Santé et prévention

La PrEP : pour qui et comment l’obtenir à Québec

Éric Whittom
Commentaires
La PrEP

Lors des activités d’information et de dépistage du MIELS-Québec, ses intervenants répondent, de plus en plus, à des questions au sujet de la prophylaxie pré-exposition par la voie orale, connue sous l’acronyme PrEP. Ce dernier est aussi mentionné sur la page de certains profils d’utilisateurs d’applications de rencontres. 

«?Elle est plus prescrite à Montréal qu’à Québec, a indiqué en entrevue à Fugues François-Xavier Schmitz-Lacroix, intervenant à MIELS-Québec. Les gens de Montréal, qui viennent pour un séjour à Québec et qui fréquentent les bars et les saunas gais, se font poser des questions par des gars de Québec sur la PrEP. Ses effets secondaires les préoccupent, étant donné que c’est un médicament qui peut être prescrit aux gens qui sont séropositifs. Ils ont aussi des craintes que des gens abandonnent complètement le port du condom dans tous les contextes de relations sexuelles, comme c’est le cas parfois à Montréal, ce qui les met plus à risque de contracter d’autres infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).?»  
 
À propos de la PrEP
«?La PrEP, c’est un traitement que l’on prend en prévention pour éviter de contracter le VIH, a expliqué à Fugues Nathanaëlle Thériault, médecin-conseil à la Direction de santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Ce moyen de prévention s’adresse à certaines clientèles spécifiques (hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes – acronyme HARSAH, travailleurs et travailleuses du sexe, personnes qui font usage de drogues par injection et qui sont susceptibles de partager des seringues, etc.) qui ont des comportements qui les mettent plus à risque de contracter le VIH (relations anales non protégées, fisting sans changement de gant, partage de jouets sexuels sans changer le condom, etc.), ou qui sont en couple avec une personne qui est infectée (couple sérodiscordant dont le partenaire séropositif présente une charge virale détectable).?» 
 
Dr Thériault a précisé que le seul médicament sur ordonnance qui est actuellement approuvé au Canada pour la PrEP est le Truvada, une combinaison de deux antirétroviraux. «?C’est un médicament qui est efficace (autour de 90 % selon certaines études telles iPrEx) et relativement bien toléré (maux de tête, étourdissements, nausée, vomissements, diarrhée et maux de ventre). Le plus souvent, il se prend à raison d’un comprimé une fois par jour, en prise continue, sur une longue période pour vraiment être protégé. Dans certains cas, il peut être pris sur demande, de façon ponctuelle, durant quelques jours, en prévision d’un événement où une personne prévoit avoir des relations sexuelles plus à risque. Habituellement, on prend deux comprimés, de 2 à 24 heures avant d’avoir les relations sexuelles, puis 1 comprimé par 24 heures et jusqu’à 24 heures après les relations sexuelles. Avant d’amorcer la PrEP, le médecin doit s’assurer que la personne n’est pas infectée par le VIH sans le savoir afin de ne pas commencer un traitement avec une dose de prévention alors que d’autres antirétroviraux sont requis dans le cas d’une infection au VIH.?» 
 
La docteure Nathanaëlle Thériault souligne que l’Orga-nisation mondiale de la Santé (OMS) recommande la PrEP comme stratégie de prévention additionnelle aux autres stratégies de prévention. «?Nous souhaitons que la PrEP soit utilisée en complémentarité avec du counseling pour réduire les pratiques sexuelles à risque, du dépistage régulier d’ITSS et le port du condom de façon concomitante pour se protéger contre les autres ITSS qui sont en hausse (gonorrhée, syphilis, lymphogranulomatose vénérienne qui touche particulièrement les HARSAH), car la PrEP n’offre une protection que contre le VIH. Il est aussi important d’avoir une très bonne observance dans la prise des comprimés et des suivis médicaux réguliers (dépistage du VIH et autres ITSS).?»
 
Enfin, la médecin a mentionné qu’une discussion est nécessaire entre la personne qui souhaite prendre la PrEP et son médecin. «?C’est une décision qui va se prendre par la personne après en avoir discuté avec son médecin. C’est du cas par cas. Le médecin doit regarder avec la personne les avantages et les inconvénients d’utiliser la PrEP. Par exemple, une personne pourrait décider que la PrEP ne lui convient pas, étant donné les suivis réguliers nécessaires et une prise journalière de médicament.?»
 
Accompagnement du MIELS-Québec
Bien que la PrEP soit de plus en plus demandée à Québec, François-Xavier Schmitz-Lacroix de MIELS-Québec a souligné que les gens éprouvent de la difficulté à l’obtenir. «?Beaucoup d’hommes m’ont rapporté en avoir parlé avec leur médecin. Mais, certains médecins ne connaissent pas encore ce moyen de prévention et ils sont donc peut-être moins à l’aise à leur pres-crire.?»
 
Pour les personnes qui souhaitent obtenir la PrEP, MIELS-Québec offre un service pour les accompagner dans leurs démarches. «?S’ils n’ont pas abordé le sujet avec leur médecin, nous leur expliquons en quoi consiste la PrEP et comment en parler avec leur médecin. Nous pouvons aussi leur fournir des études qui attestent de son efficacité.?»
 
Dans le cas où des personnes ne pourraient pas obtenir la PrEP de leur médecin, MIELS-Québec peut les orienter vers un autre médecin qui peut leur prescrire. «?Toutefois, ils doivent au préalable nous rencontrer pour que nous leur expliquions la PrEP, le pour et le contre de ce moyen de prévention, en fonction de leur profil de risques et selon leurs pratiques sexuelles. Une fois bien informée, la personne pourra être dirigée à un médecin avec qui nous collaborons régulièrement. Au final, c’est ce dernier qui décidera de prescrire ou non la PrEP. C’est un processus assez exigeant, puisque la PrEP implique des suivis médicaux fréquents en plus des coûts qui sont associés pour son achat en pharmacie.?» 
 
Il est aussi possible d’obtenir la PrEP en consultant un médecin du Service intégré de dépistage et de prévention (SIDEP) des ITSS. 
 
Ce médicament est inscrit sur la Liste des médicaments du régime général d’assurance médicament, donc remboursable en partie (franchise) par les assureurs (public et privés). Plus de détails sur les coûts peuvent être obtenus auprès d’un pharmacien.
 
• MIELS-Québec  625, avenue Chouinard, (418) 649-1720
• SIDEP  CLSC Haute-Ville, 55, chemin Sainte-Foy, (418) 641-2572