C’est comment être queer en Suède

Entrevue avec Johanna Nyberg

Samuel Larochelle
Commentaires
Johanna Nyberg

Les pays scandinaves comme la Suède sont souvent cités en exemples pour leur système d’éducation, leur mode de vie sain, leur coolitude et leur ouverture d’esprit. Pourtant, bien des nuances s’imposent, selon Johanna Nyberg, une personne queer de 32 ans résidant à Stockholm.

Johanna Nyberg« De façon générale, je pense que la majorité des Suédois se décrivent spontanément comme lgbtq friendly. Par contre, plusieurs d’entre eux sont surtout ouverts aux gais, aux lesbiennes et aux queers, mais ils oublient souvent de considérer les bisexuels et ils entre-tiennent parfois des stéréotypes et des idées erronées à propos des trans. Par exemple, les gens croient que c’est acceptable de débattre de l’utilisation du pronom neutre (non genré) “hen”, comme si c’était une simple opinion, et non un droit ». Johanna ajoute que l’un des plus importants partis politiques au pays, le Sverigedemokraterna, est un parti d’extrême droite nationaliste, anti-immigration et anti-droits lgbtq. « Ils veulent supprimer les droits pour lesquels les personnes lgbtq se sont battues pendant des années. Selon eux, on aurait dû conserver la loi qui, jusqu’en 2013, obligeait la stérilisation forcée des personnes trans qui voulaient mettre à jour leur identité de genre dans les documents juridiques : elles devaient sacrifier leur capacité à avoir des enfants, en changeant de sexe. Le parti voudrait aussi que les personnes lgbtq n’aient pas le droit d’adopter ou de se marier à l’église. »
 
Eh oui, en plus d’avoir le droit de se marier depuis 2009, les amoureux de même sexe peuvent s’unir à l’Église luthérienne, dont près de 75 % des Suédois sont membres. Quand les dirigeants de la dite église ont donné le droit à ses pasteurs d’accepter ou de refuser de célébrer un mariage gai, ils ont permis à la Suède de devenir le premier pays du monde à autoriser l’union de couples homosexuels dans une église majoritaire. Plusieurs religieux luthériens refusent de mettre en pratique leurs nouveaux droits, mais la loi a ravi de nombreux Suédois. Néanmoins, Johanna considère qu’il reste beaucoup à faire. « Il y a encore tant de batailles à mener! Par exemple, il est impératif de protéger officiellement les personnes trans quand il est question de crimes haineux. On aimerait aussi qu’il soit possible d’inscrire plus de deux parents légaux sur les documents officiels. Et il y a beaucoup de travail à faire pour améliorer la santé des lgbtq. » 
 
Très avancée d’un point de vue légal en comparaison avec la majorité des pays du monde, la Suède n’est pourtant pas prémunie contre l’homophobie. « La plupart des personnes lgbtq que je connais ont été exposées à l’homophobie sous plusieurs formes : violence, insultes, menaces, regards désobligeants, discrimination et remise en question de leurs capacités et de leurs droits parentaux. Je pense que la Suède a fait beaucoup de chemin dans ses lois, mais pas autant sur le terrain. » Vivant à Stockholm depuis des années, Johanna connait bien la vie lgbtq de la capitale. « En réalité, il faudrait surtout parler de la vie homosexuel-le, puisque les bars et les clubs sont surtout orientés pour les gais et lesbiennes, alors qu’il n’y a pratiquement rien pour le reste de la communauté. »
 
Les différents membres de l’acronyme lgbtq se réunissent tout de même durant la Gay Pride de Stockholm, soit le plus grand événement du genre des pays scandinaves et l’un des plus importants de toute l’Europe. Près d’un million de personnes participent à au moins une des activités de la fierté dans la capitale. « Il y a un mélange de fêtes, d’activités spéciales dans les clubs, de conférences, de débats, de concerts au Pride Park et à la parade, à laquelle plusieurs politiciens participent. La Pride Stockholm, comme celles qui sont organisées dans plusieurs petites villes au pays, est extrêmement populaire. Mais elle est également très critiquée pour ce qu’elle est devenue aux yeux de plusieurs : un événement festif et principalement gai, où les revendications politiques sont noyées dans la fête. » 
 
Si, comme plusieurs touristes homosexuels du monde entier, vous désirez vivre l’expérience, pour les festivités ou pour le caractère plutôt politique, sachez que la prochaine Pride se tiendra du 31 juillet au 6 août 2017, soit quelques jours avant Fierté Montréal, qui sera cette année l’hôte de Fierté Canada, du 10 au 20 août. À Stockhom, près de 60 000 marcheurs participeront au défilé, pour lequel près de 600 000 spectateurs se déplacent chaque année au centre-ville.