Alain Labonté et SImon Boulerice

Face à l’horreur, répondre par l’amour

Samuel Larochelle
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Alain labonté
Simon
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Octobre 2015, les téléjournaux du monde entier diffusent les images d’un homosexuel poussé du sommet de la plus haute tour d’une ville par des membres de l’État islamique. Profondément remué par ce qu’il vient de voir, l’écrivain et spécialiste en communications Alain Labonté ressent le besoin pressant de répondre. Instinctivement, il se tourne vers l’écrivain et comédien Simon Boulerice, avec qui il entreprend une correspondance d’abord concentrée sur lesdites horreurs, mais qui se transforme graduellement en réflexion sur l’évolution des réalités LGBTQ+, leurs parcours de vie, leurs rêves, la famille, l’art, le sida, l’intimidation, le couple, la mort, la religion et le rapport au corps. 

D’abord, il y a eu l’envie de se positionner face l’horreur. « Je suis très sensible en général, mais quelque chose de plus s’est passé ce jour-là, dit Alain Labonté. Je me suis référé à ma propre vie : j’ai presque 50 ans, je viens d’un milieu rural où je n’ai jamais eu de modèles gais, tout comme mon père, mais malgré tout, j’ai été accepté rapidement. J’ai grandi dans la culture du cœur. Et ces images étaient à des années-lumière de ma réalité. Je voulais écrire là-dessus. » Puis, le choix d’un correspondant s’est imposé. « Le visage de Simon est apparu dès que j’ai eu l’idée, puisqu’il traite souvent de thématiques gaies dans ses œuvres. Et rapidement, j’ai réalisé que notre différence d’âge rendrait nos échanges hyper intéressants, puisqu’il a 34 ans. » 
 
De page en page, on réalise à quel point les deux hommes ont des visions opposées sur certains sujets. « Je suis quelqu’un de positif, mais je ne porte pas de lunettes roses. Il y a un côté de moi qui est désenchanté. Pas pessimiste, mais assez réaliste. Je ne trouve pas que les choses vont de mieux en mieux dans la vie. De son côté, Simon possède une grande prédisposition à rêver. Il est très volontaire, curieux et cultivé. Nos moteurs sont différents, mais en étant gais tous les deux, on est conscients d’une même réalité », illustre Alain. Ce dernier explique qu’il a de moins en moins de plaisir à prendre part au monde qui l’entoure, qu’il se retire fréquemment des centres d’action et qu’il jette un regard peu positif sur les réseaux sociaux. À l’inverse, on comprend que Simon a appris à conjuguer avec le web plus tôt dans sa vie et que l’émerveillement prend encore le dessus sur le côté plus sombre. 
 
Par ailleurs, leurs expériences en lien avec le sida et leurs rêves de paren-talité illustrent parfaitement l’évolution des droits lgbtq+ et de son impact sur les aspirations des membres de la communauté. Selon l’instigateur du projet, les clashs générationnels sont l’une des plus grandes forces du livre. « Je trouve ça formidable qu’on n’ait pas vécu les mêmes affaires. On se lance la balle dans le respect. Ça permet de développer un autre regard et de ne pas se répéter. »
 
Labonté, qui a entre autres écrit des chansons pour Bruno Pelletier, Annie Villeneuve et Marc Hervieux, avait besoin d’un livre entier pour exprimer le fond de sa pensée. « J’en avais trop à dire pour me limiter à un texte de trois minutes et demie! Moi, je suis un gars de feeling. Quand j’ai une idée dans le plexus solaire, j’avance sans me poser de question. J’écris sans attente de ventes. J’espère seulement que ça aidera les gens à voir les choses d’un autre œil. Le livre ne revendique rien. Sauf peut-être l’idée qu’on puisse se concentrer sur l’humain avant tout. Moi, je ne remarque jamais les différences dans la vie. Je n’ai pas de temps à perdre à compartimenter le monde. »
 
Très proche des membres de la colonie artistique, avec qui il a conçu plusieurs projets (Party Pyjama Littéraire, les coffrets Mille mots d’amour, les albums Les Duos improbables, etc.), Alain Labonté a publié en préface de courtes pensées de nombreuses personnalités – de Clémence Desro-chers à Kim Thúy, en passant par Stéphane Laporte, Mark Tewksburry, Guylaine Tremblay, Manon Gauthier, Isabelle Boulay et le maire de Drummondville Alexandre Cusson – qui expriment pourquoi ils aiment les hommes eux aussi. Jamais à court d’idées, Labonté réfléchit présentement à l’idée de transposer les thématiques de son livre sur scène pour toucher le public autrement. 
« Moi aussi j’aime les hommes » sera en librairies à partir du 22 février