Roxane Bruneau, du web à la réalité

En toute authenticité

Julie Vaillancourt
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Roxane Bruneau
Photo prise par © Michel Cloutier

Le 6 juin dernier, l’auteure-compositeure-interprète Roxane Bruneau lançait son premier album intitulé «Dysphorie». À 26 ans, la jeune femme native de Delson en Montérégie, démontre avec ce premier opus, une maturité certaine dans l’écriture, conjuguant passion musicale et expériences de vie, afin de proposer un album authentique. Si cette authenticité et cette facilité d’approche sont probablement quelques-unes des qualités ayant séduit ses quelque 80 000 fans sur les réseaux sociaux, c’est aussi la fraîcheur de sa spontanéité et une voix unique qui transparaissent dans notre entretien. ENTREVUE.

Je joue de la guitare

Très jeune, Roxane est attirée par cet instrument : « Tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une guitare devenait une guitare » entre les mains de Roxane. Vers l’âge de 12 ans, elle découvre que sa mère possède la vieille guitare de sa grand-mère et se met à la gratter. Pour le plus grand plaisir (des oreilles) de ses proches, elle prendra des cours de guitare, pendant environ un an : « Après, j’ai lâché, parce que je suis devenue adolescente et quand tu es adolescente, tes priorités changent… Je suis devenue un peu rebelle. » explique d’emblée l’artiste d’un air amusé.

Si ce legs adolescent du côté rebelle semble toujours ancré chez l’auteure-compositrice-interprète, sa passion pour la guitare refait rapidement surface avant l’âge adulte. Elle «met son case de guitare sur l’coin de la rue», avec des «rêves à perte de vue» pour reprendre ses paroles de J’pas stressée. Si Roxane avoue que les paroles de sa chanson sont un peu romancées, elle fera de la musique dans les parcs de Candiac «sans pour autant faire la grosse piastre, car il n’y a pas beaucoup de monde, je te dirais!» Des parcs, elle passera directement à sa première expérience scénique en 2016, rien de moins que les Francofolies de Montréal : «Ça été ma première vraie expérience musicale… un dépucelage de la scène aux Francos, mets-en que j’étais stressée!»

Lâcher l’école pour faire le clown (de façon sérieuse)

Roxane avoue (sans stress) avoir lâché l’école pour faire le clown, à l’image de ce musicien qui désire divertir le public. Or, nous savons tous que pour plusieurs, la réalité est tout autre. «C’est drôle, car je dis dans mes chansons que "je ne suis pas stressée" et que "je n’aime pas le [email protected]", mais je suis full stressée et je me lève tous les matins pour aller travailler, car j’ai un loyer à payer»… Qu’à cela ne tienne, gageons que Roxane sera d’autant plus stressée de « se lever » tous les soirs pour faire du 21h à minuit, puisque ses deux premiers singles, J’pas stressée et Notre belle démence, se sont classés n°1 dans le palmarès des ventes francophones sur iTunes après quelques jours seulement. Dans sa chanson, Le blues du musicien, Roxane se confesse sur la création. Lorsqu’on demande à l’auteure-compositrice-interprète son processus de création, elle répond en toute honnêteté : « C’est comme une gastro ! Quand ça sort, ça sort, là ! » De ces vagues d’inspiration, Roxane peut créer « jour et nuite » comme elle le chante si bien. La chanson Le secret parle de la violence conjugale vue par les yeux d’un enfant. « Je vais mettre ça au clair tout de suite, mon père ne battait pas ma mère ! » appuie Roxane. « En revanche, j’ai eu des amies qui ne l’ont pas eu facile... » D’ailleurs, l’album Dysphorie aborde largement des sujets plus sérieux (violence conjugale, maladie mentale, etc.) où la voix à la fois douce et rauque de Roxane se marie admirablement au caractère écorché de la vie mis en avant dans plusieurs textes. « C’est cliché, mais oui, chanter est vraiment un exutoire. Les textes, les métaphores, c’est vraiment important pour moi. Les mots dansent continuellement dans ma tête ! » Les mots servent aussi à faire émerger le rire, comme dans Des p’tits bouts de toi : « T’es belle même avec tes dents bleues, la prochaine fois, j’achèterai du vin blanc... » est l'une des phrases, parmi tellement d'autres, qui font sourire (à pleines dents).

