Entrevue avec Kiaz Trepte

C’est comment être gai(e)...en Écosse?

Samuel Larochelle
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Kiaz

L’Écosse est souvent comparée au Québec, spécialement en raison de son mouvement indépendantiste, mais aussi en fonction de l’attitude de sa population et de son ouverture d’esprit. Les Écossais vivent quand même dans le territoire ayant obtenu la meilleure note (92 %) selon le Rainbow Europe Index, un classement réalisé par l’association de défense des droits de l’Homme. La statistique fait écho au témoignage particulièrement positif de Kiaz Trepte, une lesbienne vivant à Édimbourg depuis 18 ans.  

Selon elle, ses compatriotes sont particulièrement inclusifs. « Les Écossais accueillent la diversité et ils ont une longue histoire avec différents groupes qui s’installent sur leur territoire sans trop de frictions. Aussi, à travers les siècles, ils ont énormément voyagé pour créer des communautés dans différentes parties du monde, comme la Nouvelle-Écosse au Canada. Il y a chez nous une forme d’identification à ce qui ne corres-pond pas à la norme. C’est dans nos gèenes de débattre, d’apprendre et de nous adapter pour les bénéfices de tous », explique Kiaz. 
 
Cette ouverture n’est pas seulement une impression, mais également une réalité légale, alors que l’Écosse est souvent décrite comme la nation la plus « lgbtq friendly » d’Europe. Si l’union civile entre personnes de même sexe a été légalisée il y a 12 ans, le mariage gai a suivi en 2014. Et l’évolution se poursuit. « Notre première ministre Nicola Sturgeon soutient activement les droits lgbtq et s’exprime souvent, avec grande éloquence, pour la cause. En juin dernier, je l’ai vue donner un discours un vendredi soir au St Andrews Square, au monument commémoratif pour les victimes de la tuerie à Orlando. Je ne crois pas qu’il y a plusieurs leaders comme elle qui consacreraient leur vendredi soir à ça. Je suis fière que l’Écosse fasse la promotion des droits lgbtq depuis si longtemps et qu’elle continue de le faire! Quand j’étais ado, je n’aurais jamais imaginé pouvoir me marier un jour! »
 
Il faut dire que Kiaz n’a pas que des expériences positives en lien avec son homosexualité. « Quand j’avais environ 16 ans, ma sœur a lu mon journal intime et elle a dit à mon père que j’avais eu des amoureuses au cours des dernières années. Il est devenu fou furieux! Et comme je n’avais pas une bonne relation avec ma famille, j’ai passé les 20 années suivantes sans leur parler! » Aujourd’hui âgée de 53 ans, elle fait encore face à une certaine adversité. « Je crois que les gens ne réalisent pas que je dois faire un coming out environ trois fois par semaine! À chaque nouvel emploi ou nouvelle amitié, lors d’un rendez-vous chez le coiffeur ou d’une réservation à l’hôtel. » Elle se fait d’ailleurs un devoir de ne pas se cacher. «Ma femme et moi nous embrassons pour nous saluer ou nous dire aurevoir tous les matins et tous les soirs à l’arrêt d’autobus. Et je lui tiens pratiquement toujours la main en public. Bien sûr, nous avons déjà entendu des commentaires déplacés à notre endroit, mais ces incidents avec des idiots isolés peuvent se produire partout, pas seulement à Édimbourg, qui est une ville adorable avec une population éduquée. »
 
Même si elle tient la main de son amoureuse avec un mélange d’affection et de revendication, Kiaz modifie parfois son comportement lorsqu’elle sort des grandes villes écossaises. « Je me sens plus confortable dans les métropoles et je dois admettre que lors d’un voyage dans les Highlands avec ma femme et deux amis gais, nous avons mixé les couples au moment de réserver les chambres dans une auberge. La propriétaire avait environ 90 ans et elle était habillée en tweed! On voulait simplement lui éviter la gêne et un interrogatoire. Mais je ne crois pas qu’elle aurait si mal réagi. En Écosse, il y a des tas de villes et de secteurs plus ruraux qui accueillent les personnes lgbtq à bras ouverts. »
 
Si vous désirez découvrir le pays tout en profitant de la Pride, sachez que l’événement alterne entre Édimbourg et Glasgow chaque année. La prochaine édition aura lieu les 20 et 21 août prochains à Glasgow. « L’été dernier, nous avons marché sur l’artère principale d’Édimbourg, la Royal Mile, et de nombreux commerces locaux affichaient des drapeaux aux couleurs de la communauté lgbtq pour nous soutenir. La marche a culminé dans un espace où l’on pouvait écouter des discours et de la musique, prendre un verre et faire la fête. Les hétéros et les lgbtq se mélangeaient et l’atmosphère était géniale! »