Julieta, le plus réçent film d’Almodovar

Tout sur ma fille ou la culpabilité maternelle

Yves Lafontaine
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Dès les premières images de Julieta, le plus réçent film de Pedro Almodovar, on est plongé au cœur du récit, un film de femmes, de famille aussi et de déménagements. Tout commence par un gros plan sur un morceau de tissu rouge. Très vite, on découvre que, dessous, un cœur palpite, celui de Julieta qui vit avec un lourd secret, le drame de sa vie, et s'est ensuite reconstruit une autre vie.

C’est la rencontre fortuite de l’amie d’enfance de sa fille, qu'elle n'a pas vue depuis des années, qui va brutalement réveiller les souvenirs. Et l'insupportable douleur, change les projets de Julieta. Comme d'autres rechutent dans l'alcool, elle s'abandonne soudain à l'obsession de revoir son enfant, devenu une femme. Elle rompt avec son compagnon avec qui elle devait s'établir au Portugal, se réinstalle à Madrid et replonge dans le passé. Julieta nous raconte comment elle a perdu sa fille.
 
L'histoire démarre... Coup de foudre et coups de soleil, la vie est belle. Julieta est une jeune enseignante magnifique, elle succombe au charme de Xoan. Un enfant va naître, Antia. Une petite fille délicieuse. Les années passent et l'horizon s'obscurcit toutefois. Antia tient sa mère res-ponsable du drame qui va les accabler. Et elle disparaît. Des années durant, Julieta cherchera la trace de sa fille, en vain. Jusqu'au jour où…
 
Deux actrices, Adriana Ugarte et Emma Suarez, se partagent le rôle de Julieta (le passage entre les deux comédiennes, au sortir d'un bain, est d'ailleurs un beau moment de cinéma). Légère, insouciante et gracieuse, elle se transforme et se durcit au fur et à mesure que la douleur et la culpabilité l'étreignent. Almodovar explore ce terrain avec tact. En perdant son enfant, Julieta sent qu’elle a tout perdu. La vie ne sera plus jamais la même, mais il faut bien continuer, tenir, en construisant des digues contre les vagues de souvenirs et d'obsessions.
 
JulietaAvec style, Almodovar fait cohabiter la légèreté, l'esthétisme et la violence  l'absence, la cruauté des sentiments. Plus que jamais, ces ingrédients se marient avec la magie du cinéma, offrant à Julieta une place de choix dans l'œuvre de ce grand réalisateur emblématique de la nouvelle vague espagnole, qui nous a donné La Loi du Désir, Femmes au bord de la crise de nerfs, Tout sur ma mère, Talons aiquilles et plusieurs autres (mélo)drames ou comédies
 
Les talents de conteur d’Almodovar, ici librement inspirés par les nouvelles de la romancière canadienne anglaise, Alice Munro, nous fait vivre le drame d’une femme, pas un mélodrame, car ici point de grandiloquence. Et en donnant au récit de Julieta des airs de conte presque fantastique où les morts et disparus semblent sans cesse côtoyer les vivants, il revisite différemment ce genre tant aimé de son cinéma. 
 
Le réalisateur espagnol, habitué aux excès dans ses films, est ici en grande forme et fait usage de retenue dans sa mise en scène. Il porte presque un regard clinique sur ses personnages, au cœur d’une musique sombre et lancinante. Mais la chaleur qu’Almodovar met dans chaque plan et la profusion de détails en font un film chaleureux, rempli d’émotion. 
 
À l'affiche en salles, dès le 27 janvier 2017