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Retour de Têtu en version imprimée... aux deux mois

L'agence AFP
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Après une éclipse de dix-neuf mois et l'arrivée de nouveaux dirigeants, le magazine homosexuel Têtu revient mardi dans les kiosques, en formule bimestrielle, avec pour ce redémarrage un long entretien avec Emmanuel Macron.

Magazine de référence de la communauté homosexuelle française, créé en 1995 par des militants antisida avec le soutien du mécène Pierre Bergé, Têtu, chroniquement déficitaire, avait fait faillite après 20 ans d'existence. Repris par une entreprise web, le mensuel a cessé de paraître en juillet 2015, après son 212e numéro, et a concentré sa présence sur l’internet. « Cette décision était inévitable compte tenu de l'absence de toute offre de reprise du titre, et de l'aggravation des difficultés financières », avait indiqué Jean-Jacques Augier, alors propriétaire du magazine.

Depuis 2010, Têtu avait vu sa diffusion baisser de 12,5%, à 28.275 exemplaires en raison d'une désaffection de son lectorat gai, parti vers des magazines généralistes. Pendant de nombreuses années, Pierre Bergé avait épongé des pertes de plusieurs dizaines de millions d'euros, avant de le revendre pour 1 euro symbolique à Jean-Jacques Augier, un proche de François Hollande. En 2014, les pertes avaient encore atteint 1,1 million d'euros pour un chiffre d'affaires de 2,8 millions. En novembre 2015, les actifs du titre gai ont été repris pour 102.000 euros par la start-up française Idyls, déjà responsable de So Têtu, une application de rencontres et de sorties. Le repreneur a aussitôt relancé le site TÊTU.com dédié à l'information LGBT.

Selon Idyls, cette relance en ligne est, un an après, un succès avec plus de 500 000 visiteurs chaque mois. « Dans un premier temps, on a souhaité rallumer la lumière par le digital. Les résultats sont très encourageants, ce qui nous permet aujourd'hui de relancer enfin le magazine en imprimé grâce à une souscription de 300 000 euros auprès de plusieurs investisseurs privés dont le fonds d'investissement TreeTop », a indiqué Julien Maquaire, dirigeant de Idlys Media et directeur de la publication du site et de l’imprimé. « Nous en profitons pour repositionner complètement le magazine, tout en s'inspirant de l'héritage, mais avec une nouvelle ligne sociétale basée sur des dossiers et de longues enquêtes », a-t-il ajouté.

Proposant 140 pages dont 110 rédactionnelles, le 213e numéro de Têtu, diffusé à 55 000 exemplaires, a été réalisé par les quatre journalistes de Tetu.com renforcés par 7 pigistes, rédacteurs et photographes. « Le Têtu d'avant était celui de la génération PaCS. La nouvelle équipe est celle du Mariage pour tous. Nous proposons un magazine plus moderne ancré dans la réalité de la vie gaie.

Le ton change résolument, y compris par l'abandon du coverboy musclé habituel qui n'apporte rien dans la vie des gais d’aujourd’hui », estime Adrien Naselli, 27 ans, nouveau rédacteur en chef, ancien de France Culture et France Inter. La « une » du nouveau Têtu réunit trois inconnus - une jeune homosexuelle, un garçon noir et un garçon trans -, « une diversité incarnant le renouveau » du magazine qui propose en dossier principal une enquête sur les nouveaux réseaux militants gais après le mariage pour tous. Le nouveau Têtu comprend aussi un reportage sur un rappeur gai de banlieue parisienne.

Premier invité politique, Emmanuel Macron : une façon pour le candidat à la présidentielle de s'adresser à nouveau à la communauté LGBT, inquiète de ses propos polémiques sur « l'humiliation » subie selon lui par les opposants au mariage pour tous. La communauté LGBT « trouvera toujours en moi un défenseur », avait-il déjà déclaré la semaine dernière. Dans Têtu, Emmanuel Macron revient aussi sur la rumeur, qu'il a démentie publiquement, d'une supposée liaison avec Mathieu Gallet, président de Radio France. « Deux choses sont odieuses derrière le sous-entendu: dire qu'il n'est pas possible qu'un homme vivant avec une femme plus âgée soit autre chose qu'homosexuel ou un gigolo caché, c'est misogyne », dénonce Emmanuel Macron. « Et c'est aussi de l'homophobie. Si j'avais été homosexuel, je le dirais et je le vivrais », assure-t-il.