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Un deuil animalier en cache souvent un autre

Daniel Rolland
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Chat et chien

La mort a des douleurs à nulle autre pareille, disait le poète.  Ça vaut autant pour la perte d’un être humain que de celle son animal de compagnie. La littérature francophone sur le thème du deuil animalier est rare. Mais ce vide vient d’être comblé  

En effet, Lynne Pion fait paraître chez Béliveau éditeur Apprivoiser le deuil animalier. Elle a consigné dans ces pages le fruit d’une longue pratique à l’endroit des personnes qui vivent difficilement la disparition de leur petit compagnon et qui peinent à remonter à la surface. «J’ai toujours vécu en compagnie d’animaux, ayant passé mon enfance en milieu rural. À la différence que nos chiens et chats n’entraient pas à la maison, ils vivaient dans l’étable». Par après elle vivra entourée à demeure par chiens et chats. «Dans ma vie j’ai vécu beaucoup de deuils, tant chez des humains que chez les animaux de sorte que ça m’a «gâtée» pour le travail que je fais présentement».
 
Un cordonnier est-il nécessairement mal chaussé, elle qui a perdu voici quelques semaines un chat avec qui elle cohabitait depuis 14 ans, car avec un chat on vit toujours chez le chat. « Je me suis surprise de ma réaction. Car même si on est outillé au plan intellect en ce qui me concerne, je reconnais que la part émotionnelle n’est jamais totalement sous contrôle ». Présentement elle partage son univers domestique avec une femelle teckel surnommée « Lucky ». Elle a remarqué à quel point les gens qui éprouvent la perte d’un animal ont tendance à s’excuser d’avoir des émotions. « Mais c’est tout à fait normal. On n’a pas à s’excuser. Ça arrive souvent, quand l’entourage vous balance « ben voyons donc, s’en faire autant pour un animal ».  Il y a une clientèle qu’elle ne veut pas, celle qui a fait de leur bête un quasi humain. « C’est ce qu’on appelle de l’anthropomorphisme. C’est beaucoup plus qu’un simple deuil animalier. Je réfère ces gens à des psychologues ou des psychiatres. C’est trop lourd pour moi. » Par contre un deuil animalier peut en cacher un autre. «Si l’animal qui meurt a été celui qui appartenait à un être cher, un enfant décédé ou un adulte, ça peut être un deuil plus difficile en raison de l’association qu’on va faire «  nous dit la thérapeute. Elle exerce à Saint-Isidore en Beauce, mais ça ne pose pas de problèmes pour les consultations qui se font avec des gens vivant en région éloignée, et qui s’étalent parfois sur trois à cinq rencontres. «Avec le web et skype, je peux échanger partout, peu importe la distance». C’est rassurant de savoir qu’une telle souffrance trouve son apaisement auprès d’une oreille aussi attentive que la sienne. 
 
Apprivoiser le deuil animalier Lynne Pion.
Béliveau éditeur.