Cinéma / Télé

Acteurs transgenres, les grands absents des écrans

L'agence AFP
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« Orange is the new black », « Transparent » et plus récemment « Louis(e) » : les personnages transgenres sont de plus en plus présents à l'écran. Mais si l'identité sexuelle est un sujet en vogue, les rôles vont à des acteurs non transgenres, à quelques exceptions près.

Une situation qui fait grincer des dents dans le milieu LGBT, alors que se tient vendredi la journée mondiale de la visibilité transgenre.

« Qui de mieux qu'un acteur trans pour interpréter le rôle d'un personnage trans ? Et ainsi offrir à cette minorité stigmatisée les moyens de s'approprier ses représentations ? », s'interrogeait le magazine TÊTU avant la diffusion en France de « Louis(e) » début mars.

Avec 5 millions de téléspectateurs, une suite est en préparation. Pour incarner Louise, une femme transgenre qui tente de renouer avec ses enfants, la première chaîne d'Europe a choisi l'actrice Claire Nebout.

Avant cela, la directrice de distribution a cherché des actrices transgenres pour le rôle, y compris des non professionnelles, mais n'a pas trouvé « la perle rare », confiait-elle dans la presse.

Malgré une pluie de récompenses, dont un Golden Globe en 2015 pour son acteur principal, la série d'Amazon, « Transparent », est dans la même configuration: c'est un acteur cisgenre (par opposition à transgenre, ndlr), Jeffrey Tambor, qui tient le rôle de Maura, un père de famille qui fait son coming-out transgenre à la retraite.

Idem pour Hilary Swank dans « Boys don't cry » et Jared Leto dans « Dallas Buyers Club » (2014), un Oscar chacun. Pour « The Danish girl » (2015) avec Eddie Redmayne, le réalisateur Tom Hooper s'était justifié: il ne confiait pas le rôle à un acteur transgenre car « pendant les deux tiers du film, Lili apparaît comme un homme ».

Ces choix n'ont « rien de surprenant », pour Larry Gross, professeur à l'université californienne USC, car « la population transgenre est très réduite, même dans un contexte de visibilité accrue ». Il n'y a tout simplement « pas beaucoup d'acteurs transgenres », souligne-t-il.

« Et lorsque ces dernier(e)s apparaissent, ils sont cantonnés à ce rôle trans, ou bien sont vite évincés », renchérit le sociologue Arnaud Alessandrin, spécialiste des questions liées à l'identité sexuelle.

L'exception Laverne Cox

Quand ils ne s'attardent pas sur la marginalité du personnage, les films aiment à évoquer sa période de transition, la plupart du temps du masculin au féminin, offrant des rôles remarqués à des acteurs, comme ce fut le cas pour Melvil Poupaud dans « Laurence Anyways » de Xavier Dolan.

« Comme le coming out homosexuel, le changement de genre est une expérience capitale pour les personnes concernées et leurs proches. Cela reste un moment dramatique », poursuit Larry Gross, ainsi qu'un sujet en or pour les scénaristes en quête de sujets forts.

Mais les lignes commencent à bouger et pas seulement avec Laverne Cox (photo), alias Sophia Burset, la coiffeuse transgenre de la série Netflix, « Orange is the new black », qui a fait la couverture de Time Magazine en 2014.

« Les personnes trans dans la fiction commencent à être interrogés pour autre chose que leurs transidentités », confirme Arnaud Alessandrin.

Au dernier festival de Berlin, l'actrice transgenre Daniela Vega a ainsi fait sensation dans « Una mujer fantastica », prix du meilleur scénario. Elle y incarne Marina, une jeune femme amoureuse d'un homme plus âgé qui décède brutalement. La famille du défunt va la rejeter car elle est transgenre.

Pour le réalisateur Sebastian Lelio qui a voulu filmer une histoire d'amour et de deuil, il aurait été « une aberration esthétique » d'avoir recours à une actrice cisgenre, « comme lorsqu'on ne pouvait filmer de noirs au cinéma et que les acteurs blancs se noircissaient le visage ».

Saluant cette évolution, le quotidien allemand Taggespiegel a souhaité à l'actrice Daniela Vega de se voir un jour proposer « une comédie ou une histoire d'amour, sans tragédie, ce qui serait un grand cadeau pour le cinéma queer ».

Aux États-Unis, l'actrice Ivory Aquino, de la minisérie « When we rise » coproduite par Gus Van Sant vient de révéler qu'elle était transgenre comme le personnage qu'elle incarne à l'écran. Elle avait jusqu'ici caché son identité trans et jouait des personnages féminins (cisgenres).