Dalida

Mourir sur scène et revivre à l’écran

Yves Lafontaine
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Dalida

Avec ce film biographique très attendu, la réalisatrice Lisa Azuelos réactive le mythe de la chanteuse à la voix de velours qui, trente ans après sa destinée tragique, reste une femme aux mœurs bien en avance sur son époque.

Servi par une belle et convaincante Sveva Alviti, mannequin et actrice ita-lienne, dans le rôle de Dalida, pimenté par la performance de Nicolas Duvauchelle, désopilant dans le rôle du compagnon mythomane Richard Chanfray, le film est aussi agréable à regarder pour les costumes et les accessoires, et à écouter pour les chansons qu’on aime encore autant. 
 
Embrassant toute la vie de Iolanda Cristina Gigliotti, le récit de Dalida imbrique le success story spectaculaire d’une star flamboyante, qui a traversé la tête haute les modes successives du yé-yé, du rock et du disco, avec une série de drames intimes (suicides de plusieurs de ses amants, tentative de suicide ratée de sa part, interruption de grossesse, stérilité, dépression…), tiraillant continuellement le personnage entre la lumière et le gouffre, qui l’a conduite au suicide, une nuit de 1987.
 
DalidaUn plan, au début, montre un papier écrit par Dalida. Enfantine, maladroi-te, l’écriture trahit un manque d’instruction, stigmate d’une enfance difficile. Née au Caire en 1933 dans une famille italienne, Iolanda Gigliotti a souffert d’une maladie des yeux qui l’a condamnée à porter de vilaines lunettes et à devenir le souffre-douleur de l’école, et plus encore de la perte de son père, mort en 1945 après avoir passé quatre ans en prison. Dalida s’initiera en autodidacte à la philosophie de Heidegger, à la psy-chanalyse, à la sagesse orientale, sans jamais réussir à combler le vide de son éducation manquée. 
 
Le film de Azuelo fait d’elle une figure quasi mythique, qui a payé sa célébrité du sacrifice d’elle-même. «J’aspire à être une femme normale», lance-t-elle dans le film à Lucien Morisse, artisan de ses premiers succès, dont elle voudrait qu’il l’épouse et lui donne un enfant. «Tu sais que toutes les femmes aspirent à être Dalida?», répond celui-ci dans une pirouette. Dalida n’accédera jamais à cette image du bonheur, car Dalida, comme le dit le personnage d’Orlando, «n’est pas une femme comme les autres».
 
À toutes les étapes de sa carrière, il est question de sa tentative de récu-pération, massive, par les hommes. Face à ces hommes envieux et enjôleurs, autoritaires et autodestructeurs, leur célèbre compagne ressemble à un sphinx blessé. Une femme hors norme très abîmée par ceux qui, après l’avoir exploitée, seront allés jusqu’à instrumentaliser leur propre mort pour l’atteindre.
 
Créatrice, amoureuse et personnalité farouchement indépendante, Dalida impressionne, encore aujourd’hui, par la force de sa volonté et sa capacité à ne rien céder à une société encore très patriarcale et peu amène avec une femme financièrement, sentimentalement et sexuellement indépendante. 
 
DALIDA  À l’affiche à partir du 28 avril prochain, un peu partout au Québec.