Aimer les femmes, trouver sa muse

C’est d’ailleurs sur cette même chanson que Roxane chante aimer une femme. Elle s’identifie ouvertement comme lesbienne et pousse même la blague jusqu’à répondre « C’est écrit dans mon visage ! J’ai le look p’tit gars manqué ». Roxane n’a pas eu peur de s’afficher, même si elle «en a vu et entendu des histoires trash par rapport à l’homosexualité et c’est pas terminé... J’ai encore des amies qui se font agresser verbalement... Je l’ai eu facile moi, mes parents n’ont pas eu de problème d’acceptation, je remercie le ciel. Et je le sais depuis que j’ai eu l’âge de comprendre c’était quoi une robe pis un pantalon ; cré moé que j’étais en jeans pis en bouette ! Un vrai p’tit gars manqué.», explique celle qui est aujourd’hui en couple avec une certaine Marie, qui fut sa source d’inspiration sur 95 % de l’album. L'artiste a trouvé sa muse.

 

Dysphorie

Bien que Roxane ne soit pas atteinte de dysphorie, la chanson titre de l’album se veut un cri du cœur pour toutes les personnes atteintes de troubles de santé mentale : «J’ai des proches qui en sont atteints et ça m’inspire beaucoup. Je suis très anxieuse, mais je ne suis pas celle qui prend les pilules dans la chanson. » La production de cette chanson est particulièrement touchante, avec les voix doublées, pour transposer musicalement l’idée de dysphorie. Bien sûr, Roxane ne tarit pas d’éloges envers son équipe de production pour ce premier album et se rappelle ses débuts en studio : « Stressée, tu dis ? My God... Mon producteur (Raymond Du Berger) a travaillé avec Gerry Boulet, pis moi, j’arrive là avec ma p’tite guitare ! » Roxane raconte humblement ses débuts en studio, et ce, malgré les quelque 80 000 fidèles qui la suivent sur les réseaux sociaux depuis 4 ans. Pour beaucoup, les médias sociaux sont intimidants. Par chance, pas pour Roxane : «J’ai tellement un beau parcours, c’est plate, j’aimerais tellement ça pouvoir te dire des espèces de confidences sensationnelles, mais les gens sont tellement fins avec moi... J’ai juste de l’amour et si y’a des p’tits commentaires un peu plus méchants (du genre es-tu une fille ou un gars?), ce sont mes fans qui prennent ma défense!», souligne Roxane à propos de ce rose parcours. D’ailleurs, elle n’hésite pas à donner au suivant, puisque plusieurs jeunes femmes (lesbiennes) lui demandent conseil, notamment sur le coming out. «Au début, je me tuais à la tâche, car je voulais répondre à tout le monde, mais je ne suis pas travailleuse sociale ! J’ai dû me résoudre à les référer à des organismes.»

La dernière chanson de l’album est d’ailleurs un hommage à ses fans; intitulée S'en toi ce plus parail, elle est composée de phrases envoyées par les internautes, arrangées et enregistrées par Roxane : « J’ai pris leurs commentaires et j’ai créé une chanson avec ça. Je m’amuse avec eux car ils sont tellement importants. J’ai peur des têtes enflées et jamais je ne vais avoir la tête enflée. Si ces gens-là ne sont pas là, moi j’existe pas. Point barre. Si y’a personne pour écouter ce que je fais, ça sert à rien. » Gageons que Roxane — et sa guitare — serviront à nombre d’oreilles dans les prochains jours et les prochains mois. Et que de nombreux fans viendront rejoindre cette belle Dysphorie.

Dysphorie, le premier album de Roxane Bruneau est désormais disponible en magasins et sur iTunes.

Photos : Michel Cloutier