FRANCOFOLIES DE MONTRÉAL 2017

Demain matin, Montréal m’attend: le retour, 47 ans après sa création

Julie Vaillancourt
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Demain matin, Montréal m’attend
Photo prise par © Yves Brodeur
Demain matin, Montréal m’attend
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  • Demain matin, Montréal m’attend
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À temps pour le 375e anniversaire de Montréal, voilà que le Théâtre du Nouveau-Monde accueillait la mythique comédie musicale de Michel Tremblay, plus de 47 ans après sa création originale au Jardin des Étoiles de Terre des Hommes en août 1970.


C’est sous un tonnerre d’applaudissement, que l’auteur Michel Tremblay, le compositeur François Dompierre et le metteur en scène René Richard Cyr sont montés sur scène suite à la première médiatique du 15 juin dernier, pour accueillir les honneurs en compagnie de la distribution. Et pour cause, cette nouvelle mouture de la pièce Demain matin, Montréal m’attend fait honneur à l’original. À l’été 1970, Tremblay, Dompierre et André Brassard créait ce cabaret théâtral et musical mettant en scène Louise Tétrault, une jeune waitress de Saint-Martin qui, après avoir remporté un concours musical, croit naïvement pouvoir faire carrière à Montréal. Sa soeur aînée Rita, alias Lola Lee, déjà petite vedette consacrée dans les clubs de la métropole, verra d’un mauvais oeil l’arrivée de sa jeune soeur, et par jalousie, elle tentera de la décourager.

 

La pièce débute avec les personnages faisant leur entrée en scène, se présentant, à la manière d’un écho au passé. Très rapidement, le premier numéro annonce l’hymne de la production où Louise chante « Demain Matin, Montréal m’attend ». Si la voix et l’interprétation de Marie-Andrée Lemieux sont justes, le tableau suivant avec Michelle Labonté, dans la peau de La Mère Tétrault, surprend de par l’interprétation de l’artiste et la mise en scène inventive des « chaises berçantes dansantes». Chaises qui seront d’ailleurs reprises dans le tableau suivant, où Louise prend l’autobus pour Montréal (les chaises sont rapidement transformées en bancs d’autobus, où les acteurs miment les secousses - accentuées de par les nids de poules montréalais). Sans conteste, la mise en scène signée Renée-Richard Cyr est inventive et dynamique et les changements de tableaux roulent au quart de tour, de par des chorégraphies maîtrisées et la présence d’un orchestre de cinq musiciens en arrière-plan. On y retrouve bien sûr toute la faune montréalaise des night-club gais, travestis, sans oublier le bordel minable, d’un Montréal d’antan, qui furent d’ailleurs non seulement mis en scène dans la première mouture de la pièce, mais aussi, à divers degrés, dans l’univers du film Il était une fois dans l’est (1974); les danseurs gais de Lola Lee (charismatique Hélène Bourgeois Leclerc), l’hôte de « Chez Sandra » (Sandra: Christian Laporte), les clients (Butch: Geneviève Alarie). N’oublions pas La Duchesse (Laurent Paquin démontre qu’il peut à la fois faire rire et pleurer) et Marcel-Gérard (Benoit McGinnis vole carrément la vedette dans le rôle du journaliste à potin maniéré, coincé et prétentieux). Les acteurs y campent la faune gaie de manière maniérée, sans toutefois tomber dans le surfait, mais juste assez pour accentuer la comédie de situation. Il faut dire que , lorsque mis en bouche de par une interprétation maîtrisée, les fameux dialogues de Michel Tremblay sont savoureux et donnent lieu à des répliques notoires: « Essaie-pas de te faire passer pour straight Rénald! » (Lola Lee), « watch ton langage, c’est un bordel, pas un garage! » prononcée par Betty Bird (Kathleen Fortin, toute en voix), au même titre que la célèbre: « la gloire c’est une côte qui se monte à pied, mais qui se redescend en bécyk ».



L’oeuvre de Tremblay relève avec justesse les hauts et les bas du « rêve » d’une carrière musicale. La relecture de cette oeuvre en 2017 (notons que l’oeuvre fut reprise dans une mise en scène de Denis Filiatrault en 1995 et Pier Rodier en 2005), démontre à quel point le sujet mis de l’avant par Michel Tremblay - la critique acerbe du show-business et du vedettariat (instantané) - est toujours aussi pertinent, lorsque transposé dans les années 2000, par la télé-réalité et les concours de talents télévisuels. La mise en scène ne dénature pas le propos, au contraire, puisque bien cerné par René-Richard Cyr: « La côte vers la gloire dont parlent les personnages de ce classique du théâtre musical québécois est aujourd’hui encore plus facile à monter, on n’a qu’à voir la vitesse avec laquelle les vedettes et les nouvelles se créent; la chute en est encore plus brutale. Demain matin, Montréal l’attendait. Et nous maintenant, demain, qu’est-ce qui nous attend? » S’il est difficile d’envisager ce que l’avenir nous réserve, il est fascinant de constater la pérennité de l’oeuvre de Tremblay et son propos toujours aussi d’actualité, dans une faune montréalaise diversifiée.
 
 
La pièce Demain matin, Montréal m’attend est présentée dans le cadre des Francofolies de Montréal jusqu’au 25 juin et sera présentée au TNM du 19 septembre au 14 octobre 2017. En 2018, la troupe sera en tournée dans différentes régions du Québec. http://demainmatin.ca/

Texte: Michel Tremblay.  Musique: François Dompierre. Adaptation et mise en scène: René-Richard Cyr. Distribution: Geneviève Alarie, Hélène Bourgeois-Leclerc, Kathleen Fortin, Michelle Labonté, Christian Laporte, Marie-Andrée Lemieux, Benoît McGinnis, Laurent Paquin. Le choeur: Bryan Audet, Geneviève Beaudet, Guillaume Borys, Jade Bruneau, Marie-Pierre de Brienne, José Dufour, Myriam Fournier, Gabriel Lemire. Les Musiciens: Chris Barillaro, Paul Carter, Peter Colantonio, Mario Hébert, François Marion. 


Photos : Yves RENAUD