Au-delà du cliché - questions d’identité

Ton nombre de partenaires sexuels ne fait pas de toi une meilleure personne…

Samuel Larochelle
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Samuel Larochelle

Vous êtes huit amis dans un chalet. Après des heures à jouer dans la neige comme des gamins, vous optez pour un jeu de grandes personnes. Chacun votre tour, vous répondez à des questions sur vos expériences sexuelles, vos amoureux, les lieux de vos ébats, le genre de vos partenaires et vos fantasmes. Les bouteilles d’alcool se vident. Les sourires s’échan-gent. Mais lorsque vous dites combien de partenaires sexuels vous avez eus avant trente ans, des sourires forcés se dessinent sur quelques visages. Certains jugent vos statistiques. D’autres sont gênés des leurs. Dans les deux cas, ils ont tout faux.

La première amie a répondu «deux partenaires» avec une pointe de fierté. Les autres ont renchéri avec «huit», «treize», «cinq», «vingt-quatre», «neuf» et «trois». Vous avez volontairement gardé votre réponse pour la fin, sachant depuis le début du questionnaire que la tablée se séparait en deux : les aventuriers et les conservateurs. Vous saviez que le nombre de personnes qui avaient joué avec votre pénis était  beaucoup plus élevé que tous leurs chiffres réunis et qu’ils n’étaient probablement pas prêts à entendre votre vérité. Vous avez donc répondu «plus que vingt-cinq» pour vous rapprocher du chiffre le plus élevé. Les rires gênés ont fusé. Une amie a déclaré que vous n’aviez pas à rougir d’avoir expérimenté. Évidemment qu’elle a raison. Mais quand vous avez vu la première répondante enlacer le copain qu’elle a depuis ses 18 ans, en affirmant qu’elle déteste l’idée d’un «hook up» et qu’elle préfère faire ÇA avec son homme, vous sentez le jugement.
 
La demoiselle vous rappelle à quel point la société québécoise post-Révolution tranquille est encore ancrée dans ses préceptes judéo-chrétiens. Aux yeux de plusieurs jeu-nes et moins jeunes, multiplier les baises, c’est mal. Orienter une partie de ses temps libres vers la recherche d’aventures sexuel-les, c’est sale. Et construire un couple fidèle et monogame, c’est bien plus noble. Ce genre de réflexions vous donne de l’urticaire, mais rappelez-vous que ces humains ont besoin de balises pour avancer et que tout ce qui est incompatible avec leur mode de vie doit certainement être condamné. Bref, dites-vous qu’ils sont leur propre prison. 
 
Bien sûr, vous savez qu’une relation amoureuse (en tout genre) est une étape de vie majeure, qui confronte, qui invite au compromis et qui fait grandir. Vous n’êtes pas dupes. Vous imaginez bien que plusieurs personnes se concentrent sur le caractère évanescent des baises à profusion pour éviter de chercher ce qu’elles veulent, d’identifier qui elles sont, de réaliser qu’elles ne s’aiment pas et qu’elles ne savent ni gérer leurs émotions ni les communiquer. Mais ce n’est pas tout. Ce serait trop simple. Le sexe ne peut pas seulement être une sortie de secours pour les peureux relationnels. La rencontre des corps est quelque chose de trop beau et de trop fort pour se résumer à cela. Parce qu’avoir envie de varier les plaisirs, de toucher différents corps et de découvrir de nouvelles façons de s’amuser, c’est magnifique. Et parce que le fait d’avoir limité ses partenaires, ses positions ou ses expériences n’est absolument pas enviable… ni condamnable. C’est un choix personnel. 
 
La sexualité comporte une large part d’intimité, mais tout le monde ne la ressent pas au même degré. Certains sont plus à l’aise à être pénétré qu’à embrasser. D’autres ne pourraient jamais dormir avec un partenaire en début de fréquentation, même s’ils viennent de lui donner une fellation. Mais qui sommes-nous pour les juger? S’il y a autant de manières de faire une pipe qu’il y a de propriétaires de pénis, il y a autant de rapport à l’intimité qu’il y a d’êtres humains. Vous n’avez donc aucune légitimité pour juger ceux qui remporteraient un pool de diversité sexuelle. Et vous n’avez pas plus le droit de dénigrer ceux qui se préservent, ceux qui n’ont pas envie de sexe pendant sept mois, ceux qui ont eu moins de dix partenaires en carrière et ceux qui ne ressentent pas le besoin d’avoir des amis avec bénéfices entre leurs relations amou-reuses. Parce que non, une vie sexuelle plus calme, pour une période ou pour long-temps, ce n’est pas automatiquement un problème. Cela ne mérite pas de psycha-nalyse et ne nécessite aucune raison spéciale. Car peu importe la place qu’occupe le sexe dans votre vie, vous n’aurez jamais le droit de juger celle des autres. Jamais.