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Le Grand maître de l'Ordre de Malte cède au pape et démissionne

L'agence AFP
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Le Grand maître de l'Ordre de Malte, Matthew Festing, a démissionné à la demande du pape François, après un mois de bras de fer inédit sur fond de lutte de pouvoir au Vatican et d'une polémique sur des distributions de préservatifs.

«Mardi après-midi, le Grand maître a été reçu par le pape François qui lui a demandé de démissionner. Le Grand maître a accepté», a expliqué mercredi une porte-parole de l'Ordre.

L'Ordre de Malte - l'une des plus anciennes institutions chrétiennes devenue un Etat sans territoire - a finalement fait montre d'obéissance au pape. Il évite ainsi une rupture avec le Saint-Siège, après plus de 900 ans d'une solide entente, et une trop forte atteinte à son image de marque.

Actif dans 120 pays, l'Ordre de Malte gère des hôpitaux et dispensaires, avec 13.500 membres et 100.000 employés ou bénévoles. A travers le monde, ses antennes locales commençaient à s'inquiéter d'une baisse des dons du fait de la polémique, en particulier dans la perspective de la Journée mondiale des lépreux, le 29 janvier, qui est d'ordinaire l'occasion d'engranger des fonds importants, note une source en interne.

L'affaire a commencé avec le départ forcé, le 6 décembre 2016, du numéro trois de l'Ordre, Albrecht von Boeselager, un Allemand très respecté en poste depuis 2014. Il semble que la distribution de préservatifs dans un dispensaire en Birmanie a été un élément déclencheur, même si l'Ordre de Malte ne l'a jamais évoqué ouvertement.

Selon une source interne, Albrecht von Boeslager aurait d'ailleurs arrêté la distribution dès qu'il en a eu connaissance. Le préservatif reste largement tabou au sein de l'Eglise catholique, qui rejette toute forme de contraception même si le pape François lui-même a appelé en novembre à un "comportement responsable" face au sida.

L'Allemand aurait-il des positions trop libérales au sein du vieil ordre né durant les croisades ? Après un mois de d'escalade de la tension, à coup de communiqués acerbes, entre l'Ordre de Malte et le Saint-Siège, la question semble en tout cas dépassée.

Selon des sources au sein de l'Ordre, l'affaire tourne surtout autour de la bataille rangée d'une frange conservatrice de l'Eglise contre le pape François. En effet, le représentant du pape à la tête de l'Ordre n'est autre que le cardinal américain Raymond Burke, un ultra-conservateur placé à ce poste honorifique pour être écarté du gouvernement du Vatican.

Farouche défenseur d'une doctrine pure et dure, Mgr Burke défie ouvertement le pape sur un important texte ouvrant aux évêques la possibilité d'autoriser dans certains cas des divorcés remariés à communier.

Dans plusieurs interviews à la presse catholique, le cardinal frondeur a même sommé le pape de rectifier ce qu'il considère comme une erreur remettant en cause le dogme de l'indissolubilité du mariage catholique.

La bataille a également éclaté au moment où le frère d'Albrecht von Boeslager a été nommé au conseil d'administration de la Banque du Vatican (IOR), en plein assainissement après avoir été éclaboussée par une série de scandales. "Le timing est très significatif", avance une source.

Le Grand maître de l'Ordre de Malte, Matthew Festing (à droite sur la photo), à qui l'ont prête une forte personnalité, a-t-il agi sous l'influence de l'agressif cardinal Burke ou a-t-il simplement défendu sa souveraineté? Le 21 décembre, le pape avait nommé une commission d'enquête de cinq membres chargés d'y voir plus clair dans la démission du responsable allemand.

Mais le Grand maître avait catégoriquement refusé cette enquête, assurant qu'il s'agissait d'affaires internes et allant ensuite jusqu'à remettre en cause la probité de certains membres de la commission. Dernier épisode de la joute: le Saint-Siège avait même dû émettre un communiqué apportant son plein soutien à sa commission...

Le Britannique Matthew Festing, qui était en principe nommé à vie, réunira samedi son Conseil souverain pour entériner formellement sa démission. L'Ordre de Malte, dont les origines remontent aux croisades, a été fondé à Jérusalem en 1048 comme une communauté d'hospitaliers chargés de soigner les malades, avant d'être reconnu par le pape en 1113.