La campagne 2017 de la Fondation Émergence

Accepter, respecter et aimer, peu importe le genre

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Émergence

Dans le cadre de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, la Fondation a lancé «Peu importe le genre» pour d'une part soulever les enjeux qui touchent les personnes trans et pour sensibiliser le grand public, le 28 mars dernier au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).  

Une campagne qui se décline en trois volets : Tout d'abord du matériel promotionel, des affiches et des dépliants qui rappellent que l'on doit accepter, respecter et aimer peu importe le genre, et un guide d'information destiné aux employeurs : Intégrer les personnes trans en milieu de travail. Ce guide a été réalisé en partenariat avec l'Aide aux trans du Québec (ATQ). D’une vingtaine de pages, ce guide contient un certain nombre de conseils et d’informations sur les situations que les personnes trans peuvent rencontrer et comment les collègues, les supérieurs, les ressources humaines d’une entreprise peuvent facilement s’adapter et faciliter l’intégration d’une personne en transition ou encore l’embauche d’une personne trans. Le guide est accompagné de trois capsules vidéo où des personnes trans, leurs collègues, et des patrons, témoignent sur une intégration réussie.
 
 Marie-Isabelle , Pratt & Whitney CanadaLa campagne d’affiches qui se retrouvera sur une vingtaine d’autobus de la Société des transports de Montréal (STM) joue sur l’ambigüité, des visages dont on se demande effectivement le genre. Bien évidemment, le message souligne que peu importe le genre ces personnes peuvent être res-pectées, acceptées, aimées.
 
«Nous avons travaillé avec l’agence LG2 pour les affiches, explique Laurent Breault, directeur des programmes de la Fondation Émergence. Pour les capsules vidéo, ça nous a pris plus d’un an pour trouver les personnes trans qui acceptent de témoigner, mais aussi pour trouver des entreprises qui acceptent de participer et de témoigner. Nous avons voulu promouvoir des expériences positives, pour montrer que c’est possible.»
 
On y retrouve Emma de la Galerie dentaire, Samuel de la Fondation Émergence CIUSSS et Marie-Isabelle de Pratt & Whitney Canada mais aussi leurs plus proches collègues. La pertinence des propos devraient faire la différence pour toutes les entreprises petites et grandes. Comme dans le cas de Marie Isabelle qui travaille dans une grande entreprise où tout le monde s’est mobilisé. Julie Usereau, directrice des ressources humaines chez Pratt & Whithney considère qu’il ne faut pas hésiter à rechercher de l’information pour que l’intégration se fasse le mieux possible. «L’analogie qui me vient, c’est que nous sommes comme un orchestre, il faut que chacun des musiciens se sente bien pour que cela fonctionne, et donc nous devons tout faire pour que ce soit le cas.» 
 
Samuel depuis 18 ans vivait avec ce poids, et l’aide de son entourage professionnel lui a été d’un grand secours. Pour son chef de service au CIUSSS, l’intégration «doit s’inscrire dans la gestion normale avec une certaine flexibilité (...) comme devant toute situation qui se présente à moi et qui doit être traîtée avec équité ».
 
Accueillir une personne trans ou en transition dans une équipe demande au départ un engagement de tous pour faciliter ce changement et accompagner aussi cet employé et ce collègue. Pour Emma, qui travaille comme secrétaire réceptionniste à la Galerie dentaire, c’est son niveau de compétence qui a été examiné lors de son entrevue d’embauche, elle qui a dès le départ annoncé ses couleurs. Lyne Brosseau, coordinatrice et copropriétaire de la Galerie dentaire, n’a pas été déstabilisée, mais elle s’est rendue compte en parlant avec Emma, combien il était difficile pour les personnes trans d’être reconnues et acceptées dans le monde du travail. Et puis, toutes et tous insistent sur ce sentiment d’avoir grandi en étant d’un seul coup concerné.es par cette expérience, et ce, quel que soit le poste qu’ils occupent à l’intérieur de l’entreprise. Ces capsules vidéo sont non seulement éducatives mais touchantes parce qu’elles sont des exemples concrets de changement possible et où l’humanité prime sur toute autre considération, ce premier pas vers l’autre qui change non seulement la vie des personnes trans mais aussi la culture d’entreprise. Peut-être le doit-on aussi à la qualité du travail de LGBT In The City, qui a conçu et réalisé ces capsules.
 
