Portrait

Le volley-ball, compagnon de vie de Pascal Clément

Éric Whittom
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Pascal Clément célèbre cette année son 25e anniversaire à titre d’entraîneur-chef de l’équipe masculine de volley-ball du Rouge et Or de l’Université Laval. Durant cette longue période qui s’est amorcée en 1992, son équipe a remporté 22 championnats universitaires québécois et deux championnats universitaires canadiens (1994 et 2013) sur sept participations en finale. 

Cet ancien joueur du Rouge et Or (1982-1984) diplômé en éducation physique a eu le « coup de foudre » pour le volley-ball, lors des Jeux olympiques de Montréal, à l’été 1976, « en regardant à la télévision les Polonais gagner la médaille d’or contre les Russes », se souvient-il. L’automne suivant, alors qu’il était au secondaire, il a fait ses premiers pas dans un sport qui est devenu depuis sa passion.

« Le volley-ball est présent dans toutes les sphères de ma vie. Je suis entraîneur de volley-ball depuis environ 31 ans et j’enseigne ce sport au département d’éducation physique. Mes meilleurs amis sont issus du milieu du volley-ball. Je suis parrain et oncle d’enfants de mes anciens joueurs. J’ai voyagé à travers le monde grâce au volley-ball. Mes actions bénévoles à la Fondation MIRA depuis dix ans sont en lien avec le volley-ball, car notre équipe participe à recueillir des fonds pour cet organisme. En fait, le volley-ball, c’est mon plus grand compagnon de vie. Il m’a donné beaucoup de peines et de joies. Il ne m’a jamais laissé tomber. Moi non plus. »

Il est particulièrement fier d’avoir perduré comme entraîneur de volley-ball pendant autant de temps et que certains des athlètes qu’il a entraînés ont fait carrière par la suite au niveau professionnel, notamment son actuel entraîneur adjoint, Gino Brousseau, qui a été admis en 2013 au Temple de la renommée de Volleyball Canada en tant que joueur.

Coming-out auprès de ses joueurs

À l’âge de 32 ans, Pascal Clément a dévoilé son homosexualité à ses proches. Quatre ans plus tard, il a poussé son audace en l’annonçant à ses joueurs. « Ayant ressenti beaucoup de liberté, de bonheur et de transparence en entrouvrant la porte avec ma famille et mes amis proches, c’était important pour moi que je puisse profiter de cette même liberté et de ce même bonheur avec les autres personnes qui sont importantes pour moi, soit mes athlètes. Durant une discussion en équipe où je suis intervenu sur l’importance de la tolérance les uns envers les autres, j’ai profité de l’occasion pour leur parler de la tolérance envers l’homosexualité, leur annoncer mon homosexualité et leur dire qu’ils devaient m’accepter comme je suis. Cette révélation a eu l’effet un petit peu d’une bombe. » Bien qu’il y ait eu quelques malaises à l’occasion, son coming-out dans l’univers sportif s’est passé sans anicroche. « Pendant 35 ans, j’ai vécu comme un hétéro dans un milieu hétéro, le milieu sportif, où la place des personnes LGBT n’est pas très grande. Quand j’ai fait mon coming-out, je me sentais en confiance et en sécurité avec les athlètes de cette équipe. […] Tous les athlètes le savent maintenant que je suis gai. À l’occasion, il m’arrive même avec mon adjoint de faire des blagues grivoises devant mes joueurs. Il n’y a personne qui est scandalisé. »

Les athlètes demeurent encore dans le placard durant leur carrière

Il déplore le fait que peu de sportifs professionnels québécois affirment publiquement leur homosexualité, contrairement aux artistes. « Il y a plein de modèles au Québec dans le milieu artistique, que ce soit Daniel Pinard, Dany Turcotte, Joël Legendre, Jasmin Roy et, tout dernièrement, Éric Salvail. Ces personnes sont publiques et ils ont une grande visibilité. Dans le milieu sportif, il n’y en a pas beaucoup d’athlètes qui sont sortis publiquement. Pourtant, Éric Savail qui est le P.K. Subban de V n’a pas perdu son emploi, sa notoriété et ses contrats publicitaires depuis le malaise qu’il a eu avec Martin Matte au dernier Gala Les Olivier. »

Il fait remarquer que même si les athlètes universitaires savent qu’il était d’orientation homosexuelle, aucun d’entre eux n’est venu, jusqu’à présent, se confier à lui et lui demander des conseils. Il signale toutefois que certains d’entre eux ont fait leur coming-out, mais après leur carrière. « Moi, à 19 ans, j’aurai aimé avoir la possibilité d’en parler avec mon entraîneur. »

Promouvoir l’intégration de tous les athlètes

Pascal Clément n’a pas de solution magique pour favoriser une meilleure intégration des personnes LGBTQ dans le sport. Il pense néanmoins qu’une initiative canadienne comme You Can Play (mission : travailler à assurer la sécurité et l’inclusion de tous ceux qui participent aux sports, y compris les athlètes LGBTQ, les entraîneurs et les amateurs) peut aider en ce sens. Avec la professeure et chercheuse Guylaine Demers du département d’éducation physique, dont un de ses thèmes de recherche est l’homophobie en sport, il souhaite réaliser éventuellement des capsules promotionnelles en vidéo pour témoigner de l’accueil de l’Université Laval et des équipes du Rouge et Or envers la diversité sexuelle et de genre.