Cellules «dormantes» décodées

On pourra, éventuellement, vider les réservoirs du virus du VIH

André-Constantin Passiour
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Des scientifiques français ont découvert un marqueur du réservoir du VIH et qui pourrait être une nouvelle piste pour éliminer complètement le virus du corps d’une personne séropositive et sous traitement antirétroviral.

C’est par un communiqué émis le 14 mars dernier à Paris, par l’Agence nationale de recherche scientifique (ANRS), volet recherche sur le VIH et les hépatites, que l’on a appris la nouvelle de cette découverte importante. Même si une personne est sous trithérapie et que sa charge virale est indétectable, scientifiquement parlant, on sait que le virus du VIH est toujours présent dans l’organisme dans certains «réservoirs», dont le cerveau. C’est ce que la communauté scientifique connaît depuis 1996, souligne le communiqué en question. C’est pour cela que ces traitements doivent, jusqu’à présent du moins, être pris à vie puisque, dès le moment que cette personne arrête la prise de médicaments, le virus refait surface et se multiplie à nouveau. Il est indétectable, mais toujours caché et peut s’activer n’importe quand lorsque les traitements cessent…

«Pour envisager d’éliminer ce virus dormant, une première étape est de distinguer les cellules réservoirs infectées par le VIH de leurs cellules homologues saines, très ressemblantes. C’est ce que vient de réaliser une équipe de chercheurs qui a identifié un marqueur des cellules réservoirs : une protéine présente uniquement à la surface des cellules infectées», indique-t-on dans le communiqué de l’ANRS.

«Partant de l’hypothèse que le VIH pourrait laisser une empreinte à la surface de sa cellule hôte, les chercheurs de l’Institut de génétique humaine (CNRS/Université de Montpellier) ont tout d’abord travaillé ‘’in vitro’’ sur un modèle d’infection développé dans leur laboratoire. Une comparaison entre cellules infectées et cellules saines les a conduits à remarquer une protéine particulière, codée par un gène, parmi la centaine, exprimé de manière spécifique par les cellules infectées. Présente uniquement à la surface des cellules infectées, la protéine CD32a remplissait dès lors ‘’in vitro’’ les critères d’un marqueur de cellules réservoirs. Et les expérimentations sur échantillons cliniques l’ont confirmé. En étudiant des prélèvements de sang de 12 patients vivant avec le VIH et sous traitement, les chercheurs ont isolé les cellules exprimant le marqueur et ont constaté qu’elles étaient quasiment toutes porteuses du VIH. ‘’In vitro’’, l’activation de ces cellules a induit une production de virus capables de réinfecter des cellules saines tandis que leur élimination a provoqué un retard important de la production virale», peut-on lire dans cette communication de l’Agence.

Afin de pouvoir totalement éradiquer le virus de l’organisme d’une personne séropositive, il s’agit ici d’un autre pas capital. «À plus long terme, elle [cette découverte du marqueur] devrait déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer de l’organisme le virus latent», de conclure les scientifiques.

Cette percée scientifique est le résultat du Programme stratégique de l’ANRS «Réservoirs du VIH» et d’une collaboration de plusieurs organisations médicales et scientifiques de France.

Un article complet est paru dans la revue «Nature», en date du 15 mars, abordant en détail ces études.