Communautaire

La réalité d’une famille homoparentale à Québec

Éric Whittom
Commentaires
La réalité d’une famille  homoparentale à Québec

En couple depuis 15 ans, Mona Belleau s’est mariée en 2010 avec Sylvie Pinsonneault. Mona est originaire d’Iqaluit au Nunavut. En 1991, elle a déménagé à Québec alors qu’elle était âgée de 12 ans. Sa conjointe est d’origine québécoise. 

En 2011, elles ont adopté un garçon inuit qui est maintenant âgé de six ans. « C’était l’enfant de ma cousine. À ce moment-là, ce n’était pas la situation idéale pour elle d’avoir un autre enfant. Comme le veut la tradition inuit, elle nous l’a offert, puisqu’elle savait que nous souhaitions avoir un jour des enfants », explique-t-elle à Fugues. Trois ans plus tard, sa conjointe a accouché du deuxième garçon de la famille grâce à une insémination artificielle.
 
Elle précise que la question de son orientation sexuelle ne fait pas partie des discussions dans sa famille inuit qui « accepte moins » cette particularité contrairement à la famille de sa femme. 
 
Elle travaille dans une équipe de recherche à l’Université Laval. Sa conjointe enseigne dans un cégep. 
 
Cette famille homoparentale habite dans un quartier résidentiel situé en banlieue de Québec. « Ça se passe super bien avec nos voisins, souligne-t-elle. Nos enfants jouent avec les autres enfants du quartier. Nous n’avons jamais eu des commentaires bizarres. »  
 
Le plus vieux des garçons fréquente l’école. « Nous avons eu très peu de commentaires désobligeants. Au contraire, les gens nous disent que nos garçons sont chanceux d’avoir deux mamans. »
 
Elle déplore toutefois que certains formulaires gouvernementaux, par exemple à l’école ou à l’hôpital, ne tiennent pas compte de la réalité des familles homoparentales. « Ce n’est pas encore commun de trouver les mentions Parent 1 et Parent 2 dans les formulaires. Nous sommes obligées de barrer la mention Papa et de mettre celle de Maman. »
 
En 2011, elle a même dû formuler une plainte à un hôpital de Québec, parce que l’employée à l’inscription n’a pas voulu inscrire le nom des deux mères sur la carte d’hôpital de son fils et parce qu’elle avait insisté pour connaître le nom du père. « Finalement, elle a mis uniquement le nom de ma conjointe sur la carte, comme si notre enfant n’avait pas un autre parent. Ça m’avait vraiment dégoûté. »  
 
Au CHU de Québec – Université Laval où s’est produit l’incident [anciennement le CHUQ], sa relationniste, Pascale Saint-Pierre, a indiqué à Fugues que « bien qu’il soit possible d’indiquer les noms que l’on souhaite [notamment sur la carte de l’hôpital], cela crée une problématique importante [administrative et clinique – possibilité de doublon de dossier] si ce ne sont pas les mêmes informations qui sont dans les fichiers de la Régie de l’assurance maladie du Québec ainsi qu’à l’État civil ». 
 
Elle a précisé que les formulaires utilisés dans les hôpitaux sont uniformes et proviennent du minis-tère de la Santé et des Services sociaux. « Il ne semble pas que ce soit possible d’indiquer le nom de deux parents de même sexe sur les formulaires utilisés dans les hôpitaux. » Par conséquent, elle a dit qu’un employé à l’inscription pourrait refuser d’inscrire les noms des deux parents d’une famille homoparentale.
 
Parfois, Mona Belleau se fait également poser certaines questions, dont elle n’apprécie guère la teneur, par exemple sur la provenance de leurs enfants et comment ces derniers les appellent. « Dans ma famille, mes enfants m’appellent anaana qui signifie maman en inuktitut et ils appellent ma conjointe maman. »
 
Malgré quelques mésaventures de temps à autre, cette famille homoparentale mène une vie paisible et heureuse à Québec.