Rainbow Railroad

Leur mission : aider les réfugiés lgbt

Samuel Larochelle
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En novembre 2015, lorsque le Canada a annoncé sa volonté d’accueillir 25 000 réfugiés syriens en donnant la priorité aux femmes, aux enfants et aux familles, des voix se sont levées pour souligner la nécessité d’y ajouter les membres de la communauté lgbt, dont les hommes célibataires ouvertement gais, bisexuels ou transgenres. Peu après, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a placé ces derniers dans la liste des personnes les plus vulnérables et nécessitant un transfert urgent dans un autre pays. Le gouvernement Trudeau a donc corrigé le tir en incluant les membres des minorités sexuelles parmi les demandeurs d’asile prioritaires.  

Face à un tel mandat, comment les agents d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada font-ils pour identifier les personnes lgbt? La réponse du ministère : en se basant sur l’information fournie par chaque demandeur auprès de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et en menant des entrevues individuelles. « Toutes les décisions sont prises au cas par cas et sont fondées sur les faits propres à chaque personne », explique Isabelle Vigneault, porte-parole d’IRCC. Considérées comme un groupe vulnérable, en raison des fréquentes menaces physiques et juridiques à leur endroit, les personnes lgbt peuvent être prises en charge par le gouvernement et réinstallées au Canada. En tant que réfugiées, elles peuvent aussi être parrainées par des citoyens canadiens ou guidées par certains organismes qui les aident à traverser le long processus.
 
Parmi eux, on remarque l’organisation canadienne Rainbow Railroad, qui a aidé plus de 300 personnes lgbt, principalement originaires du Moyen-Orient, des Caraïbes et de l’Afrique (centrale et de l’Ouest), en fournissant des informations, des références et des conseils. À partir d’un bureau basé à Toronto, ses bénévoles aident les hommes et les femmes lgbt qui fuient la violence, la persécution, les menaces de mort et les emprisonnements. « Les gestes de violence dont les réfugiés lgbt tentent de s’échapper peuvent être des agressions physiques commises par leur propre famille, des meurtres d’honneur, de la discrimination et des crimes homophobes commis par des milices underground ou par l’État lui-même, qui demeurent impunis », explique Dale Sturges, directeur des relations médias pour l’organisation. 
 
Rainbow Railroad garde à l’œil tous les coins du monde où les lgbtq font face aux plus grandes menaces, en s’abreuvant d’informations auprès de grandes organisations de réfugiés, qui les aident souvent à identifier les personnes en quête de soutien. « Comme nous recevons des demandes quotidiennes de partout dans le monde, nous faisons appel à notre réseau pour authentifier l’identité des demandeurs. Et 100 % des gens que nous avons aidés sont des personnes lgbtq en réel danger. » Une fois la validation d’identification de la personne et de la menace complétée, l’organisation met les demandeurs en contact avec des ressources locales et les aide à identifier des voies sécuritaires pour quitter le pays. « Nous offrons aussi du soutien moral et, quand les fonds le permettent, une aide financière de courte durée pour les personnes qui doivent se cacher avant de fuir leur pays. » 
 
Les réfugiés soutenus par RR n’aboutissent pas tous au Canada. «Nous les aidons à voyager vers le pays sécuritaire le plus proche où ils peuvent obtenir un statut de réfugié. » Mais ceux qui s’éta-blissent chez nous se retrouvent majoritairement à Toronto, et parfois à Vancouver, Winnipeg et Montréal, où ils sont mis en contact avec des organisations qui faciliteront leur arrivée et leur intégration. RR se concentre avant tout sur la transition sécuritaire hors du pays. «Afin de minimiser toute distraction de notre objectif principal, nous essayons d’établir nos priorités et d’éliminer les efforts qui pourraient nous tenir à distance de notre but. »
 
Ainsi, Rainbow Railroad n’a pas pour mission de militer pour la modification des lois touchant les personnes lgbtq au Canada ou à l’étranger. L’organisation n’offre aucun conseil juridique et ne préconise aucune méthode illégale pour faire voyager les demandeurs. « Même si nous soutenons tous les efforts de notre gouvernement et des autres militants pour changer la façon dont les gouvernements étrangers traitent les personnes lgbtq, nous nous concentrons sur sauver des vies le plus rapidement possible. » RR n’est pas affiliée ou subventionnée par le gouvernement Canada. Elle est plutôt enregistrée en tant qu’organisme de charité au Canada depuis 2013. « Nous acceptons les dons de citoyens, d’entreprises et d’organisations, mais nous demeurons indépendants. Environ 70 % des sous recueillis en dons servent à l’aide directe des différents demandeurs. »