Le Village a 35 ans

Il faut plus investir dans le tourisme LGBT et promouvoir Montréal!

André-Constantin Passiour
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En 2016, la Société de développement commercial (SDC) du Village désirait en savoir plus sur ceux et celles qui fréquentent le Village, en s’adressant tout particulièrement aux touristes LGBT. Ainsi, deux études importantes ont été réalisées, l’une avec la firme californienne LGBT Community Marketing & Insights (CMI) et l’autre avec la maison québécoise SEGMA. En général, le taux de satisfaction est plus qu’appréciable concernant le Village gai de Montréal et les visiteurs et les touristes apprécient tout particulièrement l’ambiance festive de la piétonisation estivale Aires Libres. Si le Village gai de Montréal est coté en 2e place après San Francisco (Castro), il demeure inconnu pour bien des LGBT à travers le monde. Pour les responsables de la SDC, il est clair qu’une vaste opération de promotion touristique, de la part des autorités concernées, serait nécessaire pour y attirer les voyageurs LGBT.

villageAssis au Cabaret Mado par une grise et froide journée d’hiver, il est difficile d’imaginer que, dans quelques mois, la rue sera piétonisée, on étendra les Boules roses au-dessus de Sainte-Catherine et les terrasses occuperont la chaussée… C’est pourtant ce qui attire les visiteurs. «Nous sommes d’abord agréablement surpris que le Village gai de la métropole vienne en second lieu, après celui de San Francisco, pour les gais américains, canadiens anglais et européens qui ont répondu au sondage de CMI, ce qui positionne très avantageusement le Village. La piétonisation ressort aussi de ces études tel un élément important pour les touristes qui sont contents de l’atmosphère […]», commente Denis Brossard, le président du conseil d’administration de la SDC du Village.
 
1 817 personnes ont participé au sondage de CMI pour le compte de la SDC du Village, de ce nombre 1 100 provenaient des États-Unis, 486 du reste du Canada (principalement de l’Ontario et de la Colombie-Britannique) et 231 individus en provenance d’Europe (86% de la France, 9% de la Belgique et 5% de la Suisse). Chez les Américains, un gros 22% nous venaient de l’État de New York, 13% du Massachusetts (Boston), 12% de l’Illinois (Chicago) et 10% de la Pennsylvanie (Philadelphie). Le reste provenant essentiellement d’autres États de la Côte Est.
 
Pour ce qui est du sondage réalisé localement par SEGMA, 2112 personnes ont répondu à l’étude qui s’est déroulée entre juin et septembre 2016 dans le Village. On y apprend que, pour l’achalandage total du Village, 74% sont des visiteurs locaux, 10% sont des excursionnistes – des gens résidant Jusqu’à 40 km de Montréal – et 16% sont des touristes (dont 79% de l’extérieur du Québec). Et pourquoi les touristes visitent-ils le Village : 80% pour la piétonisation (durant Aires Libres), 55% pour les terrasses des restos, cafés, etc., 61% pour admirer les Boules roses de l’architecte paysagiste Claude Cormier, 30% pour le nightlife et, enfin, 31% d’entre eux circulent dans le Village pour les œuvres d’art public d’Aires Libres.
 
Montreal«Un autre élément qui ressort dans les sondages, c’est la proximité avec le centre-ville, poursuit M. Brossard. Contrairement à la plupart des autres quartiers gai à travers le monde, le village gai de Montréal n’est pas perdu quelque part, caché ou fractionné. Ce fait est apprécié par la clientèle touristique LGBT, surtout les plus jeunes gais qui désirent une palette d’activités et d’évènements. Ici, c’est l’ensemble du plateau de services à proximité qui est considéré par les jeunes touristes gais. Bien entendu, le taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain ou à l’euro est aussi un avantage pour nous.»
 
