches qu’il voulait être identifié comme un garçon. « Quand on côtoie les mêmes visages chaque année depuis le primaire, on finit par avoir une image rigide des autres, souligne-t-il. Les jeunes me voyaient comme une fille, alors que je leur demandais de me voir désormais comme un garçon. J’ai perdu beaucoup d’amis. J’ai été intimidé et malmené. C’était très difficile. J’ai donc décidé de changer d’école. »

Une façon de partir sur de nouvelles bases, qu’il soit question d’identité ou d’activités. « Quand j’ai envisagé de m’inscrire au football, je suis devenu nerveux! J’ai fait les cent pas autour de l’école avant de me convaincre d’essayer. J’avais peur de ce que les autres allaient penser de moi en tant que transgenre. On entend tellement d’histoires d’horreur à propos des lgbt à travers le monde qu’on doit être prudent. »

Même s’il avait peur d’être la cible de commentaires ou de gestes haineux, il n’a pas renoncé à son rêve. Au terme des deux semaines d’évaluation physique, durant lesquelles sa carrure de 130 livres a été comparée à des colosses de 250 livres, il a intégré l’équipe. Très tôt dans le processus, il a informé le dirigeant des West Warriors qu’il était transgenre. « Il m’a accueilli à bras ouverts et il m’a soutenu toute la saison! »

L’entraîneur-chef de l’équipe, Dave Kelly, affirme ne pas avoir été troublé par le coming out de son athlète. Une réaction fidèle au climat d’ouverture qui règne dans l’école néo-écossaise où il travaille depuis bientôt 15 ans. « La diversité est très présente chez nous, explique-t-il. Parmi nos 1500 étudiants, on retrouve des jeunes aux origines arabes, asiatiques et européennes, qui parlent huit langues et qui pratiquent plusieurs religions, sans conflit. Notre high school est assurément le plus ouvert de la province. C’est une bonne chose pour les jeunes. Ça les aide à grandir. »

L’équipe de football qu’il dirige ne fait pas exception. « On a déjà eu des filles dans l’équipe, dit-il. Et l’an dernier, un des joueurs avait un frère gai qui était très souvent avec nous, sans que ça cause de problème. Les gars sont très ouverts. » La situation était presque parfaite, selon Kenny. « Certains m’ont donné du fil à retordre en pensant des commentaires ici et là, mais rien que je ne pouvais pas gérer. La majorité des gars m’acceptaient, me serraient la main, me parlaient comme un gars et m’incluait dans tout. J’avais l’impression qu’ils étaient mes frères et qu’ils seraient là pour moi si j’avais un problème, sur le terrain ou à l’extérieur, pour m’écouter et m’aider. » Une ambiance de famille qui est très fréquente au football, selon Dave Kelly. « Quand 40 jeunes se rassemblent cinq ou six fois par semaine sur le terrain et dans les vestiaires pendant des heures, ça crée des amitiés. Étant donné qu’ils ont tous le même objectif, ils doivent se soutenir pour l’atteindre. Les jeunes qui ne sont pas capables de faire ça ne restent pas. Et ceux qui peuvent se respectent entre eux. »

Et quand est-il de la situation des vestiaires? « J’étais gêné au début, parce que je ne connaissais personne, répond Kenny. Mais après une semaine, tout allait bien. Je mettais mes vêtements de sport à la maison et j’enfilais le reste de mon équipement dans le vestiaire, avec les autres gars. Si je m’étais senti inconfortable, j’aurais pu aller ans un local séparé. Mais je n’ai jamais ressenti ce besoin. »

Le garçon de 17 ans a donc joué comme receveur tout au long de la saison, jusqu’à la victoire de division des West Warriors, il y a quelques semaines. Il obtiendra son diplôme en juin prochain, mais il prévoit déjà rester dans l’entourage de l’équipe pour exprimer sa reconnaissance. « Je veux continuer de les aider, parce qu’ils m’ont permis de vivre une expérience de vie incroyable! Je ne pense pas qu’ils réalisent à quel point c’était puissant pour moi de sentir que je faisais partie d’une équipe, d’un groupe. J’ai eu des problèmes avec ça toute ma vie. Et j’aimerais les remercier comme je peux. »