Rencontre avec le président de GRIS-Québec

Le bénévolat chevillé au corps et au coeur d'Olivier Pouliot

Denis-Daniel Boullé
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Olivier Pouliot

Lorsque nous nous rencontrons, sa journée de travail finie, Olivier Pouliot est en costume trois pièces. La présentation compte lorsque l'on est courtier immobilier commercial. Il insistera sur commercial pour ne pas que des lecteurs le contactent pour trouver un appartement. S'il paraît jeune (il a 26 ans, mais il en parait quelques années de moins), il suffit de l'écouter deux minutes pour se rendre compte que le jeune homme compte déjà sur une grande expérience de la vie et qu'il a su mettre à profit pour lui-même et pour les autres tout ce qu'il a vécu et appris. Ce qui lui a permis sans doute de devenir aujourd'hui président du GRIS-Québec.

Les pommes ne tombant jamais loin du pommier, c'est d'abord en accompagnant ses grands-parents dans leurs activités de bénévoles qu'il se familiarisera avec l'engagement. «Du plus loin que je me souvienne, je crois que j'avais 5 ans quand mes grands-parents m'ont emmené dans leurs activités sociales. Ils étaient accompagnateurs de personnes lourdement handicapées, ou encore d'aveugles. Cet engagement social, je crois, fait partie de la philosophie de la famille», se souvient Olivier.
 
Il a 15 ans, lorsque sa mère se pose des questions sur orientation sexuelle. Ce n'est pas une révélation, car depuis longtemps au collège, on lui a fait comprendre qu'il ne correspondait pas au modèle traditionnel de gars. «Au secondaire, je n'étais pas sportif, j'étais toujours le dernier choisi pour compléter une équipe pendant des cours de sport, évoque Olivier, je subissais aussi des remarques blessantes, la petite homophobie ordinaire et régulière que peut subir un jeune qui est différent de ses pairs. Mais j'avais aussi des amis avec qui cela se passait bien, surtout des filles». Olivier était pourtant au Petit-Séminaire de Québec, école où la clientèle n’était pas défavorisée, mais ça n’y changeait rien sur les comportements discriminatoires. Son entrée au Cégep de Limoilou changera tout pour le jeune étudiant. «Enfin, je pouvais être moi-même sans que cela ne gêne personne. Une véritable révélation. Je pouvais aussi en parler ouvertement autour de moi sans ressentir de la défiance ou même de l'ironie de la part de mes interlocuteurs. Au contraire». Et lors de cette période, Olivier en profitera non seulement pour poursuivre ses études mais pour découvrir le monde gai, s'amuser. «Je ne suis pas tout de suite arrivé au GRIS Québec. Mes études et mon travail me prenaient beaucoup de temps, et je préférais sortir lors de mes temps libres, en fait comme n'importe quel autre étudiant ou jeune travailleur».
 
Alors qu'il est sur le Conseil d'administration de la Chambre de Commerce gaie du Québec, il découvre GRIS-Québec et s'investit comme bénévole. «J'ai tout de suite aimé ce que faisait le GRIS. J'aurais tellement aimé qu'un groupe comme ça vienne à mon école secondaire quand j'y étais étudiant. Cela m'aurait grandement aidé et peut-être aidé mes pairs, constate Olivier, et je trouve aussi que c'est extrêmement gratifiant. C'est énormément plaisant de voir comment les jeunes sont curieux et ouverts, et comment nous pouvons comme intervenants lever des voiles. Chaque fois, je ressens une très grande satisfaction».
 
Quand une place se libère au Conseil d'administration de GRIS-Québec, on vient le chercher compte tenu de son expérience sur un poste semblable. La suite, on la connaît, Olivier occupera le poste de président. «Je tiens à rappeler que GRIS-Québec, c'est avant tout un travail d'équipe et non d'une seule personne. Et c'est très agréable car on sent que c'est une cause qui tient à coeur tout ceux et toutes celles qui oeuvrent au GRIS, explique Olivier, et je crois que l'on a aimé que j'apporte ma propre vision, teintée de mes expériences précédentes. D'autant plus que GRIS-Québec est toujours prêt à modifier sa façon de faire si cela doit apporter des résultats qui vont dans le sens de sa mission. Bien entendu, il y a eu le premier encan de l'organisme, mais aussi en plus des interventions auprès des jeunes que tout le monde connaît, nous avons construit une boîte à outils pour ce que l'on appelle les Allié.E.s. Par exemple, un intervenant, peu importe le type, qui travaille avec ou auprès des jeunes peut utiliser cette trousse pour parler de la diversité sexuelle et de genres avec les jeunes. Nous avons donc des projets pour améliorer nos services mais aussi la mise en place de campagnes de financement par différents événements comme un encan par exemple, pour continuer à affiner et à améliorer notre mission, toujours dans le cadre de la démystification de l'homosexualité».
 
Olivier travaille aujourd'hui à Montréal et dès qu'il le peut, environ deux à trois frois par mois, il retourne à Québec pour être sur le terrain. «En étant à Montréal, c'est aussi des contacts importants que je peux faire pour mieux faire connaître GRIS-Québec, en fait, même ici, je peux assumer mon rôle de président sans aucun problème, être en contact permanent avec l'équipe à Québec», de conclure Olivier Pouliot.
 
A-t-il encore du temps pour lui entre ses activités professionnelles, son engagement au Gris, et ses heures passées sur l'autoroute entre Montréal et Québec ? Bien sûr. Tout est pour le jeune homme une question d'organisation. «J'en ai besoin pour mon équilibre personnel. Je ne pourrais pas être heureux si je n'avais pas dans ma vie la possibilité de me rendre utile aux autres». Une philosophie de vie que chacun pourra méditer.