Par ici ma sortie

T’es qui, toi? Queer, gai, bi? Un peu tout, c’est correct aussi?

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
denis daniel boulé

Depuis quelques années le sigle LGBTQ ne cesse de bouger, de se voir accoler d'autres lettres et qui portent parfois à confusion. Le Q signifie généralement Queer, mais il est parfois redoublé pour tenir compte de ceux et celles qui se cherchent, qui sont En questionnement. Le A (LGBTQA) a fait récemment son apparition. Il désignerait les Allié-es et non plus ceux et celles qui se considéraient comme Assexué-es. Loin de s'arrêter aux lettres, le signe + pour Et plus, a fait son entrée. Traduction, tous ceux et celles qui ne se reconnaissent pas sous les premières lettres du sigle, et qu’on ne veut pas oublier. En clair, le +, c’est un peu l’auberge espagnole. Et même à l’intérieur de nos communautés, je dois expliquer le sens de 2S dans LGBTQ2S. Et que dire du sigle récemment LGBTTIQA2S.

Je ne suis pas spécialiste en marketing, en publicité, ou en communication pour vendre, et je me demande comment on peut convaincre nos interlocuteurs d'utiliser un sigle aussi long, ou de le rendre aussi grand public que gai par exemple. On le voit bien aussi à travers les grands médias, ils ne savent plus où s’arrêter, ayant peur de recevoir des commentaires les accusant d’homophobie ou de transphobie.
 
Que c'était simple, diront certains, quand on parlait des homos, puis seulement des gais et des lesbiennes. Mais ces étiquettes occultaient les spécificités propres à certaines catégories, dont en premier lieu, les personnes trans par exemple. Longtemps parents pauvres de nos luttes pendant plus de quatre décennies, le T du sigle LGBT aurait dû s'écrire en minuscule. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, les personnes trans ont droit de cité. Sauf qu'à l'intérieur des communautés trans, définir T a donné lieu à de nombreuses discussions et ne fait pas l’unanimité. T comme transsexuel, terme généralement utilisé pour désigner une personne ayant changé de genre mettait trop l'accent sur le sexe. T comme tra-vestis, outre que le terme faisait vieillot, il renvoyait au monde de la nuit, aux transformistes, aux imitateurs féminins. Et même si ce n’est pas tout à fait la même forme artistique, on préfère aujourd’hui drag-queens
 
Que c'était simple quand le monde se divisait en deux genres, femme ou homme. Il suffisait de regarder entre les jambes du nouveau-né ou de la nouvelle-née et le tour était joué. Femme, tu serais toute ta vie, ou Homme, et bien entendu, présumé hétéro-sexuel. Les intersexes,  les transgenres en devenir, n'ayant pas voix au chapitre, on les regardait comme des anomalies de la nature, des exceptions, et il n'était pas question de leur accorder plus d'attention. De même, il existait des hommes qui avaient des relations avec des hommes, tout comme des femmes entre elles, mais on parlait de pratiques et non  d'identités particulières. Rappelons que le personnage de l'homosexuel, et donc le mot homosexuel, naît à la fin de la seconde moitié du XIXe siècle. On identifie ainsi une personnalité souffrant d'une pathologie. Le mot précède la création de son pendant, hétérosexuel. L'Homosexualité et l'hétérosexualité sont toutes les deux définies au tout début comme une mala-die mentale entraînant des comportements sexuels compulsifs pour une personne de son sexe ou pour l'autre. Un mot peut devenir courant mais son sens peut considérablement changer. Qui a en tête qu’à sa création, hétérosexualité était une maladie ?
 
Le fait que le mot homosexuel soit né dans l'antichambre des hôpitaux psychiatriques, et que l'emphase soit mise sur le sexe et non sur l'affectif, n’a pas été du goût de tous, nombreux, au cours du vingtième siècle, ont cherché des termes, selon eux, plus appropriés. Troisième sexe, homophile, naîtront par exemple mais ne s’imposeront pas. Mais sans grand succès. En revanche, gai ou gay remportera à la fin des années soixante-dix la préférence. Court, sympathique en français comme en anglais même si à l’origine une injure, il fait aujourd’hui partie du lexique courant.Pour les femmes, le mot lesbienne a connu aussi son lot de difficultés puisque les premières intéressées ne l’ont pas toujours accepté. Une des raisons, parmi bien d’autres, c’est qu’il avait été créé par des hommes. Aujourd’hui il ne semble plus contesté.
 
Si l’on pensait que le terme Queer aurait pu réunir tout le monde sous un chapeau générique. Force est de constater que la résistance est encore grande ! D’une part,  on reproche à Queer son  origine, une injure, d’autre part, d’autres voient avant tout une posture politique radicale inquiétante.
 
Dans un site américain, j'ai trouvé un lexique répertoriant 57 façons de s'autodéterminer créant des sous-catégories dans les catégories déjà existantes. Un sigle de 57 lettres peut-être à venir ? Et encore n’était pas répertorié ceux et celles des minorités sexuelles qui sont racisées. Ou encore les minorités sexuelles vivant avec un handicap, ou encore traduisant les particularismes liés à l’âge, au physique (les Bears par exemple), aux pratiques sexuelles préférées (SM)… et pourquoi pas à l’appartenance  religieuse ou politique.
 
Les mots ont une vie propre et de nombreux facteurs vont influencer leur évolution, leur inscription dans le lexique courant ou leur disparition. Leur sens peut lui aussi évoluer. Ainsi gay, à l’origine une injure, et adopté aujourd’hui par ceux qui en faisaient les frais, homosexualité, au départ une maladie, qui avec le temps ne signale plus que l’orientation sexuelle d’une personne.
 
Reste qu’il est bien difficile de s’y retrouver. Certains journalistes et chroniqueurs des grands médias ajoutent aujourd’hui le Q à LGBT. Pas sûr, qu’ils emboiteront le pas avec les autres lettres de l’alphabet. Et même dans nos communautés, beaucoup se sentent perdus. On peut tout à fait comprendre que parfois on ironise sur cet acronyme qui ne finit pas de s’allonger.
 
Moi-même je me suis réveillé un matin en étant devenu cisgenre. Cisgenre ? Puisque je ne vivrais aucune tension entre mon genre et mon sexe biologique. Bien sûr j’aimerais un terme générique, sympathique, qui inclut tout le monde, mais c’est un rêve. Si vous avez des idées, n’hésitez pas, on pourrait même lancer un concours, après tout, si on ne tente rien !