Néanmoins, 55% des touristes LGBT ayant visité Montréal n’étaient pas au courant qu’il y avait un «Village gai» ! «Oui, c’est étonnant de dire Denis Brossard. C’est qu’il faut leur faire savoir avant qu’ils ne viennent à Montréal ce qu’on a à leur offrir et les inviter ici. Les groupes d’âge ont peut-être de l’importance, les plus âgés sont plus sensibilisés à se retrouver dans un endroit gai comme un Village gai alors que, pour les jeunes, cela compte peut-être un peu moins. Par contre, s’ils sont au courant des activités qui se déroulent dans le Village, ce sera un plus pour eux que de s’y déplacer.» «Le chiffre de 55% est surprenant, par contre la bonne nouvelle c’est que ces gens-là étaient déjà à Montréal. Maintenant, il faudra voir quelle a été leur expérience, le plaisir qu’ils ont eu à parcourir le Village, les terrasses, la rue piétonne, etc. Comment le Village les a attirés, c’est ce qu’il faut savoir maintenant pour réussir [à le propager]», souligne Martin Soucy, le président directeur général de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ). L’AITQ, créée en 2016, prend ainsi le relais du ministère du Tourisme du Québec pour coordonner les diverses organisations touristiques… 
 
Queer montrealDe plus, le sondage de CMI révèle que 65% des touristes LGBT n’ayant jamais visité Montréal disent ne pas avoir d’information concernant le Village gai et 51% indiquaient qu’ils ne connaissaient pas l’existence du Village. Une fois informés de la présence d’un village gai à Montréal, 95% de ces potentiels touristes affirment être intéressés à le visiter. «Cela devient un enjeu important que de convaincre les autorités touristiques de refaire de vastes campagnes de promotion, de cibler les marchés de la Côte Est des États-Unis, la région de Chicago et l’Ontario pour garder vivants les attraits que l’on possède tels que Aires Libres, les terrasses, etc. Il faut communiquer à travers les réseaux LGBT internationaux […]»
 
«Je vais transmettre l’étude de la SDC du Village à notre équipe marketing pour pouvoir l’analyser car ce marché nous intéresse et voir comment on peut travailler avec Tourisme Montréal pour mettre en place une stratégie qui s’inscrira dans notre planification de 24 mois. […], pense M. Soucy. […] Ça nous prend des images, du contenu qui poussera les touristes LGBT à venir ici. Maintenant, est-ce qu’on va réussir pour la période 2017-2018, c’est à voir ce qu’on peut faire dans un tel délai [alors que l’Alliance s’est mise en place, il y a quelques mois à peine]. Ce sera notre défi.» Le site du journal Les Affaires, en date du 21 janvier dernier, citant un des plus grands salons de tourisme au monde, le Fitur (qui se tenait à Madrid), insiste que s’ils ne représentent que de 5 à 10% du tourisme mondial, les LGBT sont reconnus pour dépenser plus puisqu’ils n’ont pas d’enfants. Selon Community Marketing & Insights (CMI), le seul marché des voyageurs LGBT aux États-Unis représente plus de 75$ milliards et ce, «sans compter les flux touristiques entrants», peut-on lire dans Les Affaires. On comprend que le marché LGBT est extrêmement intéressant pour l’industrie touristique.
 
On pourrait rajouter à cela le rapport datant de 2015 de la Chambre de commerce LGBT du Québec qui concluait que les voyageurs LGBT représentaient un marché direct de plus de 500 M$ pour le Québec.
 
«Ce que nous disent les études, c’est qu’il y a du travail à faire pour attirer chez nous ces touristes, d’insister sur nos valeurs montréalaises de diversité, d’inclusion, d’ouverture, etc. Nous avons un excellent produit, il est déjà présent, il faut à présent convaincre les orga-nismes qui font la promotion touristique de Montréal de rejoindre ces touristes LGBT pour cet été et c’est urgent. C’est comme ça que je vois les résultats des enquêtes. Que les différentes organisations de promotion touristique bougent puisque cela fait longtemps qu’il n’y a pas eu de promotion réelle et comtinue concernant le marché LGBT à Montréal...», insiste Denis Brossard.