À propos du Pup Play

Sortir de la niche à chien

André-Constantin Passiour
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Sortir de la niche à chien

Je suis à quatre pattes, tout nu et je dandine à l’autre bout du matelas de grandeur king. De l’autre côté du matelas, il me regarde, il est plus massif, son corps musclé irradie la chaleur, la domination, il transpire la masculinité, son odeur est musquée et virile, cela m’intoxique, me force à me soumettre. Ses yeux – à la fois violents et tendres – me regardent attentivement, un regard attendri pour s’assurer que tout va bien, me promettant ma sécurité. Assuré que je suis prêt, il grogne et aboie et fonce sur moi, me jette (sur le matelas) et me mord – assez fort – c’est un Alpha qui marque ainsi sa propriété.

Le «pup play» (le jeu de chiots) est une sorte de jeu de rôle. Des humains jouant aux chiens à un degré ou un autre. Certains sont soumis, comme moi, d’autres encore prenant une approche beaucoup plus dominatrice. Le «pup play» peut être purement sexuel, comme la scène décrite plus haut : se mettre à quatre pattes, grogner, aboyer et lutter, une énergie sexuelle se dégage de cette dynamique de pouvoir engendrée à la fois par le jeu et l’instinct animal du puppy. Mais le pup play ne se confine plus à la vie privée d’une chambre à coucher, il s’aventure dans l’indécente excitation d’un sauna et l’anonymité procurée par Tumblr ou encore Recon. Plusieurs puppies sortent de la niche à chien – de manière réelle – rendant ainsi public ce jeu de rôle. Mais que signifie véritablement ce mouvement ? Que peut-on vraiment tirer de «faire» le chien ?
 
«Cela peut sembler bizarre la première fois et c’est tout à fait correct», me dit-il en essayant de faire baisser la tension alors que je me déshabille dans sa chambre à coucher. «Pour certaines personnes, cela peut prendre quelques essais avant qu’elles ne puissent trouver leur ‘’headspace’’.» Il est plus grand que moi et plus fort que moi et, très tôt dans le jeu, je me vois être fixé fermement sous lui, ses pattes sur mon torse, il me lèche et me mord, il fout son museau n’importe où il le désire. Je gémis et je me débats et j’assai de me libérer de son emprise, mais en même temps cela allume en moi un feu irrésistible qui me consume et qui me supplie de me soumettre. Dans cette frénésie d’aboiement et de mordillage, de reniflement et de léchage, je me perd complètement durant quelques minutes, j’oublie de me stresser à propos du passé et d’être anxieux quant à l’avenir, je deviens tout simplement un puppy : enjoué, excité et désireux de plaire.
 
On appelle ça le «headspace». Le «headspace» est ce qui se produit lorsqu’on oublie complètement tout le reste et qu’on existe au moment présent, qu’on laisse le chiot prendre la relève. Je décrirai mon «headspace» comme méditatif, libérateur ; un moment alors que j’ai de la misère à comprendre des mots et qu’il m’est impossible d’être conscient du temps qui s’écoule. Cela amplifie mon habileté à établir des liens : lorsque je suis profondément dans mon «headspace» je forme des connexions très intimes et des relations loyales des plus poussées. La plupart des puppies à qui j’ai parlé désirent atteindre ce «headspace», peut-être parce qu’il est de plus en plus difficile, dans le monde dans lequel nous vivons actuellement, de vivre le moment présent.
 
Mais le «headspace» n’est pas l’unique raison pour laquelle le jeu de rôle de puppy est de plus en plus populaire. Alors que le mouvement puppy prend de l’ampleur, bien des gens se créent un sens d’appartenance et d’identité, de communauté, à travers leurs amitiés et leurs relations avec d’autres chiots. Mondialement, la culture pup est en pleine expansion avec son vocabulaire propre et sa conception du monde. Dans bien des communautés pup, on trouvera des gens qui s’idenfient comme des pups, d’autres comme des chiens, d’autres encore qui vivent dans une meute de pups dans laquelle on retrouvera une dynamique de pouvoir et d’hiérarchie avec des Alphas, des bétas et des omégas. Vous trouverez des Sirs (maîtres), des entraîneurs et des formateurs. Ceux-ci sont généralement des dominants formant des relations avec des puppies. Vous avez des lieux où les puppies se mettent sur des matelas, luttent et jouent. Vous avez des boutiques qui se spécialisent en accessoires fétiches puppy et vous avez même des concours internationaux de puppies.
 
Je ne suis encore qu’un débutant sur cette longue route. Lorsque les gens me demandent comment devenir un puppy, je leur dis tout simplement de prendre tout leur temps, de ne rien précipiter, de s’informer en ligne, de joindre des groupes de pups et de chatter avec eux (WoofMTL est notre groupe Facebook montréalais). Si vous voulez jouer, trouvez des gars en qui vous avez confiance et communiquez avec eux. Bien sûr, la première fois que vous vous retrouverez à quatre patte, vous trouverez ça très bizarre et c’est normal. Donnez-vous du temps et vous finirez par atteindre ce «headspace» de pup.
 
Il attrape gentiment ma tête et la garde un instant contre sa poitrine. Nous respirons ensemble, profondément. Il regarde dans mes yeux, il veut voir où j’en suis rendu et il me dit que la session est terminée, mais que je peux prendre tout mon temps à émerger de mon «headspace». Je me rends compte alors que je n’arrive pas à respirer, que je suis couvert de sueur et de marques de morsures, que je suis exténué. Mais dans le fait d’être exténué, je suis comblé. Les chiots humains peuvent bien jouer des rôles, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne le vivent pas intensément comme si que cela était réel.
 
 
Pup Dane (texte traduit de l’anglais par André C. Passiour)
 
Pup Dane a été élu au titre de Pup Montréal 2016 lors du Weekend 
Fusion Montréal. Pour en apprendre plus : il y a le livre d’introduction
au jeu de rôle qui s’intitule BARK! de Justin St. Clair, il y a aussi l
e groupe WoofMTL, soit le regroupement «chiots» de Montréal sur Facebook
ou vous pouvez rejoindre Pup Dane sur Facebook et lui envoyer des message, 
il sera plus qu’heureux de chatter avec vous…