Jusqu'au 4 mars

Déjà une 8e édition pour le MNM

André-Constantin Passiour
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Festival Montréal/Nouvelles Musiques

Organisé par la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), le Festival Montréal/Nouvelles Musiques (MNM) nous promet de nous promener entre Stravinsky, Brahms, Debussy ou encore Garant, Matalon et bien d’autres encore. Du 23 février au 4 mars, le MNM représente 22 concerts en tout, et ce, pour tous les goûts musicaux. Car le thème de ce festival est justement «Retour vers le futur»! On va nous dire que Brahms c’est de la musique classique, mais comme souligne, également, Walter Boudreau, le directeur artistique, «chaque musique a d’abord été contemporaine de son temps».

Bien sûr, ce festival représente dix jours de concerts répartis dans plusieurs salles montréalaises comme la Maison symphonique, la Cinquième Salle de la Place des arts, l’Agora Hydro-Québec, etc. On commence le tout, le 23 février, avec un grand concert ni plus ni moins que l’Orchestre symphonique de Montréal avec des airs de Brahms, Schuman et Serge Garant qui a dirigé la SMCQ de 1966 à 1986.
 
Le parc à l’arrière du métro Beaudry lui est dédié d’ailleurs puisque Garant n’était pas qu’un musicien, il était aussi maestro et compositeur et faisait partie de la communauté gaie. «J’ai bien connu Serge [Garant], il était un homme très créatif, mais il avait cette espèce de nœud à l’intérieur qui l’empêchait de se développer à sa pleine mesure, commente M. Boudreau. Il faut se remettre dans le contexte où, avant 1969 (le bill omnibus de Pierre E. Trudeau qui disait que l’État n’a rien à voir dans la chambre à coucher), l’homosexualité était considérée comme ‘’criminelle’’. Il fallait donc faire attention et cela a eu des incidences difficiles sur sa création.» Un peu avant ce concert, il y a l’événement Berliner Momente, à la Salle Pollack, avec l’Orchestre symphonique de McGill, où l’on jouera les œuvres de Bartok et de Boudreau, une création inspirée de la visite de John F. Kennedy à Berlin, une ville alors divisée en deux…
 
L’autre événement d’importance sera la Symphonie du millénaire : Prise 2, le dimanche 26 février, à l’Oratoire Saint-Joseph. Le 3 juin 2000, on célébrait le nouveau millénaire par un grand happening où l’on avait réuni les créations de 19 compositeurs québécois, 330 musiciens, y compris l’OSM, le grand orgue, 2000 carillonneurs, etc.  C’était l’idée de jeunesse de Walter Boudreau que la technologie a, finalement, permis de réaliser. «Bon évidemment, on ne refera pas exactement ce concert, ce sera une version réduite pour l’occasion, mais qui nous permet de revisiter l’œuvre 17 ans plus tard», indique le directeur artistique de la SMCQ depuis 1988. Le soir même du 26 février, on est invité à participer au concert Le Scorpion Sixtrum, centré sur Martin Matalon, une musique qu’il compose pour le film «L’Âge d’or» (1930) de Luis Bunuel.
 
Capitano, Bozzini, Molinari et Insulaire Code d’accès sont quatre quatuors qui se relaieront pour un «marathon», le 28 février. Vivier, Tremblay, Lesage, Xenakis ne sont que quelques-uns des compositeurs qui seront évoqués lors de cette soirée à l’Agora Hydro-Québec. Le lendemain, 1er mars, place à Debussy, Bertrand et Stravinsky pour un «Six par 6», soit six pianos, pour les mélomanes amateurs de piano, c’est à ne pas manquer !
 
Pour terminer le tout, le 4 mars, laissons-nous emporter par l’activité Brégent : Portraits romantiques. Michel-Georges Brégent, compositeur québécois prolifique et gai, aussi, savait allier les structures complexes allant du rock au classique. Pour les familles homoparentales avec des enfants âgés de 1 à 4 ans, Les Fonoformies constituent un spectacle musical déambulatoire où les enfants peuvent réagir aux sonorités jouées par les deux musiciens. C’est en matinée des 25 et 26 février.
 
«Un festival comme le MNM est l’endroit idéal pour découvrir la musique actuelle. C’est un peu comme à Expo 67, on savait qu’il y avait toutes sortes de restaurants à Montréal, mais on avait la possibilité, là, de déguster des plats de partout dans le monde. Les gens ont découvert les diverses cuisines et, par la suite, ont été manger dans les restos de la métropole. C’est un peu la même chose ici, on sait que la musique contemporaine existe, mais on en a toujours un peu peur. Mais qu’est-ce que la musique actuelle ? Les musiques de Brahms, Schubert ou Stravinsky ont toutes été des musiques actuelles… chaque musique a d’abord été contemporaine de son temps !», explique Walter Boudreau.
 
Rencontré dans son bureau de la SMCQ, Walter Boudreau raconte avec verve et passion son amour pour le festival, pour l’organisme, mais aussi pour les gens qu’il a connu. «J’ai plusieurs amis gais dans le milieu musical qui sont décédés du sida», révèle M. Boudreau dont les yeux ne mentent pas et expriment une certaine douleur… À ce moment-là, être ouvertement gai ne se faisait pas étant donné les circonstances et les préjugés encore très tenaces, même après 1969. Pour la petite histoire, Walter Boudreau a travaillé dans un club gai ! «En effet, je travaillais à titre de saxophoniste dans l’orchestre « maison » d’un club (gai), rue de la Montagne, qui s’appelait tout simplement Le Club. Qui plus est, le styliste-désigner et critique de mode qui le fréquentait s’appelait Gilles Gagné… J’y ai travaillé pendant six mois. J’y ai rencontré des gens formidables. Cela m’a permis de me débarrasser de quelques préjugés que j’avais encore, même si je n’en avais pas beaucoup. On juge une personne d’après ses gestes et ce qu’elle accompli et non d’après ce qu’elle fait dans sa chambre à coucher. […] Malheureusement, on n’est pas sorti du bois, il existe encore beaucoup d’homophobie sur notre planète, ce n’est pas terminé, on le constate encore…», affirme Walter Boudreau.
 
 
À noter qu’avec cette 8e édition du Festival MNM, on fête aussi le 50e anniversaire de la SMCQ.