Solidairement vôtre!

Proud to be moi-même

Marie-Pier Boisvert
Commentaires
Marie-Pier Boisvert,

Ce mois-ci, au Conseil québécois LGBT, on lance (enfin!) notre campagne d’affiches, intitulées cette année «Moi-même, avec fierté! / Proud to be me!». Traditionnellement, nos affiches offrent une vision positive du vécu LGBT à travers une thématique précise — la famille, le travail, la diversité — et cette année, nous nous sommes concentrés sur le milieu-cible de notre campagne: les jeunes.

 
Parce que oui, cette campagne est majoritairement distribuée dans les réseaux de l’éducation (écoles primaires, secondaires et CÉGEPs), et pour cette raison, ça nous a paru logique d’aller consulter les principales et principaux intéressé.e.s. On a mis sur pied un comité de jeunes cégépien.ne.s avec qui on a brainstormé; illes nous ont parlé de ce qu’illes auraient voulu voir dans leurs écoles quand illles étaient au secondaire. 
 
Il est ressorti de ce brainstorm un constat qui ne devrait pas nous étonner: la peur d’être visible — de s’affirmer, d’être soi-même — est souvent motivée par l’idée qu’on est la seule personne au monde à avoir certaines pensées ou sentiments. Bref, les jeunes de notre brainstorm ont dit manquer de modèles autour d’eux, mais pas n’importe quels modèles: des modèles de leur âge!
 
C’est ce qui nous a motivé à construire une campagne mettant en vedette huit jeunes de huit régions du Québec, âgés de 13 à 18 ans et s’identifiant à une ou plusieurs des «étiquettes» de la diversité sexuelle et de genre. Je ne vous cacherai pas que ça n’a pas été chose facile — plusieurs des contacts que j’avais dans diverses régions (dont Montréal!) m’ont répondu que les jeunes LGBTQ+ dans leur entourage n’étaient pas prêt.e.s à s’exposer de cette manière. Et c’est normal, quand on songe à l’immense fléau qu’est l’intimidation dans nos écoles, et donc aux risques auxquels illes et elles s’exposent. Ça reste un constat assez déprimant à faire.
 
Nous avons également eu de la difficulté à trouver des jeunes LGBTQ+ d’une variété d’origines culturelles pour les posters — c’est également explicable par l’immense poids que cumulent le racisme, l’homophobie et la transphobie lorsqu’ils sont mis sur la même balance, par le fait que les jeunes LGBTQ+ racisé.e.s font face à des pressions différentes, et par leur absence notable des milieux communautaires mainstream: une problématique qu’on ne peut pas mettre sur leurs épaules uniquement… Cela dit, dans certaines régions, il n’y a même pas de milieu communautaire, que ce soit parce que la force du nombre et/ou le financement n’y sont pas. Alors pour les modèles, on repassera…
 
Ne vous méprenez pas: il y a des jeunes LGBTQ+ partout au Québec. Un contact qui travaille en milieu scolaire sur la Côte-Nord m’a parlé d’elles et d’eux, des jeunes qu’il qualifie de «semi-out» parce qu’il y a des «rumeurs» mais que rien n’est dit explicitement. Il n’y a aucun adulte out dans le milieu non plus, ni dans la communauté élargie, à sa connaissance. Donc je le redis: pour les modèles, on repassera…
 
Mais on a aussi eu des belles surprises - quand on a lancé l’appel, le mot s’est passé bien au-delà de nos espérances. Et ça a fait en sorte qu’on a pu avoir nos 8 régions, avec des jeunes magni-fiques, authentiques et courageux.ses. Notre brainstorm a porté fruit parce qu’on a cru que c’était possible que les jeunes se saisissent de cette opportunité, et on n’a pas été déçu.e.s.
 
Ah, une dernière chose: les jeunes ont choisi eux-mêmes et elles-mêmes les mots, les étiquettes pour se nommer. Quant à savoir si les adultes les comprendront, c’est une autre histoire...
 
 
logo LGBTPour voir toutes les affiches, ou  les télécharger, rendez-vous sur le site web du Conseil:
Marie-Pier Boisvert, directrice générale du CONSEIL QUÉBÉCOIS LGBT  


 

  Envoyer cet article

Marie-Pier Boisvert,

Solidairement vôtre!

Proud to be moi-même

  Parce que oui, cette campagne est majoritairement distribuée dans les réseaux de l’éducation (é (...)

Publié le 18 avril 2017

par Marie-Pier Boisvert