David Martin et Michelle Blanc

Accusée de transphobie, Via Capitale tend la main

Samuel Larochelle
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David morin
Michelle Blanc
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Après avoir vu la publicité de Via Capitale évoquant le changement de sexe d’un papa, qui fait éclater une famille et provoque un déménagement, Michelle Blanc a accusé l’agence immobilière de transphobie. Réagissant rapidement à la tempête médiatique, le président de l’entreprise David Martin a retiré la publicité des ondes, en plus d’offrir ses excuses, un don à l’Aide aux trans du Québec et, après l’avoir rencontrée, a engagé Mme Blanc pour ses services professionnels.

Questionné sur le concept qui a fait jaser, le PDG rappelle qu’il s’agissait d’une campagne de plusieurs publicités similaires. «Avec humour, on disait aux consommateurs que peu importe les obstacles de vie qu’ils vivaient, il y aurait toujours un courtier de Via Capitale pour vendre leur propriété, sans jugement.» Visiblement, Michelle Blanc n’a pas perçu le non-jugement du concept. «Je me suis mise dans la peau d’une personne obligée de vendre sa maison à cause d’un drame, avec toute la culpabilité que ça peut provoquer, et ça a fait rejaillir des souvenirs tristes. Je comprends l’idée d’inclusion, mais si tu veux inclure les trans, mets des trans dans ta pub. Et si tu veux faire une blague, commence par une transposition positive. Le contexte fait toute la différence.»
 
Instinctivement, elle a senti le besoin de défendre ses idées sur les médias sociaux, en traitant l’entreprise de « charognards de l’immobilier » dans un billet et en l’accusant de transphobie sur Twitter. « Sur mon lit de mort, ce n’est pas le cash que j’aurai fait ou mes succès professionnels qui vont me revenir en tête, mais le fait que je me suis tenue debout pour les droits des trans et que j’ai contribué à changer des vies. J’ai la responsabilité de parler pour ceux qui n’ont pas de voix. » La tempête médiatique qui a suivi cette prise de position a vraisemblablement ébranlé M. Martin. « Notre intention était toute autre, dit-il. Mais quand j’ai appelé Michelle, elle m’a expliqué l’inconfort et la colère que ça générait chez elle. Elle aurait pu me raccrocher au nez, mais elle a eu la générosité de m’expliquer. »
 
Rares sont les gens d’affaires qui en auraient fait autant, mais le geste était naturel pour David Martin. «J’étais la seule personne qui pouvait appeler Michelle, s’expliquer et s’excuser. Je devais faire face aux événements, sans me cacher derrière une relationniste. J’étais dans une chambre d’hôtel à New York et j’ai commencé ma journée en l’appelant.» À l’autre bout du fil, Michelle Blanc a été surprise de recevoir son appel et des excuses. «La gestion de crise, je fais ça pour des multinationales depuis des années et je dis toujours à mes clients que la première étape en pleine crise, c’est de ne rien faire, de respirer, de relaxer et de se dégager émotivement des enjeux, avant de penser à ses actions. Et si les excuses sont nécessaires, excusez-vous. Quand M. Martin s’est excusé, j’ai senti sa sincérité. Il me disait qu’il avait compris, sans se justifier. Je le salue pour son empathie et sa vitesse de réaction.» 
 
Lors de la discussion, le PDG a également mentionné qu’il avait fait retirer la fameuse publicité. «Quand tu prends conscience de quelque chose, tu ne peux pas faire semblant que tu ne le sais pas, affirme-t-il. J’ai tout de suite choisi de retirer la pub. Des gens m’ont écrit pour me dire que je n’aurais pas dû et que je donnais trop de pouvoir à une minorité. Mais la publicité sert à promouvoir une marque, pas à blesser. Pour moi, ce n’était pas concevable de continuer.» Via Capitale a également versé un don de 3000 $ à l’Aide aux trans du Québec. «Un geste devait être posé, dit David Martin. En parlant avec Michelle, j’ai compris que les trans n’ont pas énormément d’aide financière du gouvernement, malgré bien des besoins.» 
 
Mais ce n’est pas tout, puisque la discussion téléphonique a été suivie d’un diner. «On s’était promis de se rencontrer pour qu’elle soit vraiment convaincue que ce que j’ai dit était senti. Finalement, on a eu une belle rencontre humaine, comme on en fait peu dans une vie. On partage plusieurs valeurs personnelles et professionnelles. J’ai réalisé que Michelle pouvait apporter plusieurs idées à l’entreprise en termes de positionnement. Elle est hyper compétente, mais pas complaisante. Elle ne me dit pas nécessairement ce que je veux entendre, mais ce qu’on doit améliorer. Je l’ai donc engagée comme consultante et je fonde beaucoup d’espoir sur ce partenariat.»
 
Des accusations de transphobie qui se transforment en excuses et en collaboration, c’est ce qu’on appelle un revirement de situation. «Quand on s’est vu, David s’était déjà excusé et Via Capitale avait fait un don depuis déjà deux semaines, rappelle Michelle Blanc. On ne parlait déjà plus du problème dans les médias. Ce n’était pas nécessaire de se rendre au partenariat. Moi, je suis une consultante qui ne fonctionne pas avec tout le monde. Ça prend des gens prêts à savoir c’est quoi leurs problèmes et leurs solutions. Beaucoup ne veulent pas les entendre. Mais M. Martin avait cette ouverture et un désir de s’améliorer.»
 
Néanmoins, certains cyniques verront cette collaboration comme un coup de relations publiques pour redorer l’image de l’entreprise. «Michelle a pris la peine de prendre parole contre Via Capitale, au point où je me suis senti obligé de m’excuser, souligne David Martin. On a fait une erreur, il fallait l’assumer. Mais quand on s’est rencontré, on a parlé de travail. Je lui ai proposé d’être consultante et elle a accepté. Elle n’était pas obligée. Ça démontre qu’on peut se tenir debout sans perdre au change.»