États-Unis

La communauté LGBT angoissée face à l'administration Trump

L'agence AFP
Commentaires

Depuis l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, le téléphone s'est affolé dans les bureaux du Trevor Project, une organisation qui soutient les jeunes homosexuels, bisexuels et transsexuels dépressifs ou suicidaires.

Au lendemain de l'élection, ils avaient déjà reçu 400 appels et courriels. Avant la campagne, les membres de la communauté LGBT « se sentaient en mesure d'être vraiment eux-mêmes, parce que le pays s'était orienté vers le mariage homosexuel sous Obama, vers plus d'ouverture », explique Steve Mendelson, directeur exécutif de l'association, qui conseille 100.000 personnes par an, essentiellement des moins de 25 ans, depuis New York et Los Angeles.

« À présent, ils entendent un discours qui tend à les effrayer » et leur fait penser qu'ils ne peuvent pas +sortir du placard+ et vivre ouvertement, ajoute-t-il, interrogé par l'AFP.

Avec un nouveau Congrès où les deux chambres à majorité républicaine vont appuyer le président Trump, ils angoissent: le mariage homosexuel peut-il être annulé? Va-t-on voir le retour des « thérapies de conversion » pour changer l'orientation sexuelle des jeunes homosexuels? Y aura-t-il un regain de discriminations? « Ca va être la lutte de nos vies », avertit Camilla Taylor, conseillère de Lambda Legal, une ONG dédiée à la défense des droits LGBT.

Après le massacre de juin 2016 dans une boîte de nuit homosexuelle en Floride, Trump alors en campagne avait promis de faire « tout ce qui est en (son) pouvoir pour protéger nos citoyens LGBT de la violence et de l'oppression d'une idéologie de haine étrangère ».

Camilla Taylor remarque toutefois qu'« il faut juger (Trump) sur ce qu'il fait, et jusqu'à présent il a nommé le gouvernement le plus antigai imaginable ». Le vice-président Mike Pence, ex-député d'Indiana, a ainsi toujours voté au Congrès contre le mariage gai et les lois s'opposant aux discriminations sexuelles. Certains de ses commentaires ont été assimilés un soutien aux « thérapies de conversion », notamment lorsqu'il parle de « diriger des moyens vers les institutions qui assistent ceux qui veulent changer leur comportement sexuel ».

D'après les militants LGBT, il en est de même pour le nouveau secrétaire au Trésor Steve Mnuchin et la nouvelle secrétaire à l'Enseignement Betsy DeVos. Au Trevor Project, la plus grosse part des appels reçus (34 %) vient du sud du pays, très conservateur. « Personne n'appelle à cause des politiques en elles-mêmes, mais à cause de l'impact de la rhétorique en politique », souligne David Bond, psychothérapeute et vice-président des programmes de cette organisation.

Par exemple, certains adolescents renoncent à annoncer leur homosexualité à leurs parents parce qu'après avoir entendu un incident à la télévision, « leur père a répliqué 'ces gens l'ont bien mérité'», poursuit David Bond.

Jim Obergefell, le veuf qui a initié la plainte en nom collectif ayant débouché sur la légalisation du mariage homosexuel en 2015, se veut confiant: pour lui, il serait très difficile pour la Cour Suprême de revenir sur sa décision d'alors. Le président sortant Barack Obama a lui aussi souligné lors de sa dernière conférence de presse mercredi qu'il ne pense pas que cette victoire du mouvement LGBT soit « réversible parce que la société américaine a changé, surtout les jeunes ».

Il admet cependant qu'il reste « des luttes à mener, comme notamment autour des (droits pour les personnes) transgenres ».

Depuis l'élection présidentielle, Lambda Legal et d'autres organisations comme le centre LGBT de Los Angeles reçoivent de plus en plus de demandes de la part de transgenres qui veulent changer d'identité de genre dans l'urgence, craignant que la nouvelle administration les en empêche.