Voyage en Asie

Bali, l’île paradisiaque

Samuel Larochelle
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Les amateurs de littérature et de cinéma savent que Bali est l’endroit pratiquement trop beau pour être vrai où Elizabeth Gilbert (alias Julia Roberts) s’est posée durant la période amoureuse de son épopée Eat, Pray & Love. D’autres, adeptes de géographie, savent que l’île fait partie de l’Indonésie : un pays où 141 homosexuels ont été arrêtés lors d’une fête organisée dans un sauna de Jakarta, en mai dernier. Alors, Bali, on évite ou on y court ?

Bien que l’homosexualité soit légale en Indonésie, le sujet demeure sensible. En 2016, l’Université d’Indonésie a empêché les réunions d’un groupe de soutien LGBT qui proposait des cours d'éducation sexuelle. Au cours des mois suivants, plusieurs ministres et groupes islamiques ont tenu publiquement des propos homophobes. Mais dans un pays où plus de 87 % des habitants sont musulmans, Bali fait figure d’exception avec une majorité hindoue. En plus d’être reconnus pour leur sourire contagieux, les Balinais sont généralement tolérants. Leur île est d’ailleurs la seule région indonésienne à célébrer la Pride. Un détour à Seminyak vous permettra même de profiter de plages gaies et ouvertes à tous (près des hôtels W et Double Six) et de discothèques gaies dans le secteur de Jl. Camplung Tanduk. Ceci étant dit, les Indonésiens en général, y compris les Balinais, sont pudiques et peu friands des démonstrations d’affection en public, tant chez les hétérosexuels que chez les homosexuels.

La populaire

Propulsé depuis 10 ans par l’effet Eat, Pray & Love, le tourisme balinais ne cesse de prendre de l’ampleur. Si vous désirez éviter la haute saison, qui s’étend de juin et à septembre, prévoyez un séjour en mai : la végétation est luxuriante, la mousson est chose du passé, les voyageurs sont relativement nombreux à Ubud, mais présents en quantité raisonnable partout ailleurs et les rayons du soleil permettront à votre peau d’attirer quantité de regards admiratifs à votre retour en terres québécoises pluvieuses.

Surtout, ne vous fiez pas à vos premières impressions. À votre arrivée à Denpasar, après 18-20 heures de vol et une ou deux escales, vous découvrirez un (joli) aéroport où les chauffeurs de taxi voudront vous flouer: vous croulerez de fatigue, vous ne connaîtrez pas les lieux et vous serez fier d’avoir négocié un trajet à 150 000 roupies (environ 15$ canadiens) au lieu des 350 000 proposées, mais vous débarquerez à votre hôtel quatre minutes plus tard, avec la conviction d’avoir été escroqué. Par ailleurs, à moins d’être un surfeur avide des vagues environnantes, les secteurs à proximité, tels Denpasar et Kuta, n’ont pas grand-chose à offrir, sauf du trafic et des plages moyennes. Juste un peu plus loin, Seminyak s’avère beaucoup plus intéressante avec ses plages sablonneuses et ses restaurants modernes. Et ce, même si ceux qui ont connu le secteur moins développé il y a cinq ou dix ans pestent contre la construction de nombreux complexes hôteliers en bord de mer.

 

La détendue

Gardez en tête que l’attrait principal de Bali est ailleurs. À la seconde où vous arriverez à Ubud, votre cœur comprendra pourquoi vous vous êtes tapé tout ce voyage. L’architecture traditionnelle ravira vos yeux. Les offrandes (fleurs, fruits, encens, etc.) déposées chaque jour sur les trottoirs et dans les cours pour éloigner les mauvais esprits vous apaise-ront l’âme. Les écoles de yoga (qui offrent retraites, cours à la carte et formations professorales) vous aideront à vous connecter (mention spéciale aux écoles Yoga Barn et Intuitive Flow). La chaleur et l’humidité convaincront votre corps de ralentir le rythme, de respirer, d’oublier le temps, d’allonger une pause cocktail, de commander un deuxième smoothie ou de manger un troisième dessert sans culpabilité. La nourriture locale, souvent agrémentée de viande, mais largement composée de plats végétariens/liens, donnera lieu à des explosions de saveurs parfaitement harmonisées.

L’hyperactive

Les voyageurs plus actifs seront eux aussi comblés. En louant un scooter pour sillonner le trafic chaotique des villes ou essayer de ne pas vous perdre en montagne, en requérant les services d’un chauffeur ou en vous joignant à un petit groupe de voyageurs dans un minibus (un moyen fa-buleux de rencontrer des gens de partout dans le monde, et non l’équivalent journalier d’un gros voyage organisé), vous aurez accès à toutes ces options : tours de vélo dans les villages ancestraux et les terrasses de riz (la mollesse du guidon vous fera regretter le Bixi… mais la vue vaut le détour); rafting mouvementé à un prix ridiculement bas; visites de temples majestueux (Royal Temple, Tanah Lot, Besakih, Beratan et Ulundanu en priorité, sans oublier les ravissants temples que chaque famille et chaque village possèdent); détour amusant par la sublime forêt peuplée de singes (on évite les dodus agressifs et les petits protégés par leurs parents ET on range tout objet facile à voler); arrêts au marché pour apprendre à négocier (à moins que le prix ne soit fixe, tentez d’obtenir le tiers du montant suggéré); spectacles de danses et de chants traditionnels hypnotiques; visites de plantations d’épices et de café (incluant des explications sur le caca de Luwak qui permet de produire le café le plus cher au monde) agrémentées de dégustations de cafés/thés. Sans oublier l’ascension nocturne du mont Batur : un exigeant trekking de deux heures récompensé par un lever de soleil à couper le souffle et suivi d’une des-cente enveloppée de brouillard. Au retour, vos muscles endoloris apprécieront plus que jamais les massages à prix dérisoires.

Si vous avez le temps, déplacez-vous vers Nusa Penida et Lombok pour profiter des plages majestueuses ou vers les trois Gili Islands (Trawangan pour la fête, Meno pour le repos, Air pour l’entre-deux), afin de profiter des cours de plongée sous-marine, du snorkeling, du yoga, de la plage ou du vélo sur ces îles sans voiture. Parce qu’indépendamment de ce qui se passe en Indonésie, Bali et les environs sont trop pleins d’images émouvantes, d’activités mémorables et de sourires pour vous laisser indifférent. Promis, juré, vous reviendrez au Québec avec l’impression d’avoir fait l’un des plus beaux voyages de votre vie.