Identité

Mannequin transgenre à la une: une invitation à aller au-delà de la séduction

L'agence AFP
Commentaires

Pour la première fois, la beauté transgenre est mise à la une d'un magazine français avec une top model née garçon: les associations de défense se réjouissent de cette visibilité, mais appellent les médias à dépasser la séduction pour se pencher sur leurs difficultés au quotidien.

Au moment où « la beauté transgenre bouleverse le monde », Valentina Sampaio, célèbre mannequin brésilien de 22 ans, est l'« étendard glam d'un combat séculaire et douloureux », estime Vogue Paris. « Rien ne la différencie de Gisele, Daria, Edie ou Anna. À un détail près. Valentina, la femme fatale, est née garçon. Un détail qu'on aimerait ne pas révéler tant il relève de l'accident dans la vie de ces femmes et tant on imagine qu'elles aimeraient l'oublier », souligne Emmanuelle Alt, rédactrice en chef du magazine Vogue Paris, en kiosque le 23 février.

Dans un entretien en 2015 au magazine Glamour Globo, Valentina Sampaio a affirmé « ne s'être jamais sentie discriminée ». « Mes parents m'ont toujours respectée telle que je suis », a-t-elle confié.

« La visibilité est fondamentale pour toutes les minorités, car au bout d'un moment, cela détruit les clichés et les préjugés », réagit Stéphanie Nicot, présidente de la Fédération française des associations et centres lesbiens, gais, bi et trans (LGBT), « Partout où on montre des personnes transgenres dans leur réalité, c'est positif, à condition de ne pas se limiter au milieu de la mode ou du spectacle », dit Stéphanie Nicot, estimant à 150.000 les personnes transgenres en France.

« C'est par ignorance que les personnes transgenres souvent montrées comme des prostituées sont si facilement discriminées, humiliées et insultées y compris dans les médias. Des professeurs, des techniciens ou des militaires de carrière sont aussi transgenres », affirme Stéphanie Nicot dont le coming-out a été facilité par l'exemple de célébrités transgenres américaines.

Coprésident de l'Association des journalistes LGBT, Lucas Armati se félicite aussi de cette première visibilité en France, « à condition de ne pas se limiter au glamour ». « Il serait bon que les médias français s'intéressent aussi aux combats des personnes trans pour faire avancer leurs droits », souligne Lucas Armati, estimant que la transphobie est récurrente à la télévision et à la radio.

En septembre dernier, l'association des journalistes LGBT a d'ailleurs saisi le CSA après des remarques désobligeantes sur Canal Plus contre la journaliste transgenre Brigitte Boréale qui faisait ses débuts dans « Le Grand journal » : « Bonsoir monsieur-dame, enfin Brigitte... », l'avait interpellée Ornella Fleury, la Miss Météo.

Célèbre artiste française transgenre devenue à 39 ans professeure de collège, Marie-Pierre Pruvot dite Bambi, redoute que cette visibilité « suscite des haines supplémentaires ». « Je suis bien sûr très favorable à une visibilité qui élargit la société », a-t-elle confié. « Beaucoup de personnes transgenres sont dans la souffrance... », assure-t-elle.

Fin décembre, le magazine américain National Geographic a consacré sa couverture à la « Révolution du genre » avec Avery Jackson, une fillette américaine transgenre âgée de 9 ans. « C'est une bonne chose de montrer que des enfants sont aussi concernés. Le monde a vu qu'on peut être une fillette transgenre, heureuse, aimée et soutenue par sa famille », note Stéphanie Nicot.

Pour Hélène Hazéra, journaliste à France Culture et activiste transgenre, « Vogue sait au moins qu'il y a des mannequins transgenres, mais le magazine n'aura pas de rédactrice en chef transgenre avant 20 ans, au moins... » « La question trans, c'est une question de précarité, d'accès aux études, d'accès à un métier », ajoute-t-elle. « Tout ça, Vogue n'en parle pas... ».