Comité de solidarité de Trois-Rivières

Promouvoir l’ouverture à Cuba

Samuel Larochelle
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Promouvoir l’ouverture à Cuba

De juin à août prochains, neuf jeunes Québécois soutenus par le Comité de Solidarité de Trois-Rivières se rendront à Cuba pour sensibiliser la population aux droits des minorités sexuelles, en collaboration avec le Centre national de prévention VIH/sida de Bayamo. Peu après, deux Cubains séjourneront dans la province afin de se familiariser à leur tour avec les approches des organismes québécois œuvrant dans le domaine. 

En 2005, alors que l’organisme québécois collaborait sur l’île de Fidel Castro avec une troupe de théâtre communautaire, qui faisait la promotion de la santé et la prévention du VIH, des liens se sont tissés avec le Centre national de Bayamo. En plus de son expertise en VIH, l’organisme cubain travaille très activement à la lutte contre l’homophobie et à la promotion des droits lgbtq. « Dans plusieurs pays comme Cuba, le financement est plus accessible quand on met de l’avant les grands projets de coopération axés sur le VIH. Et quand on analyse les populations les plus à risques, on observe que 90 % des nouveaux cas d’infection, là-bas, sont des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Alors on cible les différents besoins de cette population », explique Sylvain Pinet, coordonnateur des stages internationaux pour l’organisation trifluvienne. 
 
Une décennie après ce premier contact, huit jeunes militants lgbtq de partout au Québec ont passé 60 jours à Cuba pour observer le travail de terrain et mettre la main à la pâte, grâce au financement de Québec sans frontière. Une expérience qui leur a permis de constater l’évolution des mentalités. « À vue de nez, il n’y a pas plus de violence homophobe qu’au Québec. Dans leurs écoles, le programme national d’éducation sexuelle fait état de la diversité sexuelle et des droits égaux pour tous. Il faut dire que le niveau d’éducation à Cuba est beaucoup plus élevé que celui des autres pays aux alentours. Les gais, les lesbiennes et les trans sont assez visibles dans l’espace public. Il n’y a pas de discrimination ouverte », souligne M. Pinet.
 
En juin prochain, d’autres Québécois participeront aux rencontres du Centre national de prévention du VIH de Bayamo avec des groupes de lesbiennes, de gais, de trans, de personnes vivant avec le VIH, etc. « Ces gens échangent sur leurs conditions et décident des actions à prendre pour faire connaître leur réalité et sortir de la marginalisation. Nos Québécois vont tenter de faciliter la communication avec le reste de la communauté. » Mais ne seront-ils pas perçus comme des étrangers qui viennent dire aux locaux comment vivre et quoi penser? « Dans plusieurs pays, ce serait effectivement perçu ainsi, puisque l’homosexualité est souvent décrite comme une maladie de Blanc ou une dépravation de l’Occident. Mais pas à Cuba. Leur histoire est différente. L’homosexualité fait partie de la société et personne n’est responsable de ça. C’est pour ça qu’on peut mener un projet comme le nôtre. Nos Québécois attirent l’attention sur ces sujets. En 2015, ils avaient mis le travail du Centre sous les projecteurs et présenté ses projets devant des élus et plusieurs représentants d’organisations. »
 
Une partie de la frange politique québécoise a également été témoin des démarches entre les organismes. En février dernier, la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine Saint-Pierre, a visité le Centre à Bayamo. « À chacun de mes passages à Cuba depuis novembre 2015, je vois se concrétiser de nouveaux partenariats fructueux entre nos deux sociétés. En plus de permettre aux créateurs québécois l’occasion de faire connaître leur talent ou encore d’offrir des projets porteurs à nos chercheurs, les collaborations avec Cuba contribuent concrètement à l’avancement d’enjeux importants pour le Québec, que ce soit en matière de respect des droits des personnes LGBT ou de rayonnement de l’excellence scientifique québécoise », a souligné la ministre par voie de communiqué. Des paroles et une visite que Sylvain Pinet trouve flatteuses. « La mi-nistre a aussi fait une sortie dans les médias, quelques semaines plus tôt, en affirmant que le projet était une très belle contribution du Québec à l’étranger et que nous devions faire la promotion des droits lgbtq un peu partout, quand ça s’y prête. C’est une belle preuve de solidarité internationale. »
 
Par ailleurs, deux jeunes Cubains se rendront à Trois-Rivières pour mieux comprendre le travail réalisé au Québec afin de promouvoir les minorités sexuelles et prévenir le VIH. Leur séjour aura probablement lieu en août prochain, pendant Fierté Canada.