Abitibi-Témiscamingue

Le nouveau visage de la diversité sexuelle en Abitibi-Témiscamingue

Samuel Larochelle
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solidarité Abitibi-Témiscamingue
Photo prise par © Éric Whittom

Comme ailleurs au Québec, l’homophobie existe encore en Abitibi-Témiscamingue. Cependant, les tabous tombent, les «coming out» se font plus jeunes et les esprits s’ouvrent, selon la Coalition d’aide à la diversité sexuelle de la région.

« On observe un grand décalage depuis 15 ans. Il n’y a plus de violence homophobe comme avant. Bien sûr, il y a encore de l’intimidation. Les jeunes ne comprennent pas tous l’impact des mots qu’ils en emploient en se traitant de “tapette”. Et certains disent que l’homosexualité ne les dérange pas, tant que deux gais ne s’embrassent pas devant eux. Mais, quand je fais des animations dans des groupes, les commentaires homophobes sont très mal perçus. Je n’ai même pas besoin d’intervenir, car le groupe se mobilise contre ça », explique la présidente de la Coalition, Cathy Gélinas. 
 
Elle ajoute que les jeunes lgbtq qui quittent la région pour les grands centres sont moins nombreux qu’avant. « Par le passé, plusieurs d’entre eux avaient peur d’être victimes d’homophobie ou de ne pas trouver d’emploi en raison de leur orientation sexuelle. Mais maintenant, les jeunes quittent de moins en moins la région et ceux qui partent le font souvent parce que le bassin de personnes lgbtq est très faible. Ils ne s’en vont plus par peur de ne pas être acceptés. » 
 
Les perceptions face aux personnes trans évoluent également. «Il y a cinq ans, j’accompagnais des personnes trans adultes, surtout dans la quarantaine et la cinquantaine. Mais depuis deux ans, on reçoit de plus en plus de demandes d’ados de 15 ou 16 ans, qui sont prêts à faire un «coming out» au secondaire. Et les milieux scolaires les entourent bien. » Bien que les chirurgies de réassignation ne soient pas effectuées en région, il existe plusieurs services pour les personnes trans en Abitibi-Témiscamingue : intervenants psychosociaux, médecin spécialisé en hormonothérapie pour adultes, psychologue, suivi post-chirurgical. « Ce n’est pas parfait. Nous n’avons aucun pédiatre qui prescrit de l’hormonothérapie pour les jeunes qui veulent faire leur transition. Mais on forme beaucoup d’intervenants dans les écoles et les centres de santé. Et un projet de clinique régionale pour la santé des personnes trans est en cours d’évaluation ». 
 
Ayant depuis 2003 le mandat d’éduquer, de sensibiliser et de soutenir le développement de services, la Coalition à la diversité sexuelle de l’Abitibi-Témiscamingue a récemment renouvelé son image et décidé de travailler encore plus sur le terrain. Moins dépendante qu’avant des organismes de l’État, qui sont tributaires des coupes budgétaires, la Coalition rallie plusieurs bénévoles, spécia-listes, groupes communautaires et entreprises, qui s’engagent à afficher leur ouverture et à former leurs employés face aux populations lgbtq. Elle tend également la main aux communautés autochtones. «On collabore avec elles pour démystifier les orientations sexuelles et pour lutter contre l’homophobie. Il y a encore beaucoup de travail à faire. Mais la réponse est encourageante. Le 17 mai dernier, la communauté de Pikogan a été la première à s’associer à une marche contre l’homophobie.»
 
La Coalition offre également une aide financière aux citoyens dési-rant organiser des activités de sensibilisation ou de socialisation visant au mieux-être lgbtq. Par ailleurs, l’organisation a elle-même mis sur pied un projet pilote à Rouyn-Noranda qu’elle aimerait étendre aux autres MRC : un groupe de discussions pour les 25 ans et plus sur diverses thématiques, comme la santé sexuelle ou le «coming out». Les jeunes de 14 à 25 ans peuvent aussi se rencontrer dans un groupe au CLSC pour échanger avec divers intervenants. Ailleurs en région, plusieurs autres groupes ont été formés, dont certains sur les réseaux sociaux.