En 2014, la Fondation Émergence ajoutait à la transphobie à son titre de la Journée internationale contre l’homophobie. « Il nous semblait évident que nous devions mener une campagne grand public sur les personnes trans, ajoute Laurent Breault, en droite ligne avec la mission de la fondation qui est la sensibilisation et l’éducation du grand public aux réalités des personnes LGBTQ ».
 
Éducation du grand public mais aussi de nos communautés, comme le soulignait la fondatrice de l’ATQ, Marie-Marcelle Godbout, lors du lancement. « La transphobie, elle venait aussi de la communauté gaie et lesbienne autant que du reste de la population ». Depuis quelques années, les personnes trans sont plus visibles et ont pris leur place dans l’espace public, ce dont se réjouit Laurent Breault même s’il reconnaît qu’il y a encore du travail à faire.  Samuel au CIUSSS« Il y a aujourd’hui un momentum et il faut donc en profiter pour faire avancer la reconnaissance sociale à part entière des personnes trans puisque cela fait partie du contrat social défendu aussi bien au Québec qu’au Canada. Il est donc bon de dédramatiser et de montrer la normalité des personnes trans, c’est l’objectif, comme avec ses autres programmes, de la Fondation Émergence».
 
La Fondation en a profité aussi pour lancer le courtmétrage Tomber dans l’œil : Regards sur la diversité sexuelle. Coproduit avec le Musée des beaux-arts de Montréal et réalisé par Anna Lupien, ce court-métrage met en scène des œuvres de la collection du MBAM à travers des récits imaginés par le dramaturge Sébasien Harrisson entrecoupés de témoignages de jeunes de la communauté LGBTQ, et qui permettent de défier les stéréotypes et d’interroger le regard que nous posons sur les autres.. Pour Claude Leblond, président de la Fondation Émergence. «Voilà un outil passionnant et pertinent pour tout le monde, mais particulièrement pour le milieu scolaire. Ce court-métrage facilitera l’entrée en matière de toute discussion sur les notions de préjugé, de diversité sexuelle, de l’acceptation des différences, etc.»  Le court-métrage est disponible en visionnement sur le site de la Fondation.
 
Comme pour chaque compagne de la Fondation, tout le matériel aussi bien les affiches que le guide d’information Intégrer les personnes trans en milieu de travail ainsi que les capsules vidéo sont disponibles sur le site de l’organisme. De plus, 20 panobus promotionnels circuleront pendant le mois de mai à Montréal. 
 
 
 

Expression de genre

L’IDENTITÉ DE GENRE
C’est la manière dont on se sent intérieurement : homme, femme, quelque part entre les deux ou ni l’un ni l’autre. Cette expérience intime et personnelle est propre à chaque personne. Elle n’est pas déterminée par le sexe biologique de la personne et peut se distinguer du genre attribué à la naissance.

 
L’EXPRESSION DE GENRE
C’est la manière dont la personne exprime son identité face à autrui. Par exemple, cela inclut les comportements que la personne adopte (comme le langage corporel), son apparence physique (coiffure, vêtements, maquillage, etc.), le prénom ou le pronom qu’elle préfère qu’on emploie pour la qualifer et toutes les autres actions entreprises pour exprimer son genre face à autrui.
 
LE SEXE BIOLOGIQUE
C’est ce que la biologie a identifié comme étant mâle ou femelle selon l’apparence des organes génitaux et leur capacité de reproduction. Il est à noter que les critères biochimiques de la structure cérébrale de l’individu ainsi quecertaines particulariteés génétiques plus rares comme les personnes intersexuées sont, selon ce modèle scientifique, complètement ignoreés.
 
L’ORIENTATION SEXUELLE
C’est l’attirance sexuelle, émotionnelle ou affective impliquant généralement la capacité d’entretenir des relations intimes avec des personnes du même genre que nous ou d’un genre différent.
 
LA COMPOSANTE SOCIOCULTURELLE
C’est ce qui est accepté en termes de statut social pour un individu dans une société donnée. Par exemple, les membres de la caste Hijra en Inde sont considéré.e.s comme un troisième sexe. Dans certaines nations autochtones d’Amérique du Nord, des personnes sont dites bispirituelles (Two Spirit ou 2S), car elles sont porteuses d’esprits féminin et masculin. Par contre, une personne non autochtone ne pourrait pas être considérée comme étant bispirituelle puisque ce statut n’existe pas dans sa culture. Il y a donc toujours une composante socioculturelle importante à considérer en matière d’identité. Source : Guide d’information : Intégrer les personnes trans en milieu de travail