Rencontre avec CLaude Cormier et Yannick Roberge

Quand les Boules se transforment en 18 teintes !

André-Constantin Passiour
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LGBT

Du début mai jusqu’à la fin de septembre, on déambulera de nouveau sur Sainte-Catherine Est devenue alors rue piétonnière pour la 10e édition d’Aires Libres, sous la houlette de la Société de développement commercial du Village (SDC). Depuis six ans, l’artère est agrémentée de la «canopée» des «Boules Roses» de l’architecte paysagiste de réputation internationale, Claude Cormier. Nouveauté pour la saison estivale 2017 : ces boules ne sont plus roses! Elles se déclineront en 18 nuances inspirées de la bannière arc-en-ciel! Cela tombe bien puisque l’on célèbre à Montréal la toute première édition de Fierté Canada organisée par Fierté Montréal. Mais est-ce que cela avait été planifié ainsi ou est-ce un coup du hasard? C’est là qu’entre en scène le génie de l’équipe de Claude Cormier, embauchée par la SDC du Village…

Comme nous vous le disions dans le numéro précédent, les passants marcheront, sur un km, sous une série de 180 000 boules, entre les rues Saint-Hubert et Cartier. Oui, vous avez bien lu, 180000 ! À titre de comparaison, il y en avait 145 000 l’année dernière. Mais, à chaque extrémité, ce sera le rose qui attendra les visiteurs, rappelant quand même un peu la marque de commerce, la signature devenue célèbre de par le monde que sont les «Boules Roses».
 
«Cela fait deux ans maintenant que l’on essaie de faire évoluer la marque [les Boules Roses], explique Claude Cormier. Nous aussi nous devons évoluer et changer de costume un peu… Nous voulions partir du principe des couleurs de ‘’Prismacolor’’, mais il faut l’avouer, du brun dans le ciel, ce n’est pas très joli! Par contre, le pastel est beaucoup plus beau ! Il y a aussi le fait que la culture gaie évolue aussi, les LGBT sont maintenant plus en nuances, on ne cesse d’y ajouter des lettres, d’où les diverses teintes des nouvelles boules... Ce concept de 18 Shades of Gay vient répondre un peu à cette évolution aussi d’une certaine manière...»
 
Chaque ton est ainsi représenté par 10 000 boules, d’où le chiffre des 180 000. «C’est comme une ‘’Promenade de couleurs’’, ce n’est pas tout à fait le drapeau arc-en-ciel «classique», mais ça l’est aussi un peu», d’ajouter Yannick Roberge, architecte paysagiste, et  bras droit de Claude Cormier sur ce projet comme sur bien d’autres encore…
 
boules 2017«Au-delà des choses, on a une petite intuition. On réfléchit, on pense à cette œuvre, à ce qu’on pourrait y ajouter de nouveau, à comment l’embellir, etc. Tranquillement, l’intuition se transforme, c’est dans l’air du temps et, puis, elle aboutit et elle tombe pile, cette année, avec les activités de Fierté Canada de cet été», poursuit Claude Cormier. «En fin de compte, depuis 2013  qu’on pense à l’idée de la ‘’Promenade de couleurs’’ donc, elle a cheminé lentement suite aussi aux discussions que nous avons eues avec notre client, la SDC du Village. Et c’est un processus qui voit finalement le jour cette année...», renchérit Yannick Roberge.
 
Cette «Promenade de couleurs», comme on vous l’annonçait également dans le numéro d’avril dernier, sera agrémentée de 150 saules pleureurs de 12 à 15 pieds de hauteur et ce, répartis sur toute la longueur du parcours piétonnisé. «On voulait redonner un sens de l’esthétique au quartier. […] Cela apporte une dimension, qui n’existait pas auparavant, par le nombre de ces arbres et par leur hauteur, du fait aussi qu’ils bougent aisément au vent et que, au gré du vent justement, ils semblent changer de reinte de vert», souligne M. Cormier qui est aussi agronome. Chaque saule pleureur sera planté dans un bac noir d’un mètre de hauteur, lui conférant encore plus d’élégance et de grandeur. «Nous voulions créer des ambiances particulières sur la chaussée avec autant d’arbres qui ne sont pas des fleurs ou des plantes comme par les années passées et […] cela donne aussi un petit côté européen à la rue…», indique M. Roberge. 
 
Une ruche d’abeilles
Mais il ne faut pas croire que Claude Cormier + Associés – qui s’est mérité plus de 30 prix en design et en architecture  – ne travaille que sur ce projet. «Bien que nous ne soyons qu’une douzaine ici au bureau, nous travaillons sur au moins une quinzaine de projets en ce moment, dont plusieurs aux États-Unis, entre autres», souligne Claude Cormier qui possède un diplôme de la très renommée Université Harvard.
 
De la «Promenade de couleurs» à la «Promenade pour la paix», il n’y a que quelques pas à franchir. Ainsi, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), on installera plus de 200 drapeaux du monde entier sur la rue Sherbrooke, sur une distance de 900 m. «On veut célébrer ici l’Expo 67 qui a 50 ans en même temps que Montréal qui fête son 375e. Donc, c’est très coloré et vibrant», affirme M. Cormier. «C’est aussi un accrochage comme les Boules, sauf qu’ici on installe des poteaux et des câbles en parallèle à la rue. Curieusement, ce projet a été plus simple d’approbation par les autorités, probablement que l’expérience des Boules Roses a joué en notre faveur ici», dit Yannick Roberge. On procède aussi, dans le même esprit, à une refonte de l’installation sur la rue du Musée. Les projets TOM I, II et III cèdent leur place à une mosaïque de fleurs psychédéliques, la «Flower Power» pour symboliser les années 1960, de véritables rosaces aux coloris chatoyants couchés sur la rue du Musée à l’est de l’édifice original du MBAM. «On revisite ici le ‘’flower power’’ des années 1960 avec de belles couleurs, de grandes fleurs, on ne pourra pas les manquer, cela aura tout un effet spectaculaire», croit Claude Cormier.
 
Sans trop en dire, Claude Cormier et son comparse Yannick Roberge ainsi que toute leur équipe planchent en ce moment sur un nouveau projet de développement urbain de 3 tours d’habitation prestigieuses qui s’étendra sur 4,5 acres au centre-ville de Chicago, à proximité de la rivière du même nom et du lac Michigan. «C’est un projet, qui durera environ 5 ans, très intéressant et passionnant, on sculptera des éléments dans les tours, on fera tout l’aménagement paysager du site, c’est très, très excitant. On a hâte de pouvoir l’annoncer officiellement. Mais pour l’instant, on ne peut pas trop en révéler. En plus, nous travaillons sur le Parc Berczy au centre-ville de Toronto avec sa fontaine hyper ludique qui sera inaugurée à la mi-mai, sans oublier notre participation au Monument de l’Holocauste à Ottawa, en collaboration avec le Studio Daniel Libeskind de New York», commente le bouillonnant et très en demande Claude Cormier…  
 
 
18 teintes